19 août 2008

Et rosir de bonheur!

L'oncle Eric (Boschman) nous raconte cette semaine une belle histoire de passion belgo-roussillonnaise.

France Crispeels est belge, doublée d'une femme de passion. Un jour, avec armes et bagages, elle jette son dévolu sur la plus belle région de France ou presque. Et hop, la voilà dans les Pyrénées-Orientales, à Cassagnes. Je sais, c’est le genre de bled qui ne peut rien vous dire, et c’est bien bête pour vous.

Imaginez un pays de presque rien, juste le ciel qui bleuoie jusqu’au fond de l’horizon, la route qui poudroie et sœur Anne qui, perchée, sur l’une ou l’autre tour Cathare, ne voit rien venir d’autre que des coups de vent. Pourtant, malgré cette rudesse apparente, c’est un coin où les odeurs montent du sol à la journée finissante. Des odeurs de garrigue, bien entendu, avec des  notes de romarin, de thym sauvage, un peu genets lorsqu’il n’est pas trop tard dans la saison et qu’ils sont toujours en fleurs. C’est un pays petit, certes, mais qui attache par sa caillasse. Une fois que vous posez les pieds là-bas, que vous avez parlé avec les gens du cru, que vous avez écouté leurs silence, que vous avez scruté leurs rides taillées par le soleil et le vent, vous ne pouvez plus jamais en repartir indemne.

 

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Ce n’est pas la zone côtière et ses marchands du temple coincés entre marchands de Chi-Chi et de bimbeloterie nationale. Les Fenouillèdes, c’est un coin où quand on croise un touriste, on se retourne presque encore. Mais c’est surtout une des plus beaux terroirs à rosé de France. La cave de Cassagne-Rasiguère est réputée pour des rosés vachement bien faits et à des prix fort raisonnables. Quand France s’est donc installée dans le coin, au Vignoble Réveille, c’était pour y faire du vin. Dans les trois couleurs. Autodidacte, il lui a fallu mettre les mains dans la terre pour en sentir la pulsation. On peut dire que ça lui a bien réussi. Le vin est vachement bien foutu, si je ne craignais pas de sombrer dans la surenchère, je dirai même que c’est superbe. C’est sur le fruit, en souplesse, avec les notes épicées de la grenache qui s’exprime très nettement, une touche de poivre, un rien de santal, bref, ça le fait et même plutôt bien. A boire avec une pâte aux tomates, basilic et filet d’huile d’olive, pour célébrer la victoire des Djablotins, c’est ce qui se fait mieux. Histoire de rosir de bonheur !

Eric Boschman

 

Contact: Vignoble Réveille, France Crispeels, 0033 6 84 14  07 46


08:20 Écrit par Hervé Lalau dans Roussillon | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

26 juin 2008

Haute Coutume

La dégustation est un art étrange, une alchimie où tous les vins ne se révèlent pas en même temps ni avec la même intensité.

Hier soir, lors d'une séance de sélection de "nouveautés", chez In Vino Veritas, je suis passé tout à fait à côté d'un vin que pourtant j'apprécie habituellement: un des vins de la série Haute Coutume, des Vignerons Catalans.

Pour rappel, il s'agit d'une petite gamme de Côtes du Roussillon Villages qui vise à magnifier des terroirs bien identifiés (gneiss, schistes, calcaires, quartz, granits...). Un peu de pédagogie liquide, en somme, pour une région qui a de quoi faire le bonheur de tout géologue amateur par la diversité de ses sols. Surtout, cette idée de génie aboutit généralement à de beaux produits - pas toujours de grande garde, mais bien typés.

Le pire, c'est que ce vin, le Granit de Caramany 2006 (un terroir d'altitude du Nord du Roussillon), je l'avais encore apprécié lors d'une dégustation récente à Huizingen. Mais là, hier soir, je l'ai trouvé fermé au nez, faible en bouche, limite doucereux. Bref, je ne l'ai pas retenu. Une fois les chaussettes noires retirées (car nous dégustons toujours à l'aveugle), ma surprise a été grande. Ma déception aussi.

Par acquis de conscience, à la toute fin de la séance, une demie-heure plus tard, j'ai voulu me faire une seconde opinion. Et là, paf, j'ai pris le vin en pleine figure: nez explosif de cerise noire et de réglisse, bouche veloutée, beaucoup plus expressive, beaucoup plus minérale aussi, tannins suaves, ce n'était plus le même vin. Et quelle longueur sous la réglisse...

La morale de cette histoire: aérons les vins, posons nous la question de l'ordre dans lequel nous les dégustons (mon Caramany a sans doute souffert de passer après un autre vin très riche), et surtout, laissons leur une deuxième chance...

 

 Caramany2

 

08:16 Écrit par Hervé Lalau dans Roussillon | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |