28 janvier 2014

Service après vente

Les articles de presse, ou les commentaires de vin sur les blogs font-ils vendre du vin?

Comme dit très bien l'ami Luc, "ça dépend du vin". Ca dépend aussi du media. De l'adéquation entre les deux.

Je serais surpris si un commentaire de vin dans l'Humanité pouvait faire vendre beaucoup de Mouton-Rothschild. Mais qui sait?

Moi, en tout cas, j'ai très rarement l'aspect commercial à l'esprit quand je commente un vin.
C'est paradoxal, puisque sans vente, plus de vin. Mais j'essaie de faire abstraction de tout ce qui n'est pas le vin.

Tout au plus me permettrai-je, une fois le vin dégusté, de m'enquérir de son prix et le cas échéant, d'insister sur son bon rapport qualité-prix. Je m'efforce en tout cas jamais de ne faire faire varier mon commentaire en fonction de la notoriété du vin, de sa disponibilité, ou même du volume produit.

Ce qui vous vaut le plaisir (?) de lire mes notes sur des trucs parfois difficiles à trouver, genre fino chypriote, rosé et muscat tunisiens ou traminer slovène. Mais aussi, à l'occasion, des bulles de Loire ou d'Alsace produites en très grosses séries et vendues pour de très modiques sommes. Aucune coquetterie là-dedans. Juste le plaisir d'avoir découvert quelque chose et de le faire partager.
A l'inverse, je suis plutôt moins intéressé par les produits possédant déjà un grand statut. Parce que j'ai l'impression que je n'ai rien à apprendre à quiconque, que le service après-vente est déjà fait, et bien fait.

Aucun mépris de ma part. Ces vins-là peuvent être très bons.

Il y a quelques années, pour IVV, j'avais lancé la rubrique Icones, ce qui m'a permis de passer en revue quelques "incontournables" - et même, de les déguster (car bien souvent, même chez les pros, on en parle plus qu'on en boit).

Le premier, je crois, c'était Haut-Brion. Si ma mémoire de bichon est bonne, il y a eu aussi Château Margaux, Beaucastel, Quinta de Noval. Et puis Constantia. Grange, Tignanello, Egon Müller (grâce à Luc, d'ailleurs). Mon copain Gérard Devos a commenté Le Clos Sainte Hune, aussi. Marc, Vega Sicilia, je crois. J'ai bu de belles choses. C'était sympa. Surtout pour le côté historique: comment devient-on une icone? Pourquoi celui-là et pas un autre? Est-ce que c'est toujours du vin? Combien ça coûte? Est-ce que ça se garde? J'avais encore quelques idées (notamment pour la Bourgogne et puis l'Italie); mais ça ronronnait un peu; on a mis la rubrique en sommeil.

IMG_1455.jpg

 La narine frémissante, le bichon vous salue bien. Ou plutôt, le coton. Gribouille.

Et puis, je n'ai qu'une vie, mes journées sont déjà longues, je dois faire des choix.

"A quoi sert une chronique si elle est convenue,

Me disaient des Chiliens, les mains pleines d'invendus" (merci à Roda Gil).

Ma "mission", c'est moins Haut-Brion que le plaisir de la découverte partagée.

Alors je crois que je vais continuer à déguster à l'aveugle et à faire semblant que le prix et le statut n'ont pas d'importance. A ne pas déguster beaucoup d'icônes parce qu'on les voit rarement dans les dégustations organisées par leurs appellations; et qu'à 51 ans, non seulement je n'ai toujours pas de Rolex, mais je ne reçois toujours pas de Romanée Conti à déguster pour mes étrennes.

J'ai un Coton de Tuléar, par contre (pas un bichon, non), auquel je songe sérieusement à confier mes rares dégustations de très grands vins. Je pense qu'il est plus qualifié que moi pour dire si le surcroît de complexité d'un premier grand cru classé A vaut l'écart de prix avec un classé B, ou un pas classé du tout. Saviez-vous que mon Gribouille (7 kilos tout mouillé) a 40 fois plus de neurones consacrées à l'olfaction que vous et moi?

Quitte à gâcher mon beau talent, je crois que je vais me garder les vins trop abordables, méconnus, limite insignifiants.

Et vous savez quoi: le pire, c'est que ça me plaît! Sans doute mon côté "poète maudit".

 

08 janvier 2014

A Luc Charlier

Ce matin, j'étais sur le point d'envoyer un mail à Luc Charlier, mon ami le vigneron internationaliste de Corneilla La Ribera sans Duero. Et puis je me suis dit que vous aviez le droit de savoir.

Oui, j'ai quelques accointances dans la viticulture. Des gens que j'aime bien. Des vins qui me plaisent plus que d'autres. Personnellement, je veux dire; pas pour les commentaires officiels, où je m'astreins à une objectivité d'autant plus méritoire que même à l'aveugle, mes sens sont loin d'être infaillibles. Non, je ne serai jamais un robot de la dégustation. Surtout pas quand je sais d'où vient le vin. Mais c'est difficile de déguster à l'aveugle quand on a commandé le vin! Bref, il faut des exceptions à toutes les jolies règles. Ca ne m'empêche pas d'être lucide, je crois, et ami ou pas, si je n'aime pas, je n'aime pas.

Bref, je partage.

Beste Luc,

J'ai oublié de te dire que ton ami Marc Domb est passé me livrer mes deux caisses entre les fêtes - non, en fait, après; avec mon pied dans le plâtre, je les avais un peu perdues de vue.

Ce qui m'a donné le plaisir de déguster, avec Madame (la mienne, pas celle de M. Domb), un de tes Casot 2009.

Mon cher Luc, c'est ni fait ni à faire!

Si tu t'appelais je ne sais pas moi, Zibeul, ou Ḉarpé, sans parler de Biparnon ou Pemtier, et si tu créchais plus près de Latour (Château) que de Latour (de France), tu vendrais ça beaucoup plus cher. D'accord, tu es pour le partage, le grand soir, etc... mais quand c'est bon comme ça - je veux dire, floral, mais pas géranium, mûr, mais pas compoté, animal, mais pas poulailler, épicé, mais pas agaçant ni brûlé, concentré, mais pas trop, complexe, mais pas "prise de tête"... bon j'arrête, ça tourne à l'exercice de style... bref, quand c'est grand, ça doit devenir une sorte de vitrine, de truc statutaire.

Du genre: "si à 50 ans, tu n'as pas un Casot en cave, c'est que tu as raté ta vie". Je vais voir avec Sarko si je peux lui racheter les droits. Parce que sinon, mon bon Luc, tout ce que tu vas arriver à partager, c'est de la misère!

Bon j'arrête la déconnade (en plus, c'est du temps perdu que je devrais facturer, moi aussi, si j'étais cohérent avec moi même!). Ce Casot est un sacré beau vin, la preuve, c'est qu'on a fini la bouteille à deux, Modération et moi, et que je n'ai pas pris le temps de la noter sérieusement, j'avais surtout envie de la boire.

Sur un magret, hier midi, c'était très bien, et sur du rosbif froid, le soir, encore mieux - je veux dire, ça n'allait pas particulièrement bien, ce n'était que du rosbif froid, après tout, mais on buvait le vin pour le vin, et on avait autre chose en tête que les accords gourmands. On était dans ta vigne, avec les senteurs de garrigue, le cagnard, les grappes qui murissent doucement, le Luc qui se casse les reins, les cigales, kssk ksks... C'est grave, Docteur, ces hallucinations?

Casotété 019.jpg

Le Casot de Luc


Luc, j'espère que tu vas te mettre des coups de pied dans l'anagramme de ton prénom pour continuer à faire du vin le plus longtemps possible; rallonger ton espérance de vie en buvant de la camomille, du single malt, de l'extrait du Casot et/ou en te dopant à l'Amour de ceux qui t'aiment, parce que quels que soient les ennuis que tu as, pour chaque bouteille que tu vends (pas assez cher, j'enfonce le clou), tu donnes en prime beaucoup de plaisir.

Et l'amitié mise à part, même pour les gens qui ne te connaissent pas, qui n'ont affaire qu'au produit, pas à celui qui le fait, c'est essentiel.

Hoogachtend, enz., etc,


Hervé

Buveur content
Palefrenier dans l'Ordre de l'Amitié Viticole

PS.  Luc Charlier, professionnellement, et pour son banquier, c'est "Coume Majou Unlimited". Pour en savoir plus, cliquer ICI

08:31 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Roussillon, Vins de tous pays | Tags : charlier, coume majou, casot | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |