24 septembre 2011

Mieux connaître (et apprécier) les vieux vins

Je n'ai pas de vieux vins dans ma cave. Ou si peu. Juste un ou deux Rivesaltes Ambrés des années de naissance de mes enfants, et puis quelques bouteilles de Quarts de Chaume de 1985 et 1987. Un porto, aussi, peut-être, mais je ne suis plus trop sûr. Côté vins secs, s'il me reste une bouteille des années 90, c'est sans doute que je l'ai oubliée derrière les autres.

Professionnellement, je n'en déguste pas beaucoup non plus - les dégustations organisées pour nous se concentrent sur les millésimes à la vente, c'est normal, alors le jeu est plutôt de pouvoir discerner sous les arômes primaires le potentiel d'un vin. Il y a peut-être un peu d'arnaque là dedans, mais c'est un autre débat.

vin,vignoble,vieux vinLe Roussillon, temple des vins de longue garde...

Je viens donc l'avouer devant vous: je connais mal les vieux vins, ce qu'on peut en attendre, comment les déguster, dans quel esprit, avec quels plats, etc. Je ne parle pas du côté psychologique - c'est vrai que c'est bluffant de pouvoir déguster un vin historique. Ca m'est arrivé un jour à Madère, j'ai bu un dé à coudre d'un Blandy's du 18ème siècle, 1792, je crois. Émouvant, bien sûr. Et c'était encore du vin, même si ça tirait quand même un peu sur le décharné, l'acétisme et l'acétique. Mais les Madère sont des vins très particuliers, on ne peut pas généraliser.

Non, ce qui m"intéresse, c'est moins la date sur l'étiquette que la conservation du vin, la complexité supposée qu'il peut prendre, les fameux arômes tertiaires. Le genre de chose qu'on reprocherait à un vin jeune, mais qu'on attend peut-être d'un vin plus âgé, je ne sais pas. Je voudrais savoir.

Autre aspect qui me préoccuppe: les progrès de l'oenologie, qui ont permis sans aucun doute d'améliorer le niveau général des vins, et notamment de développer les arômes primaires, en faisant disparaître pas mal de faux goûts, ont-ils une influence sur le vieillissement des vins? A-t-on perdu en garde ce qu'on a gagné en plaisir immédiat?

Mes amis Marc et Jim viennent justement de faire une verticale de Chinon. Un vin qui me plaît, en général, mais que j'ai rarement eu l'occasion de goûter dans des millésimes plus vieux que 10 ans.

Eux sont remontés jusqu'à 1934.

Marc nous donne ses impressions sur le blog des 5 du vin. C'est ICI. J'espère qu'il nous fera un article plus complet bientôt, parce que vraiment, j'ai besoin de comprendre, pour pouvoir peut-être, un jour, transmettre à mon tour.

 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Gastronomie, Loire, Roussillon, Vins de tous pays | Tags : vin, vignoble, vieux vin | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |

21 septembre 2011

Vendanges 2011: l'année de la pourriture?

Je ne parle pas de la pourriture noble, celle que le Sauternais appelle de ses voeux (enfin, les vignerons les plus traditionnels, ceux qui ne cryogénisent pas). Non, je pense à la pourriture grise, à celle qu'un été pourri - c'est le cas de le dire - a laissé se développer un peu partout en France. Même dans le Sud (à part le Roussillon et la Corse, peut-être).

pourriture grise botrytis2.jpgPourri de chez pourri

 

Les sauvignons, à Bordeaux, sont particulièrement touchés. De même que les pinots et le chardonnay de Champagne  - c'est Francis Boulard qui nous le dit. Les sauvignons de Touraine et du Sancerrois ne sont pas épargnés:  les élèves du Lycée agricole de Cosne parlent d'un état sanitaire moyen (bel euphémisme). Les cabernets francs de Bourgueil et de chinon ne sont pas mieux lotis.

Et les chenins du Saumurois ou du Layon ont parfois grise mine. De même que les Gamay du Beaujolais ou les blancs d'Alsace.

Ici ou là, on nous dit que les foyers sont contenus. Pardonnez ma naïveté: je pensais qu'on ne pouvait plus traiter les vignes aussi près de la récolte... et il pleut toujours, après quelques épisodes de canicule, tout ce que le botrytis aime bien...

Tout ceci a incité plus d'un vigneron à avancer les vendanges sur les cépages les plus touchés. En Champagne, par exemple. Bonjour les maturités! Bonjour la qualité, aussi: vert et pourri à la fois, il faudra de bons oenologues pour gommer ça. A Bordeaux aussi, il y a des cagettes qui font peur. Même Madame Osmose ne devrait pas suffire à rendre ça "vinifiable"...

La meilleure solution (mais aussi la plus coûteuse, sans doute), c'est plutôt la table de tri. Elle n'est malheureusement pas obligatoire. On frémit à l'idée que certains raisins non triés pourraient finir en AOC... Espérons que le contrôle qualité aval fonctionne...

Seuls endroits vraiment épargnés, pour l'instant: les services communication des interprofessions. Là, on ne trouve aucune trace de pourriture - ou alors, sous contrôle, totalement sous contrôle.

Laissons leur quelques jours encore, et on aura droit aux fadaises habituelles d'après vendange: "millésime classique", "millésime de vigneron"... peut-être même, par endroits, "exceptionnel."  L'effet terroir, les micro-climats, sans doute...

Le marketing viticole, c'est un peu la vie rêvée des bisounours. On y applique volontiers la méthode Coué: "Vous ne dites pas que c'est pourri, donc ce n'est pas pourri." Et à la dégustation? "N'anticipons pas, il sera toujours temps d'en parler à ce moment-là. Quand tu vends ta voiture, dans les petites annonces, tu n'es pas obligé de dire que les pneues sont déjà presque lisses."

Pourtant, à mon sens, toute vérité est bonne à dire. Les Français ont encore à l'esprit la pluie des derniers mois, ils auraient du mal à avaler de nouveaux communiqués de victoire! Pour être crédible quand c'est vraiment bon, il faut pouvoir dire quand c'est moins bien.

Amis vignerons, si je caricature, si c'est mieux chez vous, tant mieux, et n'hésitez pas à me le faire savoir!