15 octobre 2007

A l'heure suisse

Notre carnet de route nous emmène cette fois de Genève au Tessin, en passant par le Vaud et le Valais. Il n’est pas question ici de vous donner une vue exhaustive de chaque canton traversé à l'occasion du salon Vinea, juste de les illustrer par quelques domaines. La Suisse est un grand pays viticole, riche de particularismes.
 
 
Genève
 
Dardagny (Photo H. Lalau)
 
 
Genève

Vendredi 9h30. Sous un soleil estival, notre escouade franco-belge arrive au Domaine des Faunes (10 ha à Dardagny, dans la campagne genevoise). Une gamme pléthorique (16 cépages !), mais une qualité relativement homogène (oubliez cependant le mousseux). Des vins de plaisir, des vins de soif, pour la plupart, une mention toute particulière pour un scheurebe vinifié en sec, aux notes de musc et de cassis. Mais le gamay vaut aussi le détour.

Vendredi, 11 h. Arrivée au Domaine de Grand Cour, à Peissy. Jean-Pierre Pellerin, qui cultive deux passions, le vin et l’architecture, les met en œuvre toutes deux au travers de son domaine. Il construit ses vins comme il rénove son manoir, avec patience et avec goût.
Son pinot noir 2003 vient d’être primé en Allemagne par nos confrères de WeinGourmet, comme « meilleur pinot noir hors bourgogne ». Le genre de distinction qui fait sourire au premier abord. Mais là, dans le verre, on comprend. Ce type est un génie, non de l’alpage, mais de l’élevage. Il nous livre un vin d’une grande finesse de tannins, dans un style bourguignon des grandes années. Un vin dans la cour… des grands.

Ce ne sont bien sûr que deux maisons, mais si on y ajoute les Hutins (magnifique sauvignon subtilement barriqué), dégustés à table, cela fait 3 bonnes raisons de s’intéresser à nouveau à Genève, qui, après un grand creux dans les années 80-90, semble revenir au premier plan. Il semble en outre que le canton s’intéresse vraiment à définir ses terroirs, ce qui va dans le bon sens. Une très agréable surprise, donc.

Vaud

Samedi 10 h : Dégustation de six chasselas du Domaine de Châtaigneréaz (Vaud), entre 1990 et 2005. Le but de la manip est de prouver l’aptitude au vieillissement des chasselas de cru.
La démonstration n’est pas probante: mes deux vins préférés sont, d’une part, le 2005, qui allie une certaine minéralité, un petit côté salin et du fruit (agrumes, tilleul), et de l’autre, le 1990, avec ses notes d’hydrocarbures et d’évolution. C’est sans doute le seul vin de la dégu auquel on peut raisonnablement appliquer le mot «gras» (et encore est-ce tout relatif). Dans l’ensemble, ces vins brillent par leur côté fluet, et les expressions utilisées par certains de mes voisins suisses pour qualifier leurs arômes prêtent à réfléchir. On se dit que soit une longue pratique de ce type de produits a musclé leurs papilles (attention tout de même, cela peut devenir dangereux s’ils ont à juger de vins plus corpulents), soit il s’agit de caractéristiques génétiques typiquement helvétiques.
En résumé, cette dégu m’a franchement déçu.
 
Valais

Samedi 15h : après une pause sacrément roborative au Château de Vinea (raclette valaisanne à volonté, crus de fromages et crus de vins valaisans associés), nous voici au pied de la belle colline de Vétroz, pour nous lancer à l’assaut de l’amigne.
 
Vétroz
 
Vétroz (Photo H. Lalau) 
 
 
C’est bien simple, on en trouve que là, ou presque. Après avoir admiré les ceps choyés et les belles grappes dorées, nous dégustons un bon chasselas enfin mûr et ample, celui de Germanier, avant de redescendre chez ce même producteur, pour jauger l’amigne dans le verre, cette fois.
Nous commençons avec l’Amigne de Vétroz Germanier Balavaud
Sans point de référence, on pense d’abord au viognier. Mais l’impression ne dure guère.
En bouche, ce sont la poire et les agrumes qui sautent au nez ; la bouche, suave et ample, s’allonge pour se terminer tout en douceur. 13°, tout de même.
Nous poursuivons avec la Cuvée Mitis 2002 du même domaine, une cuvée qui mérite bien son nom (mûr et doux, en latin). Ici, les raisins sont flétris sur souche et vendangés de la mi-novembre à la mi-décembre. A l’arrivée, un moût très riche. Le vin est vinifié sur lies, élevé 18 mois. Il contient 122g de sucre résiduel, 6,3 g d’acidité … et 14,6° d’alcool.
Le nez rappelle le précédent, en plus mûr, avec des notes confites ; la bouche est riche, mais reste élégante. Une des grandes découvertes de ce voyage.

Dimanche 10h : Dégustation des Etoiles du Valais au Château Mercier. La petite délégation belge n’est pas vraiment convaincue du choix en matière de Chasselas : j’écris ton nom «dilution »… Pourtant, côté matière, les Fendants du Valais sont habituellement plus gâtés que leurs homologues vaudois.
Le sylvaner de la Cave Les Ruinettes, par contre, séduit (minéralité, levure de bière, léger sucre résiduel, bel équilibre instable). Les trois petites arvines qui suivent sont plus inégales, la préférence va à celle de Maurice & Xavier Giraud: miel, acacia, bouche minérale (schistes ?), bonne longueur et finale saline.

Vinea

Dimanche, 12 h : Vinéa, c’est une enfilade de stands carrés avec plein de vignerons et plein de gens. Les premiers proposent toute leur gamme, les seconds se font un plaisir de déguster les vins proposés. La rue s’organise comme la vallée et reproduit d’amont en aval la succession des villages vignerons. Visp ou Viège entame la descente, Fully la termine, entre les deux, Salgesh, Varen, Sierre, Flanthey, Sion, Vétroz, Chamoson et bien d’autres, sont autant d’îlots riches en découvertes et en originalités. Ont retenu l’attention (et pardon pour les autres):
 
Cave de la Tour, Léo Mengis à Visp

Johannisberg 2005 tout en fraîcheur, minéral et long.
Superbe Heida 2005, avec un rien de sucre résiduel et une jolie amertume équilibrante, une impression tannique en fin de bouche.  
Malvoisie flétrie 2004, l’expression valaisanne du pinot gris récolté en vendange tardive, douce, fraîche et minérale.
Surface viticole : 3,5 ha dont quelques acres sur le vignoble de Visperterminen.

Anne-Catherine et Denis Mercier à Sierre

Fendant 2005 en légère surmaturité qui donne un élan minéral superbe à ce classique du Valais. Gras, frais, une fine ligne amère sur la longueur qui apporte un regain de fraîcheur.
Petite Arvine 2005 certes peu expressive au nez, mais d’un minéral tranchant en bouche. Son potentiel de garde s’exprime dans la longueur révélatrice qui déborde d’agrumes.
Dôle blanche 2005 un assemblage d’une saignée de Pinot Noir et de Gamay, fraîche et sympa.
Dôle rouge 2005 qui assemble 20% de Gamay et 20% de Garanoir + Ancelotta à 60% de Pinot Noir, juteux de fruits rouges très épicés..
Cornalin 2004 rouge sombre, très floral au nez, une fraîcheur immense en bouche avec un arôme dominant d’iris, un gras onctueux installé par l’élevage d’une année en barrique, long, épicé avec une pointe de sel en fin de bouche.
Ermitage flétri 2004 partiellement botrytisés, ce ‘Grain Noble’ ramassé mi-février, rappelle les fruits jaunes confits relevé d’iode et de poivre noir.
Surface viticole : 6 ha qui ne manquent pas de donner une gamme variée.

Domaine des Muses, Robert Taramarcaz à Sierre


Fendant 2005 : Chasselas de 80 ans qui poussent sur les pentes des communes de Vétroz et Conthey. Un Fendant plein, à la matière dense soutenu par un squelette minéral très charpenté.
Euterpe 2004 « séduction blanche » un assemblage d’Humagne blanche et de Petite Arvine, frais et aromatique.
Pinot Noir 2004 : encore en élevage (début septembre 06), il révèle déjà déjà la pureté et la fraîcheur de son fruit rouge (à l’opposé de bon nombre de PN valaisans au fruit cuit et sec).
Cornalin 2005 dont la finesse des tanins nous fait savourer le fruité rouge et noir bien épicé avec délice.
Muscat Flétri 2005 il respire la rose et a le goût des raisins qui croquent et des agrumes qui terminent de confire, le tout porté par une fraîcheur sans équivoque.
Polymnie 2003 Pinot Gris Marsanne en ‘Grains Nobles Confidentiels’, élevé 18 mois en fûts de chêne neufs. Tout simplement superbe. Suave, minéral, frais et d’une complexité extraordinaire.
Surface viticole : 9 ha conduit et vinifié par Robert Taramarcaz, œnologue de formation.

Clos du Château Ravire, Michel Savioz à Veyras

Vin du Glacier, sans âge réel, car élaboré selon un type de solera statique. Les foudres de mélèze reçoivent un ajout annuel qui compense les prélèvements. L’assemblage se compose de Rèze, d’Ermitage (Marsanne) et de Malvoisie. Un vin surprenant qui rappelle quelques spécialités jurassiennes. Le mélèze donne une aromatique particulière à ce vin d’une grande complexité.
Rèze 2003: ce cépage autochtone qui, d’habitude, décoiffe tant il est acide et râpeux, trouve en ce millésime, ou chez ce vigneron, une structure élégante avec du gras, voire de l’onctuosité.

Varone Vins, Frédéric Varone à Sion


Heida 2005 ou toute la puissance de ce Savagnin haut perché. Les 5 g de sucre résiduel (à peine perceptibles) donnent un petit coup d’arrondi au vin et enrobent sa structure minérale.
Petite Arvine 2005 : très sèche (malo non faite), elle développe une fraîcheur citronnée intense construite sur 6,8 g d’acidité. L’importante structure minérale donne une bonne assise au vin.
Ermitage 1996 100e un ‘flétri’ très sapide au goût de céleri, de noix verte à la longueur veloutée et croquante.
Marsanne flétrie Valorine 2003 : ce vin fait un tabac sur les papilles, 180 g de sucre pour 6,5 g d’acidité, un équilibre dynamique aux arômes de tarte tatin, de mirabelle et de branche de céleri confite, avec un soupçon de poivre.
Surface exploitée : 70 ha dont une douzaine en propriété.

Cave des Tilleuls, Fabienne Cottagnoud à Vétroz


Amigne Grand Cru 2005 presque sèche (c’est toujours compliqué d’élaborer une Amigne complètement sèche, ses baies sont gorgées de sucre) elle distille des parfums à la fois fruités et floraux, mandarine et rose poivrée.
Amigne Grand Cru 2004 (élevée en barriques) moins aromatique pour l’instant que la précédente, elle possède un potentiel plus important et ne livre pour l’heure qu’amande et pistache bien plantées dans un socle minéral.
Amigne flétrie 2004 qui garde de fraîcheur grâce au soutien anniversaire minéral et le croquant du sucre, le caractère aérien et lumineux des parfums, le jus du fruit.
Surface viticole : 4 ha où l’Amigne tient une place privilégiée dans le cœur de Fabienne, la preuve, elle concocte depuis quelques années une Amigne sous voile façon Vin Jaune, on en reparlera…

Cave le Potier, Jérôme Giroud à Chamoson


-Les vins élevés en cuve
Fendant 2005 minéral, très frais
Johannisberg 2005 qui développe une très élégante amertume aux accents de plantes aromatiques avec une longueur salée.
Muscat 2005 très minéral, vraiment étonnant pour ce cépage plus habitué au simple déroulement aromatique, belle fraîcheur.
Petite Arvine 2005 minéral au caractère bien trempé et une longueur qui explique la puissance du vin.

-Les vins élevés en barriques
Humagne blanche 2004  encore un peu dominée par son logeur mais gardons confiance, elle a matière à s’en sortir.
Pinot Noir 2005 plein de fruit, cerise, framboise, fraise, les tanins croquants, de la longueur, de la fraîcheur, de l’élégance ! Un deuxième candidat pour initier ma conversion.
Humagne rouge 2005 sauvage comme j’aime, avec des fruits noirs, des goûts de sous bois, des tanins anguleux qui demandent des plats consistants. Et pas de faux goûts (j’insiste !) qui ressemblent à un voile liégeux et soi-disant typique du cépage. Récolté à maturité et bien vinifié, l’Humagne rouge est certes rustique mais pas liégeuse.
Surface viticole: 4,3 ha, on ne le croirait jamais à voir tout ce qu’il y a.
 
Ticino

Dimanche 20h : arrivée au Tessin par le col de Nufenen. Après la remontée du Rhône, la redescente vers un canton déjà méditerranéen, qui fête cette année les 100 ans du Merlot. 
 
Nufenen
 
Nufenen (Photo H. Lalau) 
 
 
Un dîner organisé sous l’égide de Ticino Wine nous met en présence des deux rouges d’exception: deux Merlots Ticino de Guido Brivio (Mendriso, Sottocenere).
Riflessi d’Epoca 2003, d’une part. Bouche fruitée de griottes, boisé très bien fondu, puissance et élégance, notes de cacao. Superbe.
Platinum 2003, le sommet de la gamme, un vin d’une rare profondeur. Il s’agit des mêmes (vieilles) vignes que le précédent, mais aux raisins desquelles on a appliqué la technique de l’appassimento cher à la Valpolicella; à l’arrivée, un surplus de matière, indéniable, mais pas au détriment du fruit ni de l’élégance. Un vin de classe internationale, le cépage et le terroir passent ici au second plan derrière le travail de l’homme, de l’éleveur. Que de travail, d’ailleurs, pour arriver à un vin si «simplement» merveilleux.

Lundi 15h Arrivée chez Vinattieri. Un vignoble de carte postale, avec un petit château tout blanc aux relents bordelais. Les vins présentés ici sont un peu à l’image de l’édifice : tout a été fait pour bien faire, mais cela manque parfois un peu d’âme.. De tous, c’est le Ligornetto (le deuxième vin du château), avec présente des notes de raisins passerillés, qui m’a le plus séduit ; son bois est bien intégré; le Roncaia 2004 – le vin de base, le moins travaillé, n’a pas démérité non plus ; quant aux vins plus haut de gamme (Vinattieri 2003, Castello Luigi 2003), désolé, ce n’est pas ma tasse de thé – je veux dire, de tisane de chêne. Le prix aussi vaut son pesant de barriques.

                                     
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Re-pêché pour vous

Le 18 novembre dernier, Saveurs Suisse organisait aux Pêcheries, à Boitsfort, une dégustation des vins de trois vignerons suisses. Sur les trois, deux étaient déjà de nos connaissances, à savoir Guido Brivio et Gilles Besse (Germanier). Le troisième larron n’était autre que Thierry Constantin, de Pont de la Morge (Valais), qui sait aussi bien proposer des chasselas friands que des pinots noirs très tanniques (certains, comme de Clos de Beauregard, joliment barriqué), ou encore des petites arvines particulièrement aromatiques (ananas, pamplemousse).
La dégu avait été orchestrée de main de maître par Xavier Faber (ex-Verre à Pied), que sa passion pour les vins suisses n’a pas quittée, malgré les déboires de Swiss Wine.
Les vins étaient présentés, non par cave, mais par type (blanc, blanc barriqué, rouge, rouge barriqué), ce qui a grandement facilité la tâche du dégustateur. L’ambiance était bon enfant, le public des particuliers plus ou moins éclairés était venu en famille, ce genre d’événements crée de vrais liens entre amateurs et vins suisses. Vins suisses qui font mentir leur réputation de vins exagérément chers. Ils sont simplement à ranger dans une catégorie différente, le rapport qualité prix s’améliorant à mesure que l’on monte sur l’échelle d’exigence du vigneron. Le Merlot Riflessi d’Epoca de Brivio (un an de fût) vaut ses 28 euros. D’ailleurs, nous les donnons sans sourciller pour des grands crus bordelais de plus grande réputation, certes, mais souvent de moindre classe. Une occasion aussi de regoûter son excellent Merlot Blanc Barriqué (ici, le bois apporte vraiment une autre dimension, un côté… bourguignon au nez, tout en finesse).
 
(c) Hervé Lalau et Marc Vanhellemont 

Dossier publié dans le magazine In Vino Veritas

20:08 Écrit par Hervé Lalau dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

Bonne pêche à Terre Neuve

En Suisse, les frontières linguistiques ne résistent pas à l’appel du bon terroir. Témoin David Kind, agronome zurichois ayant trouvé à St Prex, au cœur de la Côte de Vaud, un vignoble bicentenaire à la mesure de ses ambitions qualitatives: le Domaine de Terre Neuve.
Un domaine conduit dans la tradition (ni osmose inverse ni copeaux à l’horizon du Léman), avec un seul grand souci : David fait les vins qui lui plaisent, parce que c’est comme ça qu’il pense qu’ils peuvent plaire.  C’est pour ça qu’il en a diversifié l’encépagement (jadis uniquement chasselas et gamay, aujourd’hui 11 cépages). Et c’est sans doute aussi pour cela que 80% de sa production passe les frontières de la Suisse Romande. Kind, qui a vécu un temps au Canada, s’est aussi lancé dans la grande exportation sur le marché américain.

 TerreNeuve Kind

David Kind (Terre Neuve) 

 

Une gamme, un style

Comme le montre sa gamme assez étendue (9 vins), Kind n’est pas l’homme d’un exploit, mais l’homme d’un style ; au-delà du cépage, au-delà de la vinif, ses vins présentent tous la patte du vigneron qui laisse s’exprimer le terroir (argilo-calcaire avec quelques zones d’alluvions) dans toute sa pureté; ses vins (vinifiés en barrique) sont élégants, du plus guilleret des chasselas au plus épicé des gamarets…  Bref, Vaud le détour.

C’est un régional de l’étape, Yves Paquier, qui m’a fait découvrir ce producteur en juin dernier, c’est avec lui également que j’ai dégusté le plus gros de la gamme, sur place et à la terrasse du Yatus, un bistrot à vin superbement fourni, à Morges. Voici donc nos commentaires à deux voix, notre «bonne pêche» à Terre Neuve.

La Dégu

Chasselas 2004
En moyenne, le chasselas n’est pas réputé pour sa puissance aromatique ni pour son ampleur. Il y a heureusement des exceptions dans les bons terroirs. Joli petit perlant en attaque, nez d’agrumes, de fleurs blanches et de pomme, acidité et minéralité par la suite, bonne longueur. Excellent vin d’apéritif (j’ai essayé), ou sur un poisson.


Pinot Gris 2004
Beaucoup de similitudes avec le vin précédent, ce qui tend à prouver que David Kind a plus d’ambition que d’offrir des  des « vins de cépages ». Au nez, c’est à s’y méprendre (pamplemousse, fleurs blanches, fruits exotiques, pomme). Mais en bouche, L’acidité laisse ici la vedette au gras. Un peu de perlant confère au vin une agréable vivacité, finale minérale. Pour les suggestions culinaire, voir le vin précédent. J’y ajouterais cependant les fromages à pâte dure.

Gamay 2004
Fruits noirs au nez (cassis et cerise… de Bâle, restons suisses). Bonne fraîcheur en bouche, bel équilibre entre souplesse et mâche. Qui a dit que le gamay manque de charpente ? Côté accord, nous proposerons des charcuteries ou des fromages à pâte molle.

Gamaret 2004
Cépage rouge typiquement vaudois (il est né en 1970 à Changins, d’un croisement de gamay et de reichensteiner), le Gamaret présente souvent des notes épicées (d’aucuns évoqueront le cabernet franc de la Loire) ; c’est le cas ici, avec un nez de girofle, de poivre rose et de pivoine. La bouche est très équilibrée, grâce à des tannins très bien fondus (toujours l’élégance…). Peut-être pas le rouge favori de l’ami Parker, mais un produit très franc: oserons-nous le terme gouleyant, pour un produit aussi structuré ? Voilà en tout cas un vin auquel les viandes rouges en sauce et même le gibier ne feront pas peur.

Sauterreneuve 2004

Pour terminer, une spécialité des plus réjouissantes. Son nom, qui prouve que les Suisses ont de l’humour, est déjà tout un programme. On est cependant loin des bords du Ciron, géographiquement et dans l’esprit.Il d’agit d’un chardonnay passerillé élevé en barriques. Laissons l’ami Yves Paquier épancher son cœur lyrique et son goût des bonnes douceurs: «Un nez très frais aux notes distinctes de miel et de citron. La bouche dans sa phase d’attaque dénote une approche directe franche et ciselée. La suite se place dans une logique de vin passerillé avec du gras, une sucrosité en équilibre avec une acidité soutenant l’ensemble du vin. Belle finale longue et onctueuse à souhait».
Côté suggestions gourmandes, on penche pour les fromages bleus ou à forte personnalité, les desserts au chocolat… ou tout simplement tout seul, en vin de méditation, le soir au bord du lac. Et si vous n’avez pas de lac, fermez les yeux.

                                     (c) Hervé Lalau


Info/Contact : David Kind, Domaine de Terre Neuve, 00 41 21 803 63 44


09:41 Écrit par Hervé Lalau dans Suisse | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |