30 mai 2012

A vous dégoûter de déguster...

"Les aptitudes gustatives d'un consommateur amateur et d'un professionnel expert sont très différentes. Si les capacités sont aussi dissemblables, comment le consommateur peut-il faire confiance à un expert qui n’a pas la même perception d’un même vin ?»

C'est la question que posent les professeurs John Hayes et Gary Pickering, dans le très sérieux American Journal of Enology and Viticulture.

Il me revient de défendre l'honneur de ma corporation (polymorphe) des "experts".

Car quoi, nous ne serions bons qu'à nous regarder le nombril, qu'à aligner des phrases incompréhensibles, des listes d'arômes et de sensations déconnectées du commun des mortels?

Je vous offre deux démonstrations pour le prix d'une.

La première, par l'absurde. Si je prends pour argent comptant l'analyse des deux professeurs, alors, l'oenologue non plus n'a plus d'avenir. A quoi bon faire des vins techniquement parfaits, à quoi bon chercher la petite brett ou pourchasser le TCA si le consommateurs moyen n'a pas l'appareil gustatif pour repérer ces défauts?

La deuxième, par analogie. Une analogie automobile: pourquoi faire passer les voitures au banc d'essai si tout ce qui intéresse l'acheteur, c'est la ligne et la point de vitesse? 

Et puis, ne peut-on espérer que le consommateur, comme le dégustateur professionnel, apprenne? Ne peut-on l'y aider? N'est-ce pas notre rôle?

00:16 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

27 mai 2012

Spécialité: journaliste en vin

Je ne connais pas Filip Verheyden, mais j'ai entendu parler de lui (et en bien, à propos de son magazine Tong, dont on m'assure qu'il renouvelle le genre).

Par contre, vu, ce qu'il écrit sur, ma "corporation", les journalistes du vin, je ne suis pas sûr qu'on va vraiment sympathiser.

"TONG does not work with journalists – unless they are specialists in their fields of work. Specialists only write about their specialty, wine writers write to order…making them the antipode of a specialist".

Les journalistes du vin en général seraient donc des mercenaires de la plume et du crachoir, qui pissent la copie sur commande et ne connaissent rien à fond.

Je réfute l'accusation, dans ce qu'elle a d'outrancier, de généralisateur. Et même, je pose la question: le journalisme vineux n'est-il pas une spécialité à part entière? Osons une comparaison avec la médecine: la médecine généraliste est aujourd'hui enseignée comme une spécialité, au même titre que la chirurgie, la radiologie, la cardiologie, la gynécologie...

Libre à M. Verheyden de faire travailler qui il veut, mais je me permets de faire remarquer que les "spécialistes" qu'il utilise (oenologues, sommeliers, MW's, professeurs, responsables d'interprofessions, etc...) ne savent pas forcément bien faire passer leurs connaissances auprès du public. Et quant à leur indépendance, je ne ferai pas de procès d'intention, mais elle me ne me semble pas mieux garantie que la nôtre - ne vivent-ils pas de commandes, eux-aussi?

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Vins de tous pays | Tags : journalisme | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |