17 septembre 2012

Vignerons de Carthage

Dimanche dernier, je vous parlais déjà d'un vin des Vignerons de Carthage, le Magon rosé, que j'avais dégusté à mon arrivée en Tunisie. Depuis, j'ai eu l'occasion de faire mieux connaissance avec la gamme - plutot large - de cette union de coopératives qui représente les 2/3 du vignoble tunisien, mais qui segmente très bien son offre.

Implantée dans la plupart des régions de production au travers de ses 9 coopératives, l'entreprise est sans doute la plus représentative de la viticulture tusinienne, qui, sans qu'il faille forcément remonter jusqu'à Magon le Carthaginois, l'illustre père de l'oenologie, n'est pas née de la dernière pluie; et qui propose de très bonnes surprise à tous les niveaux de prix. Je n'ai pas d'actions dans la maison Tunisie, je ne suis pas payé pour le dire, mais c'est un fait: les vins de ce pays, et notamment ceux de cette entreprise, m'ont impressionné.

Leur secret? A l'évidence, la Tunisie, et notamment le Cap Bon, avec son climat méditerranéen tempéré par la mer, convient très bien à la vigne. 

Secundo, les Vignerons de Carthage ont beaucoup investi dans l'outil de production, ainsi que dans les compétences des hommes, et produisent aujourd'hui des vins techniquement irréprochables, sans tober cependant dans le techno.

Tertio, ils peuvent s'appuyer sur un marché intérieur dynamique (grâce aux Tunisiens tout autant qu'aux touristes) et utilisent l'exportation (10% environ de leur production) comme une vitrine et un incitant pour ne pas s'endormir sur leurs lauriers. Même si du laurier, j'en ai trouvé pas mal, dans les rouges, notamment!

Voici mes préférés:

 
vignerons de carthage
L'autre pays du rosé

Gris dHammamet 2012 (pris sur cuve)
Gourmand, puissant, ce rosé de table présente un très bel équilibre entre rondeur et vivacité, fruit et épices. Au fait, saviez vous que le rosé représente 60% de la production du pays? Tunisie, l'autre pays du rosé... 14/20
 
Idem 2011
Un peu plus sur les agrumes, le fumé, l'épicé; bouche ample. 14/20
 
Muscat de Kelibia sec 2011
Très beau produit, bien muscaté, mais aussi très agrumes - cédrat, orange confite, bouche bien sèche mais du volume, superbe. 15/20
 
Magon 2010
Syrah merlot. Cuir, fumé, souple, de la structure, tout de même. Peut être pas le vin le plus original, mais il s'en vend un million et demi de bouteilles par an, et sa souplesse fait merveille en restauration.
13,5/20
 
Lansarine 2007 AOC Coteaux de Tébourba
Quel nez! Garrigue, poivre, fumée, cassis, belle bouche fruit noir, tannins suaves 
Grenache, carignan, syrah, un assemblage méridionnal mais qui nous donne ici un vin étonnamment frais, des arômes très fins, une texture de rêve. Tébourba se situe non pas dans le Cap Bon, mais dans l'intérieur du pays, mais grâce à l'altitude, la zone présente une bonne amplitude thermique entre nuit et jour, favorable au développement des arômes. 17/20
 
Idem 2010
Le petit frère du précédent, plus qu'un air de famile, épices et fruits noirs, jeune encore en bouche. 15/20
 
vignerons de carthage
La classe internationale, avé l'accent méridional

Magon Majus Mornag 2005
Laurier, un peu plus fermé au départ puis se développe dans le verre. Le bois est présent, mais pas dominant. Quelques notes de torréfaction, de cuir, mais de curry, aussi. Un vin de grand vin de classe internationale. 16/20
 
Château Mornag 2008 AOC Mornag Grand Cru
Un nez très original de cire d'abeille, de thym et de ciste.
Bonne fraîcheur en bouche, du cassis, bonne charpente acide, tannins francs et directs. Et je vous défie de trouver un autre Grand Cru à ce prix... 16/20
 
vignerons de carthage
 Un Grand Cru à prix d'ami...
 
Muscat doux Passum
Citron, orange amère, long, du sucre, mais pas anesthésiant. De l'élégance en finale. 14/20

00:47 Écrit par Hervé Lalau dans Tunisie | Tags : vignerons de carthage | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

16 septembre 2012

Tunis, septembre 2012: faut-il à nouveau brûler Carthage?

Ce n'est pas pour me vanter, mais vendredi, je me trouvais sur les hauteurs de Carthage, près des vestiges de la ville antique, quand j'ai vu monter de l'horizon, en direction de Tunis, une épaisse colonne de fumée noire. La guide qui m'accompagnait me parlait justement des 3 semaines d'incendie allumés par les Romains lors du siège de Carthage,. Cet incendie allait détruire l'orgueilleuse cité rivale de Rome, provoquant au passage ce que nous qualifierions aujourd'hui de génocide. Les archéologues retrouvent encore les traces de cadavres calcinés. En 146 avant JC, les "barbares", c'étaient nous, enfin, nos lointains ancêtres latins...

Avec ce feu impressionnant, en ce 14 septembre 2012, j'avais l'impression d'être projeté deux millénaires en arrière. L'impression était d'autant plus étrange que le paysage était d'une beauté rare; la mer qui scintillait entre le Cap Bon et la plage semblait être figée dans le temps.

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Vendredi soir à Carthage (photo H. Lalau)


Cette colonne de feu, c'était celle de l'attaque des salafistes contre l'ambassade américaine, en réaction à un obscur film qu'on dit blasphématoire.
Je ne suis pas compétent pour en juger. Eux non plus puisqu'ils n'ont pas vu le film.
Je peux juste témoigner, par contre, de la réaction des Tunisiens de la rue, à Tunis, à Sidi Bou Said, à Carthage. Ils étaient horrifiés: "Ce n'est pas notre pays! Ce n'est pas bon pour la Tunisie!"


J'étais venu en Tunisie pour goûter le vin, et bien sûr, connaissant un peu les développements politiques intervenus depuis la Révolution du Jasmin, et notamment la présence au sein de la coalition au pouvoir d'un parti islamiste, je me suis interrogé.

La Tunisie possède un héritage viticole exceptionnel, qui remonte à Carthage, mais qui ne s'est pas éteint avec elle; le protectorat français lui a redonné de la vigueur, mais l'indépendance ne l'a pas étouffé. Le Tunisien de base aime le vin et en consomme.

La qualité est là, les conditions naturelles étant très favorables et la technologie ayant formidablement progressé ces 15 dernières années. Oui, mais quid de l'avenir? Les prochaines élections, en mars, seront cruciales pour le pays et ses orientations. J'espère que la culture de tolérance que partagent la grande masse des Tunisiens (ou du moins, c'est ce que j'en ai perçu) l'emportera sur la tentation de l'extrémisme et du repli.

Les événements d'hier, et surtout les réactions très négatives des Tunisois face à la violence des débordements - notamment lors de l'attaque de l'école américaine, me donnent un espoir raisonnable. Car si, comme le disent certains médias, "plusieurs milliers" de manifestants ont tenté un assaut sur l'ambassade, combien de millions de Tunisiens les ont désapprouvés? En tout cas, de Sidi Bou Saïd à Carthage en passant par Lafayette et le Belvédère, tous les quartiers que j'ai traversés, je n'ai vu aucune manifestation d'allégresse, juste de la gêne.

Le vin n'est bien sûr qu'un petit enjeu, dans ce grand débat, mais il est un des symboles de l'ouverture du pays et de sa fierté vis à vis d'un héritage qui rassemble toutes sortes de périodes historiques, de peuples et de cultes ayant existé sur ce bout de la terre africaine.

Je n'ai aucune leçon à donner aux Tunisiens; par mon petit témoignage, qui vaut ce qu'il vaut, je voulais juste vous faire savoir que loin de se féliciter de ce que vous avez vu sur vos écrans, les gens d'ici le déplorent et le considèrent même comme une provocation, une manifestation d'un esprit anti-tunisien.

À la santé de la Tunisie!

00:31 Écrit par Hervé Lalau dans Histoire, Tunisie | Tags : actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |