27 décembre 2007

Vinsobres, Côtes du Rhône en version "cru"

Quatorze décembre 2007. Le plateau de Vinsobres s’est drapé de givre, les chênes truffiers frissonnent. Au pied du coteau, le bourg s’éveille. Pour les vignerons, cette période de latence de la vigne est propice à la réflexion. Depuis un an, Vinsobres a son AOC particulière. Sur la nouvelle brochure syndicale, on la revendique fièrement, tout en affichant son appartenance régionale: «Vinsobres, Cru des Côtes du Rhône». Communication ou réalité?
Contrôle d'identité...

 Vinsobres

Le village de Vinsobres (Photo H. Lalau)

 

Un site original

L'identité, elle est là, sous-jacente, dans les paroles des vignerons : «Nous, on est les plus nordistes du Rhône méridional». «Vous avez vu, on ne vient pas ici par hasard, il faut le vouloir». C’est vrai, Vinsobres, enchâssé dans ses forêts, ne s’atteint qu’après quelques sérieux lacets; du haut du petit col, sur la  départementale qui vient de Valréas, on prend conscience de l’originalité du site: une terrasse au sud, étroite, qui suit le cours de l’Aygues. Un coteau, plus large, qui la longe, et sur lequel le village prend appui. Cette dénivellation est assez marquée, puisqu’on passe de 250 à 350 m. Immédiatement au-dessus commence, côté Est, les collines, jusqu’au ruisseau de Coriançon.
A l’Ouest s’étend le plateau, qui grimpe presque imperceptiblement jusqu’à 450m.
Voilà, vous connaissez à présent les 4 sous-zones du terroir de Vinsobres.
Une sacrée identité, au plan géographique, au moins.


Vinsobres en chiffres et en dates

Niché dans un amphithéatre naturel, au sud de la Drôme provençale, entre Valréas, Orange et Nyons, Vinsobres est un Cru communal depuis février 2006. Auparavant, il faisait déjà partie des Côtes du Rhône Villages avec mention du lieu (depuis 1957). Et dès 1937, il pouvait revendiquer l’AOC Côtes du Rhône.  
Cette montée dans la hiérarchie s’est accompagnée d’une délimitation de plus en plus sévère des parcelles. Aujourd’hui, le cru ne compte que 1385 ha – et l’AOC communale ne vaut que pour les rouges, les autres couleurs devant se contenter de l’AOC Côtes du Rhône.
Son histoire viticole est plus que millénaire, mais c’est un événement climatique relativement récent qui explique son essor. En 1956, le grand gel, en décimant les oliviers, très nombreux sur la commune, a poussé les Vinsobrais à se tourner vers l’autre activité agricole locale: la vigne.
Sur les recommandations de l’INAO, à l’époque, le grenache et la syrah ont été choisis pour les nouvelles plantations.
Aujourd’hui, ce grenache représente 72% de l’encépagement (et même 77% des vignes de plus de 25 ans), la syrah 18% ; cinsault, mourvèdre et Carignan, autour de 3% chacun, ne jouant qu’un rôle d’appoint.
Ce choix était judicieux. Une bonne amplitude thermique, un surcroît de fraîcheur, confèrent aux syrah (et aux grenache) de Vinsobres une belle élégance, grâce à une bonne charpente acide. Mais j’anticipe déjà sur la dégustation.



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Conduite impeccable pour les vignes de la Vinsobraise (Photo H. Lalau)

 

Naissance d’un cru

Quoi qu’il en soit, en 2006, au bout de 6 ans d’enquête, l’INAO a accordé à Vinsobres son appellation communale. Ces années avaient été mises à profit pour bien déterminer le type de vin recherché.

Le mot typicité est galvaudé dans la littérature vineuse. Les Vinsobrais ont donc voulu l’objectiver. Des analyses sensorielles ont été confiées au Centre de Recherche et de Développement Oenoagronomique de Suze-la-Rousse; en deux phases, les rouges de 8, puis de 13 caves ont été passés au crible, sur 6 millésimes, de 1994 à 2000. Un profil-type a ainsi pu être mis en évidence, qui apparaît en filigrane, quelle soit la qualité du millésime et celle du producteur.

Ce profil, ce sont le fruité (petits fruits noirs, qui se compotent avec l’âge), l’équilibre acide, la bonne structure tannique, avec comme corollaire en bon potentiel de conservation.
A Vinsobres, la syrah est rarement trop mûre, il n’y pas de côté chaud malgré le degré. Les bons vinificateurs savent jouer des différents terroirs ; ils obtiennent notamment des résultats plus qu’intéressants en assemblant les grenaches du coteau avec les syrahs du plateau.

 

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A Vinsobres, les bons caveaux ne sont jamais loin... (Photo H. Lalau)


Un cru, pourquoi faire ? Au-delà de la juste revendication de son identité, la démarche correspondait surtout à la volonté de préserver le tissu de producteurs. Elle a déjà porté ses fruits: des étrangers au village, comme Jean-Pierre Perrin (Domaine de Beaucastel) ou le Belge Constant Duquesnoy se sont même installés sur l’aire d’appellation… Ils pourraient constituer demain de nouvelles locomotives pour Vinsobres, au même titre que Jaume, Rouanne, La Vinsobraise ou Chaume-Arnaud.

 

Aujourd’hui, la production du cru Vinsobres est assurée par 19 domaines et 4 coopératives, sans oublier une dizaine de négociants extérieurs.
Cette production est actuellement de l’ordre de 15.000 hl (contre 27.000 hl du temps de l’AOC Côtes du Rhône Villages Vinsobres). Le Comité des vignerons de Vinsobres, présidé par Philippe Bertrand, compte aujourd’hui 130 adhérents représentant la totalité des producteurs de vins AOC de la commune.

Séjourner à Vinsobres

Outre ses vins, Vinsobres régale le visiteur de ses paysages somptueux, et de son patrimoine bâti.
Petite citadelle protestante aux abords des Etats du Pape ; le village domine un escarpement, ce qui lui donne, du haut de la place du Temple, au sud des vues sur le Ventoux, et au nord sur la mosaïque des vignobles, rythmée de bosquets et d’oliveraies.
Pour ceux qui, aux nourritures de l’esprit, préfèrent celles de la bonne chair, on ne peut que recommander le Petit Bistrot, (0033 4 75 27 61 90), qui vous assurera gîte, couvert et authenticité, à l'hôtel ou en chambres d'hôtes.

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Une adresse à retenir: Le Bistrot (Photo H. Lalau)

 

Il fait partie de l’Association des Bistrots de Pays, dont un autre très bel exemple se trouve à Rochegude, Le Café du Cours, 0033 4 75 98 24 83. Et tant que vous êtes dans le coin, pourquoi ne pas pousser une pointe jusqu’au le Château de Suze la Rousse, siège de l’Université du Vin, qui organise des cours d’initiation à la dégustation de tous niveaux...

 

 

Autre excursion toute proche, à Montbrison sur Lez, le musée viticole du Domaine de la Treille  (0033 4 75 53 51 69), belle collection de(outils agricole, vente de vin et d’huile d’olives bio.
Et pour les fashion victimes branchées provençal, La Durance, magasin d’usine à Grignan, 04 75 04 87 53.

 

La dégustation

Après un petit tour des terroirs, le Comité des Vignerons nous a mitonné une dégustation de vins du cru, remontant sur 4 millésimes. C’était sous la Mairie, tout un symbole de l’attachement local au vin, on n’est pas à Paris...

Retrouvez mes notes de dégustation au complet dans un prochain In Vino Veritas...

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12:23 Écrit par Hervé Lalau dans Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

21 décembre 2007

Merci pour Cornas!

Vous avez été très nombreux, depuis avant-hier, à signer la pétition pour la protection des Mazards de Cornas, que nous avions mise en ligne. Et vous avez été écoutés: Vincent Paris, l'initiateur de cette pétition, me signale ce matin que le maire de Cornas revient sur sa décision d'urbaniser ces parcelles.

Nous suivrons évidement les développements de cette histoire avec vigilance. Mais d'ores et déjà, un grand merci à tous. La preuve est apportée à nouveau qu'ensemble, pour des causes justes, nous pouvons beaucoup.

10:16 Écrit par Hervé Lalau dans Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |