17 mars 2016

Denis Thomas, de Bourgogne en Roumanie

Une rencontre, sur le salon Prowein, ce lundi, m'a ramené 15 ans en arrière; celle de Denis Thomas, qui présentait ses vins des Domeniile Franco Române.

J'ai connu Monsieur Thomas quand il dirigeait la Maison Moillard; une fois celle-ci revendue par la famille au groupe Béjot, Denis a conservé ses investissements personnels, et notamment son domaine roumain.

Il a eu la courtoisie, lundi, de se rappeler qu'au début des années 90, revenant de Roumanie, je lui avait dit ma surprise d'y avoir dégusté de bons pinots, implantés là par des Français dès la fin du 19ème siècle, après l'indépendance roumaine. 

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Denis Thomas et ses dernières créations... (Photo H. Lalau (c) 2016)

 

Quoi qu'il en soit, quelques mois plus tard, Denis Thomas s'installait au pied des Carpathes, dans la région de Dealu Mare, devenant par là même un des pionniers de la viticulture privée à l'occidentale dans l'ère post-communiste.

Et par-dessus le marché, au bout de quelques années, un des tout premiers vignerons bio du pays.

Dealu Mare (la grande colline, en roumain) est la plus célèbre région viticole de Roumanie; située à une centaine de kilomètres au Nord-Est de Bucarest, elle s'étend en bordure des Carpathes, sur une soixantaine de kilomètres.

Des sols caillouteux sur matrice calcaire, un climat continental, froid l'hiver, mais abondamment ensoleillé lors de la période de végétation, et l'aide du vent pour assainir le végétal, tout concourt ici à la réussite de la vigne. Surtout en rouge - même si quelques zones se prêtent aussi très bien en blancs, comme ici, à Sahateni.

J'ai suivi de loin en loin l'aventure de Denis Thomas; mais je n'avais jamais dégusté ses vins jusqu'ici; cette lacune a été réparée à Prowein, où il en présentait 6 - deux blancs et quatre rouges. 

J'en ai épinglé 4 - une très bonne moyenne! 4 vins qui ne feraient vraiment pas tâche dans une dégustation d'appellations cotées, même bourguignonnes. 

En blanc, Crai Nou Chardonnay (millésime 2014). 

Vif, nerveux, relativement dense, mais surtout, diablement séduisant. Prêt à boire.

En rouge, deux cuvées de cette même ligne Crai Nou/

Le Pinot Noir 2012, d'abord, qui explose de fruit noir (cassis) et rouge (fraise, groseille), et dont les tannins souples, ne viennent pas du bois (tous les vins Crai Nou ne voient que l'inox), mais des raisins eux-mêmes.

Un très beau pinot noir, mûr, équilibré, et là encore, très séduisant.

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La Feteasca Neagra 2012, ensuite.

Ce cépage local (aussi appelée queue d'hirondelle) combine idéalement élégance et bonne structure; c'est le cas ici, avec une belle envolée d'épices, une bouche au fruité noir intense, des tannins fermes mais lisses.

Le Pinot Noir 2011 de la ligne Terre Précieuse, enfin - cette gamme dans la gamme regroupe les vins élevés sous bois - à la Bourguignonne, bien sûr, sans excès. Un beau fumet (fumé?), de la réglisse, du poivre, un fruit noir légèrement mentholé, une bouche fluide mais pas mince, une impression de plénitude, pourquoi donc repensé-je tout à coup aux Hospices de Beaune?

En résumé: avec ses vins roumains, Denis Thomas prouve que l'homme est bel et bien une composante essentielle du terroir, et qu'aux vignerons bien nés, la valeur du vin n'attend pas la notoriété de la zone de production. Ni la cherté.

Un seul regret: que ces vins ne soient pas encore importés dans nos contrées... 

Plus d'info: Domeniile Franco Române

09:31 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, Roumanie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

18 août 2015

Un merlot roumain, ça vous dit?

Déguster un vin pour lequel on n'a pas, ou très peu de repères, c'est un peu comme skier sur une piste vierge. Les plus romantiques diront "c'est comme un premier rendez-vous". 

C'est un peu ce qui m'est arriver hier avec ce Beciul Domnesc (La Cave Royale, rien que ça), un Merlot, millésime 2011.

Il y a belle lurette que je n'avait pas dégusté de vin roumain. J'ai visité le pays il y a une vingtaine d'années, mais je suppose que beaucoup de choses ont changé, et c'est tant mieux, car si la matière première était intéressante (notamment les Feteasca et le Pinot Noir, si j'ai bonne mémoire), une oenologie déficiente en gâchait souvent les belles promesses.

Ce n'est pas le cas de ce vin.

cotesti

Comme je ne suis pas le plus grand fan du Merlot, je ne regrette absolument pas qu'il soit assez peu variétal.

Ce qui m'a séduit, ce sont ses épices - pas de paprika, non, plutôt du clou de girofle.

La bouche, fine, suave, équilibrée, est toute en nuances; c'est l'acidité, plus que l'alcool, qui semble lui donner sa charpente. Globalement, tout Merlot qu'il soit, ce vin a un côté bourguignon.

Comme je suis curieux, j'ai voulu en savoir un peu plus.

Premier indice: ce vin porte l'appellation Cotești. Ce qui, d'emblée, ne me dit pas grand chose. C'est l'une des 128 appellations du pays, dont il faut bien dire que la notoriété n'a guère dépassé les frontières (mis à part Cotnari, peut-être, et encore faut-il remonter à des temps très anciens).

Toujours est-il que Cotești se situe dans la région de Vrancea, en Moldavie roumaine. Nous sommes au pied des Carpathes.

Je n'ai aucune idée des aptitudes particulières de ce terroir (si c'en est un, ou bien s'il y en a plusieurs) vis-à-vis de tel ou tel cépage, mais son élaborateur, Vincon Vrancea (un des plus gros producteurs de Roumanie), semble y avoir planté un peu de tout.

Si vous en savez plus que moi, j'attends vos remarques.

09:30 Écrit par Hervé Lalau dans Roumanie | Tags : cotesti | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |