22 avril 2009

Le feuilleton des AOC vaudoises raconté par un Suisse

Il faut être sacrément doué, ou sacrément suisse, pour comprendre la complexité des AOC helvétiques, et notamment vaudoises. Même leurs équivalents français ou italiens paraissent simples en comparaison A l'heure où le système doit être révisé, notre ami valaisan Alexandre Truffer s'est attelé à la noble tâche de nous l'expliquer, point par point - les Suisses sont méthodiques. Grâce lui soit rendu! Partons à la découverte du 49-51, du 40-60, de l'encépagement, de terroirs et du marketing... et même du Champagne!

 

Lavaux

Le célèbre vignoble de Lavaux, classé par l'UNESCO


1. Comme tous les cantons romands, Vaud doit présenter un nouveau règlement viticole afin de se conformer à l’injonction de la Confédération qui veut que les législations viticoles régionales soient toutes en adéquation avec la législation européenne.

2. Pour le canton lémanique, le principal écueil est l’existence du 49-51, qui implique que seul 51% du produit doit correspondre au lieu de production indiqué sur l’étiquette. Ainsi, un vin vendu sous l’appellation Féchy peut contenir jusqu’à 49 de raisins cultivés à Aubonne. Et cela, ne plaît pas à l’UE.

3. Cette modification de la législation semble une bonne occasion de simplifier le système d’appellations du canton qu’une majorité d’encaveurs trouve trop complexe et mal adapté au marché. L’évolution des consommateurs incite dans le même temps à la création d’une marque Vins Vaudois l’Excellence des Terroirs. Une étude poussée des sols d’un budget de 1,2 millions, l’Etude des terroirs viticoles vaudois, terminée en 2004 laisse entendre que dans le canton de Vaud, le terme «terroir» n’est pas qu’un argument marketing.

4. Une commission composée de divers représentants de la profession planche sur un nouveau règlement à présenter au Conseil d’Etat.

5. La presse se fait l’écho du désir des vignerons de « renoncer à mélanger leurs vins » comme le titre 20 Minutes en première page le 1er décembre 2008

6. Divers groupes de professionnels s’opposent frontalement à cette commission. Ainsi, les propriétaires de vignes de Féchy font savoir leur mécontentement par voie de presse le 17 décembre 2008.

7. Au milieu du mois de mars, une rencontre a lieu entre le Conseil d’Etat –qui doit édicter un règlement- et la commission qui a planché depuis plus d’un an sur un consensus. Coup de théâtre, le projet préparé est remplacé par une proposition de règlement.

8. Pierre Thomas, journaliste spécialisé, publie sur son blog un article intitulé "Vous détestez le 49-51 ? Vous adorerez le 40-60 !" qui dévoile la philosophie du futur règlement.

9. Le 24 mars 2009, l’Etat de Vaud organise une conférence de presse pour présenter le nouveau projet qui est mis en consultation et doit être avalisé pour le 1er juin.

Non convié à l’événement, je n’ai pu me rendre compte du consensus dont la presse locale s’est fait l’écho suite à cette présentation. J’ai cependant lu le règlement (disponible sur le site de l’Etat de Vaud) et je dois avouer ma perplexité. Comment une région qui axe sa promotion sur le terroir et qui jure se préoccuper des consommateurs peut-elle plébisciter ce texte? Petit florilège des points qui m’interpellent:

1. Les cépages autorisés. Le système d’AOC postule que certaines variétés sont adaptées à une région et d’autres non, le législateur établit donc une liste des plants adéquats. Ainsi la Bourgogne se limite au Chardonnay et au Pinot Noir, ou Neuchâtel n’accepte pour ses rouges que le Pinot Noir, le Gamaret et le Garanoir. Or, dans ce nouveau règlement vaudois, on trouve 58 cépages dont toutes les variétés autochtones valaisannes (Petite Arvine, Amigne, Cornalin, Humagne Rouge, Lafnetscha ou encore Rèze) et une collection de plants rarement cultivés au sud du Canada comme le Maréchal Foch. Au moins, quelque soit l’évolution du climat, le canton est paré !

2. Le coupage. Dans la nouvelle mouture, on ne parle plus de 49-51, mais votre AOC pourra se décomposer ainsi : 10% de vin suisse de coupage, 36 % (soit 40% des 90% restants) de vin de la région – elles sont six : La Côte, Lavaux, Chablais, Bonvillars, Vully ou Côtes de l’Orbe- et 54% du lieu de production (Féchy, Yvorne ou une autre appellation communale) indiqué sur l’étiquette. Une véritable révolution par rapport au 49-51 comme on le voit !

3. Les appellations. Officiellement, il n’y a plus que neuf AOC, six identiques aux régions et trois appellations d’ensemble (Vaud, Dorin et Salvagnin), mais en fait toutes les anciennes dénominations demeurent. Elles sont appelées lieux de production et reprennent le schéma des appellations précédentes. Vive la simplification !

4. L’exception champenoise. Seule entorse au 40-60, le village de Champagne interdit tout coupage pour son appellation communale. La raison de cette sévérité: le village veut continuer son combat avec la région française homonyme, mais sait pertinemment que pour avoir une chance devant les juges européens, il lui faut une législation conforme aux normes européennes - soit un maximum de 15% de coupage et non 40%, 44% ou 49%.

En résumé, tout le monde est conscient que le but premier, qui était de présenter un règlement calqué sur les standards européens, n’est pas atteint.

 

Ainsi, par l'intermédiaire de son président Marc-Henri Leyvraz, la Fédération des Associations Promotionnelles des Vins Vaudois a pris position officiellement pour demander des modifications importantes. Son comité "désire un renforcement de l’image des Grands crus et l’abandon des Premiers grands crus qui ne respectent pas suffisamment la haute diversité des vins vaudois, instaurent trop de restrictions, des normes réductrices, tout en favorisant les mentions spéciales au détriment des mentions de lieu de production et de commune".


On pourrait encore continuer, mais l’on voit bien que ce règlement, s’il réjouit ceux qui ne voulaient aucune modification réelle de la législation, risque de ne pas être aussi apprécié hors du cercle des producteurs. Comme l’a montré un récent arrêt du tribunal fédéral portant sur les zones franches genevoises, l’interprétation arrangeante de la notion d’AOC qu’en font certains n’est pas partagée par toutes les autorités politiques ou judiciaires. Même si les terroiristes de la profession ne parviennent pas faire entendre leur voix, Berne, voire Bruxelles, pourraient tôt ou tard recadrer le débat. Suite donc au prochain épisode.

 

996-Truffer

Alexandre Truffer

 

Plus d'info sur www.romanduvin.ch

06:22 Écrit par Hervé Lalau dans Suisse | Tags : suisse, vaud, vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

02 avril 2009

Le nouvel Espace Provins ouvre ses portes

L'ouverture de l'Espace Provins de Sion , ce jeudi, marque la fin de la première phase des travaux de centralisation de la Coopérative suisse sur son site de Sion. L'ensemble du complexe sera opérationnel pour les vendanges 2009.

Mais d'ores et déjà, les vacanciers de Pâques 2009 - ainsi que tous les locaux - pourront apprécier la nouvelle structure oenotouristique.

Avec une surface totale de plus de 1000 m2, le nouvel Espace Provins de Sion se veut un lieu destiné aux plaisirs du palais et des papilles, autour du vin et de la gastronomie. Il se répartit en plusieurs "sous-espaces".

 

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L'Espace Provins

 

-L'Espace Millésime est le point de vente proprement dit où sera disponible l'ensemble de l'assortiment de Provins, mais également un éventail de vins du monde (environ 60 produits), un choix d'accessoires pour le vin ainsi qu'une sélection de produits du terroir.
-L'Espace Club est le lieu destiné à la dégustation où plus de 40 vins différents sont disponibles en libreservice, grâce au système Enomatic dont Provins est le distributeur exclusif pour la Suisse.
-L'Espace Gourmet comprend une cuisine semi-professionnelle au service des traiteurs et des partenaires de Provins, agencée également pour permettre l'organisation de cours de cuisine jusqu’à concurrence de 12 participants. Ces cours mettront en évidence les accords mets et vins et seront dispensés par des chefs de la région.
-L'Espace Tourbillon est une salle de réception, d'une capacité de 80 personnes en mode conférence, destinée à recevoir des apéritifs, banquets et séminaires, en collaboration avec les traiteurs et restaurateurs du Valais central.


L'Espace Provins sera ouvert du lundi au vendredi, de 9h30 à 12h00 et de 13h30 à 18h30, ainsi que le samedi de 9h30 à 12h00 et de 13h30 à 17h00. Certaines prestations proposées sont disponibles en dehors de ces horaires, sur réservation.

 

Plus d'info:  www.espace-provins.ch

07:17 Écrit par Hervé Lalau dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |