04 janvier 2011

Capsule et vice

Au détour d'un billet sur Baudry-Dutour, mon excellent confrère Jim Budd s'interroge sur le bouchage des blancs de Loire. C'est ICI.   

Curieuse coïncidence, les Baudry-Dutour sont les nouveaux propriétaires du Château de la Grille, dont je vous parlais hier. Les grands esprits se rencontrent, Jim!

Mais tel n'est pas mon propos.

Chez Baudry-Dutour, comme vous le lirez dans le billet de Jim, on a choisi la capsule à vis pour l'exportation des chenins blancs; parce que, pour reprendre les paroles de Jean-Martin Dutour, qui est tout de même le mieux placé pour savoir quelle qualité de vin il veut vendre, "c'est le meilleur bouchage pour ce type de blancs". Voila qui ne ravira pas les membres de l'Académie Amorim; mais M. Dutour, qui vient de prendre la présidence d'Interloire, a droit à ses opinions.

Pour la France, pourtant, la Maison en reste au bouchon de liège. Les Français ne pourraient donc pas goûter aux Chinons blancs vins de Baudry-Dutour dans leur meilleure forme? Hélas non! Car comme Papy, les sommeliers français font de la résistance. Ils refusent la capsule au motif que le geste auguste du débouchonneur "fait partie de leur métier", et que la disparition du bon vieux bouchon pourrait sonner... la leur.

A ces tire-bouchonneurs angoissés, on répondra ceci:

-La cavalerie polonaise est passée aux blindés un tantinet trop tard, ce qui lui a valu quelques déboires en 1940. On n'arrête pas le progrès, et encore moins les divisions de panzers avec des chevaux. Aucun rapport avec la capsule à vis? Voire...

-De même que l'habit ne fait pas le moine, le tire-bouchon ne fait pas le sommelier.

-En temps que client, j'attends d'un sommelier qu'il sache m'aider à bien choisir le vin. D'abord parce qu'il l'a amoureusement sélectionné (enfin, si son patron lui en a laissé le loisir); et surtout parce qu'il le connaît bien. Et pourquoi pas un vin capsulé, si c'est le meilleur qu'il a pu trouver pour le plat que je commande? Ce n'est en tout cas pas un critère pour le refuser.

-Si c'est un bon sommelier, il n'aura pas l'outrecuidance de contredire M. Dutour à propos de ses blancs délicats. Ni, d'ailleurs, ses confrères de la sommellerie suisse, qui servent des chasselas capsulés depuis les années 80... 

-Accessoirement, moins de goûts de bouchon, moins de renvois de bouteille, moins de vaines discussions à ce propos avec des clients plus ou moins sincères, ce serait mieux pour tout le monde.

-Il suffirait d'expliquer au client les raisons de ce choix, ce qui, assurément, serait une excellente occasion pour le sommelier de montrer sa compétence.

J'ai beaucoup de tendresse pour les vrais sommeliers, qui font un boulot pas toujours facile, coincés qu'ils sont entre les restaurateurs et les clients. Mais ne sont-ils pas d'abord au service du vin? Comment pourraient-ils justifier de continuer à exclure de nos tables des blancs dont l'expression aromatique aurait été la mieux préservée? Ce serait trahir les producteurs... Une attitude pour le moins indécente. Presque du vice.

Soyons clairs: je me fiche de tout le cérémonial de la sommellerie, du pop, du pschitt et du plops, comme de l'an 40. Au sommelier, je demande du conseil, de la compétence. Ou à défaut, je choisis tout seul.

Suis-je unique en mon genre? Votre avis m'intéresse. Car si vous êtes nombreux dans mon cas, peut-être arriverons-nous à convaincre nos amis sommeliers français de reconsidérer la question...

Cela vous choquerait-il de voir servir à votre table un vin capsulé? La compétence du sommelier qui vous le servirait vous en semblerait-elle amoindrie? Amis blogueurs, j'attends vos commentaires.

 

 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Suisse, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, suisse, france, capsule à vis, bouchon, sommelier | Lien permanent | Commentaires (10) | | | |

19 décembre 2010

En Suisse, on supprime une AOC!

Joli contraste! Alors que la France et l'Italie multiplient leurs AOC, la Suisse fait tache: d'un trait de plume, Berne vient de rayer Vully de sa liste d'appellations viticoles. Faute d'accord entre les deux cantons censés se partager l'aire d'appellation sur l'encadrement de la production. Mon confrère Pierre Thomas vous explique ça beaucoup mieux que moi. C'est ici

villars-sous-yens.jpgLausanne promeut, mais Berne supprime...

Bien sûr, c'est un cas d'espèce. Bien sûr, on ne peut pas généraliser. Bien sûr, la Suisse n'a pas de leçons à nous donner.

Mais franchement, vous, si vous étiez à la tête de l'INAO, vous les garderiez toutes, nos AOC françaises?

J'en appelle à la démocratie participative. Puisqu'il existe une procédure, longue et ardue, pour faire reconnaître une nouvelle AOC, il doit sûrement en exister une autre, d'initiative populaire, par exemple, pour supprimer celles qui ne répondent pas à leur objet. A savoir, la garantie d'une authenticité, mais aussi, depuis que l'INAO est l'INOQ (Institut National de l'origine et de la Qualité), la garantie d'une qualité. Après tout, ces labels sont censés nous protéger, nous, les consommateurs...

Vous pouvez me fournir des noms d'AOC à rayer, je transmettrai. En toute confidentialité. Encore une vertu suisse.

En attendant, je retiens le slogan du vin vaudois: "l'excellence des terroirs". Plus qu'un slogan, une promesse qui me rappelle le projet de feu René Renou et ses "AOC d'excellence". Je cite le commentaire de l'époque, paru sur Vitinet: "le consommateur risque d'être encore plus désorienté face à une "super AOC" présentée comme "d'excellence" et pouvant peut-être jeter le doute sur la qualité des AOC "basiques".

Deux observations.

Primo, le projet n'a pas vu le jour, mais le doute sur les AOC basiques n'a jamais été aussi grand. En fait, à mon sens, une AOC ne peut pas être "basique", puisqu'elle nous promet une spécificité,  un caractère inimitable, ce qui fait que Marlborough (NZ) ne sera jamais Sancerre (Berry).

Secundo, faute de segmentation qualitative officielle au sein d'une offre d'AOC pléthorique, il s'en est créé une autre: une segmentation empirique, liée au commerce, à la puissance de feu de la communication. A ce jeu-là, ce n'est pas la qualité qui prime, c'est le cours du tonneau, le niveau des enchères, la médiatisation des châteaux, des vignerons, des propriétaires. Parallèlement, les classements, qui représentaient une autre forme de hiérarchisation ont été remis en cause devant les tribunaux.

Certes, ils n'étaient pas exempts de reproches. Mais ils avaient le mérite d'exister. A se demander si aujourd'hui, dans la France post-moderne du "pourquoi pas moi?", du "tous en première classe" et du "parlez-vous Médiatique?", on accepte encore une quelconque forme de hiérarchisation. On donnera bientôt le bac. Pourquoi pas l'AOC?

Il ne faut désespérer ni Billancourt, ni les Tarterets, ni Vallet, ni Lézignan.

On peut juste désespérer les consommateurs quant au contenu réel des mentions, mais ça, ce n'est pas aussi grave.

 

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Suisse | Tags : aoc, vins, vignobles | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |