20 mai 2013

Wine Mosaic... et un excellent pinot noir tunisien

J'apprends qu'en juillet va se tenir au Portugal une conférence sur les cépages méditerranéens, ceux qui n'ont pas l'honneur (serait-ce là notre malheur?) d'être plantés du Cap à Vancouver en passant par le Fleuve Jaune. Cela s'appelle Wine Mosaic. L'idée, si j'ai bien compris, est d'échanger et de susciter l'échange - de données, de bonnes pratiques, d'idées, voire de cépages. Bref, de favoriser la "cépageodiversité".

Je suis pour, bien sûr.

J'ai déjà fourni assez d'arguments historiques, je pense, pour la libre circulation des cépages (et le sauvetage de ceux menacés de disparition). Mais le meilleur argument, il me semble, ce sont encore les vins.

DSC00586.JPG

J'ai la chance de passer quelques jours en Tunisie, et d'y déguster quelques vins vraiment intéressants.

Parmi ceux-ci - et ce fut sans doute ma plus grande surprise de ce voyage, un pinot noir des Vignerons de Carthage (AOC Mornag 2012).

Du pinot noir au Cap Bon, vous imaginez un peu?

Et oui, et du bon! J'invite mon ami Jacky Rigaux à le déguster... s'il en trouve un jour en France, ce grand pays qui accueille 70 millions de touristes par an mais si peu de vins étrangers....

tunisie,mornag

Au nez, pas d'erreur, c'est bien du pinot noir - fraise écrasée, cerise griotte; plus surprenante, sans doute, est la bouche, gourmande, appétissante, charnue et bien mûre. De là à dire que la Bourgogne devrait arracher ses pinots et laisser le créneau au pays de Magon, il y a un grand pas que je ne suis pas assez bête pour franchir.

D'un autre côté, je trouverais particulièrement dommage que des règles étranges (que la Tunisie ne possède pas, heureusement pour elle) interdisent à un vigneron de faire ce vin. Ce serait, d'une certaine façon, couper une branche de l'arbre de notre plaisir gustatif, amputer notre choix.

Je me répète, encadrer le terroir, délimiter les dénominations, je soutiens l'idée - je suis même  favorable à ce qu'on les réduise, à ce qu'on fasse passer les AOC régionales en IGP, ce qu'elles n'auraient jamis dû cessé d'être, vu leur étendue et la diversité des terroirs, au sens strict, qu'elles engloblent.

Mais les cépages, c'est autre chose.

Nous autres Français avons importé énormément de cépages étrangers dans l'histoire - grenache, syrah, muscat, riesling, carignan. Devons-nous nous plaindre d'en avoir exporté d'autres? Certainement pas. 

Le végétal est à tout le monde, à chacun d'en faire le meilleur usage.

Et je suis bien content (pour elle et pour moi) que la Tunisie fasse un si beau pinot noir, ce qui n'enlève rien ni à Pommard ni à Volnay.

Plus d'info sur Wine Mosaic: Louise Hurren, +33 (0)4 99 64 09 77

05:53 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France, Portugal, Tunisie, Vins de tous pays | Tags : tunisie, mornag | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

19 mai 2013

Connaissez-vous la Boukha?

J'ai visité hier à Tunis la distillerie Félix Habib, qui s'est fait une spécialité originale: l"eau de vie de figue.

Quoi, de l'alcool dans un pays musulman? Et oui!

D'abord, le mot alcool ne vient-il pas de l'arabe?

Et puis, cette vieille maison tunisienne est un peu particulière: elle est d'origine juive, et dans la tradition juive, la figue est avec l'olivier un des deux arbres sacrés, à ce que j'ai cru comprendre.

Cela prouve en tout cas que ce pays garde une culture de tolérance, les barbes et les voiles ne doivent pas cacher la forêt.

Cet utile rappel historique ayant été apporté, voyons un peu ce que cela donne dans le (petit) verre. Et bien oui, ça sent la figue. Surtout si vous en mettez une goutte sur la peau; là, vous avez l'impression d'en manger, à la saison de la récolte. Mais on perçoit aussi la poire, la mangue, la frangipane.

photo.JPG

Malgré le degré (de 36 à 37,5°, suivant les cuvées, Boukha Soleil et Boukha Gold), c'est assez suave au palais. Le procédé est assez original: on utilise des figues séchées qu'on réhydrate, et puis on distille assez classiquement, en deux passes - on enlève les têtes et les queues, bien sûr. Il s'agit d'un alcool blanc, on ne le passe pas en fût - pas question d'altérer le bon goût de la figue.

Pour info, on peut en trouver en Europe - le CMV en propose à Bruxelles, par exemple.

La maison élabore une version moins alcoolisée et plus sucrée - une liqueur appelée Karmatine (22°) 

Et puis la Cédratine, aux jolis parfums d'orange amère, de mandarine, ou plutôt, de cédrat - je le répète, chez Felix Habib, on n'est pas compliqués, on aime bien que les produits sentent le fruit qu'on utilise...

A découvrir d'urgence pour tous ceux qui pensent qu'un alcool ne sert pas forcément qu'à faire des cocktails, et qui aiment à s'imbiber... d'une histoire originale.

Plus d'info: Ets Félix Habib & Cie, Ben Arous, felix.babid@planet.tn

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Tunisie | Tags : boukha, felix habib, tunisie, alcool, figue | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |