01 juin 2013

Sacrés Helvètes!

Les Suisses nous appellent les Gaulois. Vu de Genève, de Lausanne ou de Sierre, il est vrai que les Français leur paraissent fichtrement braillards, brouillons, indisciplinés, désorganisés.

En matière de vin, pourtant, nous pourrions leur retourner le compliment.

D'abord, côté organisation, les Suisses pensent d'abord local (pardon, cantonal) avant de penser suisse. En plus, leurs réglements d'AOC et de Crus nous paraissent quelque peu surréalistes (notamment en matière de coupage avec les vins hors appellation).

Dans les années 2000,  au titre de la reconnaissance réciproque des labels de qualité, la Communauté européenne s'en est offusquée; aussi les réglements de certains cantons ont-ils dû être revus. Pas en Valais, qui dispose depuis 1993 d'une législation des Appellations viticole à peu près similaire à celle en vigueur en Europe. Mais en Vaud, si. La règle du 49-51 (qui permettait à une appellation communale de contenir 49% de vins d'une autre appellation), a été modifiée en 2009. Sur le papier, une AOC vaudoise ne peut donc plus intégrer plus de 10% de vin hors AOC, ce qui semble aller dans la bonne direction.

Oui, mais, si l'on regarde plus dans le détail, rien n'a vraiment changé. Par un joli tour de passe passe, on a juste fait entrer les appellations communales et leurs crus (149 au total) au sein de 6 AOC dites "régionales" (La Côte, Lavaux, Chablais, Bonvillars, Vully ou Côtes de l’Orbe). Ce qui fait qu'aujourd'hui, un vin portant une mention communale (type Féchy ou Yvorne) peut contenir 10% de vin Suisse de coupage, 36% de vin d'AOC régionale et (seulement)  54% de vin de l'aire communale indiquée sur l’étiquette. Vous suivez toujours? Alors je continue.

Carte_vaud.jpg

Le vignoble vaudois

Les AOC vaudoises sont aussi beaucoup moins normatives que leurs homologues françaises sur le chapitre des cépages: le nouveau règlement vaudois en autorise pas moins de 58. Pas mal, pour un vignoble d'à peine 3.800 ha! Mon excellent confrère suisse Alexandre Truffer fait remarquer qu'on trouve dans cette liste  "toutes les variétés autochtones valaisannes" (presque un crime de lèse-canton) et "une collection de plants rarement cultivés au sud du Canada comme le Maréchal Foch". Et de conclure: "Au moins, quelque soit l’évolution du climat, le canton est paré!"

Transposons à l'échelle française: dans le système vaudois, un vin de Pouilly-Fuissé pourrait assembler sauvignon, seyval, melon, savagnin, macabeu, tressallier, romorantin, aligoté, chenin, muscat, petit manseng, mauzac, grenache gris et chardonnay; il  pourrait contenir 54% de vin de l'aire de Pouilly-Fuissé, 36% d'AOC Mâconnais (ou d'AOC Bourgogne, selon la façon dont vous définissez la région) et 10% d'autres vins français...

Comme en plus, les pourcentages seraient assez difficiles à vérifier sur le terrain, on risquerait bien vite de faire du "Vin de France Pouilly-Fuissé". Ce n'est pas que je répugne à l'innovation, mais au nom du consommateur, je trouve assez normal qu'un vin qui se pare d'un nom de lieu ne contienne que du vin de ce lieu. C'est sans doute mon côté "psychorigide".

Mais malgré ça, certains Suisses semblent voir l'AOC comme une entrave...

C'est pourquoi, cette année, 10 millions de francs suisses vont être débloqués, "à titre extraordinaire" (un peu comme nos autorisations préfectorales pour la chaptalisation), "afin de soutenir le déclassement de vins suisses d’appellation d’origine contrôlée en vins de table". Cette mesure entend répondre à la situation d'excédent de la filière suisse (franc suisse fort, consommation natuioanle en berne, importations en hausse).  Concrètement, la Confédération donnera 1,5 franc par litre de vin AOC déclassé, pour «permettre l’écoulement des stocks».

J'eavoue que j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi un vin de table, privé de son origine, se vendra mieux qu'un vin AOC - pourquoi ne pas donner l'argent et baisser le prix des AOC? A moins bien sûr que l'AOC soit devenue un repoussoir pour les Suisses?

En Europe, nous, on préfère carrément distiller. Ce n'est peut-être pas très flatteur, mais ça débarrasse au moins le marché de vins invendables (c'est juste dommage qu'on ait cru bon de les produire). Alors que le système suisse, lui, en déclassant des vins du haut de sa pyramide, ne fait que tirer l'offre et les prix vers le bas, ou bien? 

Dites-moi si je me trompe.

De toute façon, cette mesure ne répond pas vraiment à la demande des professionnels: eux exigent un contingentement des importations de vin. Le principe pouvant se résumer de la manière suivante: "Ce n'est pas parce qu'on produit des vins qui ne plaisent plus aux Suisses qu'il faut les laisser boire autre chose!"

Et si les Suisses étaient aussi bêtes que nous?

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Suisse | Tags : suisse, vaud, aoc | Lien permanent | Commentaires (6) | | | |

29 mars 2013

L'Italo-Suisse Paolo Basso Meilleur Sommelier du Monde

Paolo Basso, 47 ans, sommelier italien exerçant en Suisse, a remporté ce vendredi la finale du concours du Meilleur Sommelier du Monde qui se tenait ce matin à Tokyo. C'est un habitué des concours: il avait déjà obtenu le titre de Meilleur Sommelier d'Europe en 2010. Il bat en finale la Canadienne Véronique Rivest et le Belge Aristide Spies.

Bravo à lui!

Zinfandel ou tempranillo?

Je ne veux pas faire la fine bouche, mais sur la foi des documents qui ont "fuité" des demi-finales, je constate que le vainqueur n'a pu identifier aucun des deux vins rouges présentés en demi-finale; ce qu'il a pris pour un Tempranillo de la Ribera del Duero 2009 était en fait... un Zinfandel 2010, et ce qu'il a pris pour un Nemea Aleatico 2007 était... un Château des Tours 2007. Au passage, je suis surpris de voir Nemea dans cette galère - pour moi, cette appellation grecque (exclusivement rouge) est d'abord connue pour l'Agiorgitiko. Quant à l'aleatico, j'en ai bu de Toscane et de Corse., jamais de Grèce. Et surtout, c'est un cépage blanc!

Soyons clairs, je ne discute pas son titre à M. Basso, c'est juste que je trouve l'exercice tout à fait artificiel. Et ce n'est pas ce qu'un client lambda demandera jamais à un sommelier.

J'ai vu aussi dans les réponses des demi-finales, du côté des alcools blancs, que pas mal de candidats hésitaient entre un ouzo grec, une sambuca et un raki turc. Je me demande en effet qui peut faire la différence - c'est anis blanc contre blanc anis, pour moi. Surtout, qu'est-ce que ça prouve des aptitudes du sommelier? Vous en commandez souvent, vous, des rakis turcs, au restaurant?

Whisky ou Cognac?

Pour finir, je note que dans la catégorie alcools bruns, la fine fleur de la sommellerie mondiale a aussi pas mal balancé entre Cognac, Whisky et Armagnac. Voila qui devrait rassurer ces trois appellations sur leur originalité, le côté inimitable de leur production!

Heureusement, il n' a pas que cette épreuve dans la compétition; il y a aussi des questionnaires de connaissances, et puis surtout, le service des vins et alcools. Et à ce jeu là, il n'y a pas de doute: Basso a été impérial (dixit mon copain Eric Boschman, qui était sur place, et qui s'y connaît).

Toutes mes amitiés aux deux candidats malheureux que j'ai le plaisir de connaître (le premier un peu plus que le deuxième), à savoir le Belge Aristide Spies et le Franco-Australien Franck Moreau. Retentez votre chance!

11:28 Écrit par Hervé Lalau dans Australie, Belgique, Suisse, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (15) | | | |