14 décembre 2015

2014 dans le Rhône: un avis de producteur

Jusqu'à présent, rares ont été mes coups de coeur dans le millésime 2014, dans les vins du Rhône; Bien sûr, je n'ai pas tout goûté; bien sûr, aussi, l'esprit humain fonctionne souvent par opposition. Or, contrairement à ce qui s'est passé à Bordeaux, 2013 a été un bon millésime dans quart Sud-Est de la France. Plus irrégulier, 2014 a sans doute pâti de la comparaison.

Mais qu'en pensent les vignerons eux-mêmes, au moment où les vins débarquent sur les tables?

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Louis Barruol (photo (c) H. Lalau)

Louis Barruol (Château de Saint Cosme, à Gigondas), s'est exprimé sur le sujet: 

"L’enchainement de millésimes est un phénomène étrange. De 1991 à 1995, aucun millésime ne fut franchement très bon. Puis la nature offrit une succession de quatre très bons millésimes de 1998 à 2001, et encore une succession similaire de 2004 à 2007 inclus. Cette fois, la nature nous propose un enchaînement marqué par les différences d’une année à l’autre. 2010 fut un grand millésime, puis 2011 fut chaud et trop précoce, puis 2012 fut frais et tardif, puis 2013 fut le millésime le plus tardif et la plus petite récolte depuis 50 ans, puis 2014 fut la plus grosse récolte depuis très longtemps !...

De quoi y perdre son latin. Nous venons d’avoir, en cinq ans, un panel le plus large possible (et assez rare) de ce que notre climat est capable de proposer. J’aime profondément cela. En effet, je trouverais très ennuyeux de cultiver la vigne dans une région où la notion de millésime n’existe pas, ou peu. On pourrait en citer beaucoup dans l’univers viticole mondialisé d’aujourd’hui.

Nous avons donc retrouvé en 2014 une vendange avec une grosse récolte: nous en avions presque complètement perdu l’habitude ! Après une sortie de raisins pléthorique, des conditions de floraison idéales, il a fallu procéder à des vendanges en vert qui ont permis de tempérer les excès que la nature propose parfois. Malgré ces vendanges en vert, 2014 reste une année de bon rendement dans laquelle les vignes ont eu envie de pousser et de donner. Nous avons donc aussi fait un gros travail d’effeuillage qui a permis de pousser les maturités assez loin: fin des vendanges à Saint Cosme le 12 octobre.

Nous avons aussi effectué un tri sans concession, comme d’habitude. Il y aura en 2014 année une différence de qualité abyssale entre ceux qui auront fourni tous les efforts (rendement, travaux en vert et double tri sévère) et ceux qui auront fait de l’à-peu-près. Dans ce genre de millésime, la nature ne fait aucun cadeau au vigneron qui doit alors mériter beaucoup par lui-même. Les Gigondas 2014 de Saint Cosme sont colorés, ronds, tendres, équilibrés et expressifs. Ils sont très «Saint Cosme» et me rappellent beaucoup les vins du millésime 2000 qui se sont toujours bien dégustés tout au long de leur vie, jusqu’à aujourd’hui encore.

Dans le Nord du Rhône, la longue série des millésimes classiques continue, à croire que cela ne s’arrêtera jamais.. Mais cette fois, le Condrieu est d’une qualité exceptionnelle".

Louis Barruol

00:28 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

11 décembre 2015

Votre vin, avec ou sans eau?

Mon copain Marc consacre ce matin un billet sur le blog des 5 du Vin aux vieilles vignes de Carignan chilien.

On y apprend que dans l'intérieur du Maule, on trouve encore de vieilles vignes non irriguées - une sorte d'exception dans un pays où le goutte à goutte règne en maître? Au point que certains vignerons ont décidé d'indiquer sur l'étiquette qu'ils ne l'utilisent pas: "Dry Farmed", peut-on lire sur l'étiquette de ces producteurs apparemment fiers de respecter le cycle naturel de la vigne, et ce, dans une région assez sèche pendant l'été.

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En France, le "dry farming" est encore la règle. Mais les lignes sont en train de bouger. 

La semaine dernière, je visitais un vignoble au Plan de Dieu, près d'Orange, et j'y ai eu la surprise de constater que de grands domaines utilisaient l'irrigation.

Oui, en AOC. Et même, en AOC Villages.

Comment peut-on à la fois revendiquer une origine et un terroir (ah, le joli mot!) et en changer à ce point un des éléments fondamentaux - le climat, qui détermine le millésime?

Je vous renvoie à un billet précédent, sur le même sujet.

C'est à ce genre de thématique que je mesure à quel point nous, les journalistes, avons peu d'influence.

Il me semble pourtant oeuvrer, en la matière, pour la protection du consommateur; car quoi, on lui promet un vin issu d'un sol, d'un climat, de méthodes culturales déterminées. Et en définitive, cependant, tout se vaut, sous une même bannière, on retrouve des vins qui respectent le lieu et d'autres axés sur le productivisme. Je pensais pourtant qu'il y avait les vins sans indication de provenance, pour ça. Mais qui abandonnerait "son" AOP s'il n'y est pas expressément obligé? 

Verra-t-on bientôt en France aussi des mentions "viticulture sèche" sur les étiquettes? 

Un chose est sûre, le jour où on obligera les producteurs à mentionner "vigne irriguée" ou "vin osmosé" sur l'étiquette, il fera plus sec qu'aujourd'hui. Parce qu'en France, on peut bien s'arranger avec le terroir, mais on ne le dit jamais à ce benêt de consommateur - il ne comprendrait pas. Qu'il achète et qu'il boive, c'est tout ce qu'on lui demande!

10:13 Écrit par Hervé Lalau dans Chili, France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |