07 mai 2012

Rolland loves Parker

Je ne connais personnellement ni l'un ni l'autre. Bien sûr, j'ai ma petite idée sur eux - même si je me garde de tout jugement à l'emporte pièce.

A ma gauche, Michel Rolland, flying winemaker. Sans doute l'homme le plus influent, jusqu'à ces dernières années, dans la consultance vineuse, à Bordeaux, et bien au-delà.

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A ma droite, Robert Parker. Faut-il encore le présenter?

Michel Rolland le fait, en tous cas, dans son dernier livre, Le Gourou du Vin: «Il a changé le paysage vineux mondial par une approche de la dégustation que personne n'avait avant lui. Il a eu l'idée d'un système de notation, critiqué peut-être, mais c'est le seul qui marche».  Et d'ajouter: «Les inepties sont légion, surtout quand il s'agit de dénigrer, et certains esprits font preuve d'une rare inventivité». Et de conclure, goguenard: «D'aucuns, avec une imbécillité rare, affirment que des viticulteurs se seraient inféodés à son goût pour gagner les faveurs du maître. Techniquement c'est impossible ».

On s'en voudrait de gâcher une telle déclaration d'amour envers "le pape de la dégustation".

Mais il le faut.

Parce que le Pape est fatigué. Depuis des années, on raconte qu'à trop embrasser, il étreint de plus en plus mal. Que certaines de ses notes sentent le recyclage. Et puis il y a ses fréquentations. Il n'est pas sorti grandi de l'affaire Campo-Miller - même s'il n'est pas directement impliqué, c'est lui qui a fait confiance à cet improbable attelage.

La fameuse impartialité de son Wine Advocate est remise en cause.

Plus grave encore, peut-être: son jugement s'émousse: cette année, par exemple, à quelques semaines de distance, il se contredit, présentant d'abord les Bordeaux 2011 comme "sans intérêt", avant de revenir sur ce jugement.

Bon, d'accord, je ne suis pas objectif: je n'aime pas les primeurs, je n'aime pas les vins de collectionneurs et je n'aime pas les gourous.

Bon nombre de ceux qui ont eu l'occasion de goûter avec lui lui reconnaissent un palais exceptionnel. Dont acte. Bon nombre de ceux qui le lisent vantent son style. Sur ce chapitre, je suis plus réservé - j'aime une certaine sobriété dans les commentaires. Mais c'est affaire de goût.

Ce qui ne l'est pas, par contre, c'est l'influence démesurée de ses avis. Parker fait en grande partie le marché, au point que les Primeurs ne sont plus qu'un grand show où les seconds couteaux font de la figuration pendant que les prix se fixent entre gens de qualité.

Comme journaliste, je déplore cette tendance qui nuit au pluralisme. Comme dégustateur, je m'en moque.

Tout ça pour dire que Michel Rolland a tort quand il dit que le goût Parker n'influence pas les producteurs. S'il ne me croît pas, qu'il le demande à son client, Bernard Magrez. Lui, n'en fait pas mystère: "La note de Parker est déterminante". Rolland le classe-t-il parmi les imbéciles?

Mais heureusement, il y a une vie au delà des grands crus classés.

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Etats-Unis, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (12) | | | |

01 mai 2012

Au Mondial du Rosé, à l'école de la diversité

Petit debriefing à l'attention des copains qui étaient avec moi, et tous les autres qui n'y étaient pas.

Le Mondial du Rosé est un concours organisé par l'Union des Oenologues de France - ceux-là même qui organisent les Vinalies, dont je vous ai déjà parlé il y a quelques semaines.

C'était la 6ème édition et ma première participation.

Sous les rosés, la plage

Cela se passe à Cannes, tout près du Palais des Festivals. On n'a pas monté les marches, mais on a descendu pas mal de bouteilles. 994 échantillons nous ont été servis. Et quand je dit "on", ce n'est pas moi tout seul, je vous rassure. Nous étions une bonne cinquantaine de jurés.

La croissance de ce concours, dont le nombre d'échantillons mis en compétition a presque doublé en 6 ans, témoigne de la croissance du marché du rosé dans son emble - ou plutôt des marchés, car le phénomène est mondial. Les échantillons provenaient d'ailleusr de pas moins de 28 pays différents.

Le concours reste cependant à taille humaine, dans une ambiance presque familiale - on est en plus petit comité. L'organisation est sans faille. A mon jury, j'ai retrouvé deux vieux complices; Eli Maamari, du Liban, et Belgacem d'Khili, de Tunisie; ainsi que mon président des dernières Vinalies, André Serret, le Roussillonnais. Trois oenologues. A côté d'eux, j'ai bien sûr l'air d'un aimable farceur, mais en définitive, chacun apporte sa pierre à l'édifice de la connaissance (ah que c'est beau!). En plus, chaque jour, on nous confiait une jolie oenologue locale. Aucune n'a eu l'air de se plaindre de l'expérience, ce qui prouve non seulement que nous sommes de bons garçons, mais aussi que notre petite "tour de Babel" de la dégustation fonctionne.

IMG_1057.jpgLa vie (et la baie de Cannes) vue au travers d'un verre de rosé... (Photo H. Lalau)

 

Toute la palette du nuancier

Côté vins, nous avons pu explorer une large palette, et de couleurs, et de types de produits.

Le nuancier  de teintes mis à notre disposition par le Centre du Rosé nous a été bien utile; du litchi au grenat en passant par l'abricot, le saumon, la cerise et la pêche... nous nous en sommes donnés à coeur joie.

La première série, le vendredi matin, était composée de Crémants - très divers, du plus bonbon au plus vineux; à l'arrivée, deux médailles d'or et 6 médailles d'argent au moins (celles-ci ne sont pas forcément toutes attribuées, on ne peut pas en donner à plus qu'un tiers des vins présentés dans leur ensemble à tous les jurys).

La deuxième série nous a permis de découvrir l'Oeil de Perdrix, ue spécialité suisse. Aucun des jurés n'a identifié cette provenance. La série était assez homogène, nous avons décerné assez peu de médailles, une d'or, 3 ou 4 d'argent; les bouches nous ont souvent semblé un peu fluettes.

Le samedi, la troisième série - 17 vins - nous a ramenés vers des contrées plus familières, en l'occurence, la Provence, et plus particulièrement, les Coteaux d'Aix. La région est sèche: nous lui avons donc donné une pluie de médailles (6 or et je n'ai pas compté les argents). 

Après la pause, la série suivante nous a mis en contact avec des rosés des Corbières, puis du Roussillon; nous avons préféré les seconds aux premiers - nous leur avons donné deux médailles d'or. Pour faire bonne mesure, on nous avait confié une petite série de rosés doux, dont deux Rivesaltes rosés de toute beauté - une médailles d'or, une d'argent. Un Beaume de Venise, déconcertant - médaille d'or aussi. Et un Pineau des Charentes rosé pour terminer, médaille d'or également.

Le troisième et dernier jour, nous avons eu droit à des Languedoc et des Côtes du Rhône, d'assez belle facture. Couleurs assez soutenues dans l'ensemble. Je n'ai plus en tête le nombre exact de médailles. Trois Or, je crois. Mes coéquipiers me corrigeront

Pour finir, la sixième série nous a a nouveau dépaysés, avec des rosés hongrois. Nous ne savions pas trop où nous étions. Nous avons un peu flotté. Dans l'ensemble, les points étaient assez bas. Pas mal d'amertume, des acidités souvent dissociées, nous n'avons pas trop accroché. Un seul or, si ma mémoire est bonne.

Jugement global: ce Mondial du Rosé 2012 a été une occasion unique pour confronter nos expériences diverses et multiculturelles  sur le rosé. Et pour nous rendre à l'évidence: il n'y a pas plus de raison de vouloir définir un seul profil  de rosé (en matière de couleur, d'aromatique, de structure) que pour les rouges ou pour les blancs. Laissons donc à chacun sa vérité. Une chose est sûre: ces vins ont toute leur place sur le tables d'honnêtes buveurs.

Tordons donc définitivement le cou à la vieille idée selon laquelle "le rosé, ce n'est pas du vin".

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Notre jury du dernier jour: debout, de gauche à droite, André Serret et Eli Maamari; assis, notre oenologue du jour, dont j'ai perdu le nom, Belgacem D'Khili et moi

 

Un dernier détail: la grande majorité des vins étaient des 2011 (les seules exceptions étant les crémants, soit non millésimés, soit issus de 2010 ou de 2009). J'aurais aimé, à titre personnel, pouvoir déguster quelques millésimes plus anciens, notamment pour les vins les plus structurés.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Provence, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |