23 février 2009

Condrieu, c'est aussi... la Rigotte

Outre un grand blanc du Rhône septentrional, Condrieu abrite depuis fort longtemps un fromage, la Rigotte. Celle-ci vient de se voir attribuer l'AOC, comme l'annonce l'INAO.

 

rigotte-de-condrieubasdef

La Rigotte de Condrieu AOC

 

"Le 15 janvier dernier, la « Rigotte de Condrieu » est devenue le 45ème fromage AOC en France. Il s'agit d'un un fromage à pâte molle, non pressée fabriqué à partir de lait de chèvre cru entier, non standardisé. Son moulage est réalisé à la main afin de garantir une texture ferme et homogène.

Après une période minimale d’affinage de 8 jours, il se présente sous la forme d’un petit palet circulaire, de 4,2 à 5 cm de diamètre, de 1,9 à 2,4 cm de hauteur.
Il présente une flore de surface composée de moisissures de couleur ivoire, blanches ou bleues. Sa pâte est blanche à ivoire, ferme et lisse. Il renferme au moins 40 g de matière grasse pour 100 g de fromage.
La Rigotte de Condrieu est produite sur le massif du Pilat, situé au sud ouest de la ville de Lyon (Parc naturel du Pilat). La production du lait, sa transformation en fromages et l’affinage de ceux-ci ne peuvent être réalisés que dans 48 communes de cette zone.
 
Dès le 19ème siècle, ce fromage au lait de chèvre prend le nom de la commune de Condrieu qui était l’un des lieux de commercialisation.
Dès cette époque, la Rigotte de Condrieu, clairement identifiée comme un fromage de petite taille, élaboré à partir de lait de chèvre est gratifiée d’une notoriété régionale. Cette réputation est attestée durant tout le 20e siècle".
 
60 tonnes de Rigotte ont été produites en 2008 dont 35 tonnes en production fermière.
Cette production se répartit entre 16 producteurs fermiers et une fromagerie qui transforme le lait de 13 producteurs laitiers.
 

Plus d'info: www.inao.gouv.fr

08:11 Écrit par Hervé Lalau dans Rhône | Tags : fromage, aoc | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

20 février 2009

Déclinaison temporelle du Clos des Papes

Marc Vanhellemont nous fait passer le compte rendu d'une de ces dégustations rhodaniennes dont il a le secret: une verticale du Clos des Papes sur... 50 ans.


Le Clos des Pape fait partie des valeurs sûres de Châteauneuf-du-Pape – même si l’on connaît notre aversion pour les classements internationaux, on ne peut faire sembler d’ignorer que ce domaine a été élu vin de l’année par le Wine Spectator.
Daniel Bécu, ex-restaurateur aujourd’hui, caviste à Renescure près de Saint Omer, nous propose une belle vericale de ce cru : une quinzaine de millésimes sur la sellette, le plus récent 2004, le plus ancien 1945 (www.cavedelacrosse.fr)


Le Clos des Papes


Une marque ancienne ! C’est en 1896 que Paul Avril, l’arrière grand père de Paul Vincent, la génération actuelle, déposa la marque. Celle-ci est définitivement enregistrée le 4 septembre 1902, depuis cette date tous les vins du Clos des Papes sont vendus en bouteilles. Si les assemblages et les techniques de vinification se sont légèrement modifiés au cours des années, l’image qualitative, elle, n’a pas bougée d’un iota. Quatre générations d’Avril se sont succédées, les vins ont évolué avec elles, mais ont gardé le but initial: élaborer des vins de caractère, apte au vieillissement et qui reflètent le terroir.

Terroir morcelé en 24 parcelles, répartis sur 40 ha, où règnent 65% de vieux Grenache, 20% de Mourvèdre, 10% de Syrah et 5% de Counoise, Vaccarèse et Muscardin. C’est l’assemblage de l’unique bouteille, les Avril n’aiment guère multiplier les cuvées. L’élevage se fait en foudres et dure de 12 à 15 mois. Les vins ne sont pas filtrés, mais collés au blanc d’œuf. Le blanc, qui représente 10% de la production, ne voit pas le bois. Il assemble Grenache blanc, Roussanne, Clairette, Picpoul, Bourboulenc et Picardan, chacun à part égale.

 

cXYrYiencQs6UUpc5FP7RQV8S35mrkE6Quicklook

Si c'est le Wine Spectator qui le dit, alors...


 

 

 

La verticale


Dans l’ordre de la dégustation. Le parti fut pris de débuter la dégustation par les plus vieux millésimes et non d’attaquer par les plus jeunes. Une sage décision  ! Les jeunes années tanisent trop les palais et donnent des autres  une impression fausse de vins éculés, séniles depuis de nombreuses années.
On notera qu'entre 1970 et aujourd'hui, la proportion de Mourvèdre a augmenté de façon significative. Le cépage renforce la structure, l’assoit encore mieux, évite dans les dernières années les déséquilibres alcooliques.

 


1988
Bientôt vingt ans et toujours vaillant. La couleur assez claire, des zestes d’agrumes entourés de chocolat et de pâte d’amande au nez. Les tanins toujours bien serrés, mais d’où s’écoule un jus savoureux qui sauve le vin d’une finale sèche. « Un millésime travaillé en style bourguignon sur la finesse. Une année de beau temps sans excès. Un bon millésime. » nous confie Paul Avril

1985
Grenat, il sort de la cave taché de salpêtre, le nez animal. La lumière du jour fait réapparaître rapidement le pruneau et la menthe. Les tanins hyper fondus dans la masse capiteuse donnent un soyeux étonnant. Dentelle délicate brodée de tabac, de thé rouge au contour étonnamment frais.

1982
Plus tuilé, le grenat libère une note animale, c’est le prix à payer pour ensuite respirer longtemps les très élégants parfums fruités. La cerise domine, un jus de griotte rafraîchi de menthe, de sauge, grillé de tabac et de café, avec sur la fin un accent truffé. La délicatesse se retrouve en bouche qui semble construite pour l’éternité. Le minéral certes ici plus intense assoit le vin et l’acidité parfaite oscille en harmonie comme le balancier d’un mouvement perpétuel.

1979
Grenat plus rouge, une première note torréfiée, puis du champignon qui se transforme rapidement en truffe blanche sur lit d’herbes aromatiques. Cette année puissante démarre par un effet cintré qui surprend la bouche, puis le gras apaise l’anxiété et la longueur aromatique termine de la rassurer.

1976
Cette année modifie l’assemblage. C’est à partir de 1976 qu’il est renforcé par une proportion accrue de Mourvèdre. Une chance pour ce millésime de grande chaleur ! Chaleur qui se ressent sur la finale qui a gardé son caractère capiteux malgré une bonne fraîcheur augmentée par la note iodée. Le fruit est encore bien présent mais présenté dans une boîte de cigares. Les tanins ont eu du mal à se fondre et reste un rien chaotique.

1971
Cette année chaude, qui suit le réputé 1970 que ne dégusterons malheureusement pas, offre une robe assez clair. Le Mourvèdre n’apportait pas encore son renfort de couleur. Un quart de siècle cela donne de la bouteille et une odeur de cave qui ne manque pas de salpêtre. Mais rapidement le vin se débarrasse de ses haillons et fait surgir la rose fanée, le menthol, le quinquina et le céleri sec. Le fruit sourd des tanins bien serrés. Certes plus léger, il présente un port élégant et un élan vineux remarquable pour un millésime… ordinaire.    

1966
Un peu plus de quarante ans et toujours fringant ! Cerise et fraise au poivre, cannelle et cardamome, pâte d’amande et bâton de réglisse séduisent beaucoup le nez. La bouche s’entame par un soupçon de caramel qui arrondit encore plus la soie des tanins tissée de très fraîches arabesques d’orange amère et de griotte confite. Longueur sur la douceur juste capiteuse pour laisser des lèvres au fond de la gorge le souvenir d’un baiser savoureux.

1945
Pas d’année cinquante, notre ami Daniel et ses clients ont tout bu, tant pis. Restait une bouteille de fin de guerre, un millésime pas grandiose et fait comme on pouvait. Mais, qu’il soit bon ou pas, certaines dates marquent les esprits et c’est avec beaucoup d’émotion qu’il fut dégusté. Grenat tout clair (les anthocyanes avaient précipités), il évoquait au nez l’essence d’oranges, le cacao et le café avec une pointe de volatil qui l’aurait fait prendre à l’aveugle pour un vieux Rivesaltes ambré. La bouche pareille avec un rapport sucré acide qui lui donnait encore un semblant de dynamisme. Pour la mémoire, merci pour cet incroyable vieillard.

 

Clos des Papes

 

1995
D’un joli rubis, il sent un instant la réglisse avant de céder d’envahir le nez d’une puissante confiture de fraise. En bouche, moins d'exubérance, c’est sur la longueur qu’il faut aller chercher fruits, épices et fleurs. Sur la réserve, qu’il a profonde, ce 1995 demande encore un peu de temps pour se livrer complètement. Aujourd’hui, il faut être patient ou jouer de la carafe.

1998
Grenat moyen, il mélange le céleri sec aux herbes sèches, la sauge à la menthe, le tabac à la griotte confite. La bouche, soyeuse, maîtrise l’alcool avec délicatesse, les pâtes de fruits glissent comme par enchantement sur les papilles qui se régalent de gelées de baies rouges et noires. Un fruit qui reste très présent jusqu’au bout de la longueur.

1999
Entre rubis et grenat, il croque les biscuits légèrement beurrés et nappés de cerise et d’amande relevées de gentiane. La soie de la bouche enveloppe le fruit senti de cannelle et de poivre. La fraîcheur bien marquée équilibre le charnu du fruité. Le gras amortit toute velléité capiteuse, encore mieux assagi par l’envolée florale qui termine la bouche.

2001
Grenat, un nez frais de baies à l’alcool où trempe un bâton de réglisse. La bouche ? Élégante, presque légère, aérienne est plus approprié, avec une succession de notes fruitées dont plusieurs évoquent la surmaturité. Fruits très mûrs qui vont pour certains jusqu’à donner un goût de bonbon au rhum. Le vin est en phase de fermeture, on le goûte élégant et racé en première bouche, puis déjà fermé, le fruit appauvri, image du passage ingrat qui arrive. D’excellent potentiel, il renaîtra bonifié dans quelques années.

2003
Grenat, grenat, grenat, confiture de fraise, menthe et une note végétale d’herbes séchées. La bouche ne dément pas le nez, c’est bien un 2003, avec ses tanins secs, son manque de fruit et son volume alcoolique. Il possède heureusement suffisamment de fraîcheur pour se boire. Mais, un verre, pas plus, il est trop envahissant.

2004
Grenat prononcé, il lui reste un rien de vanille presque dissimulé par les effluves d’une garrigue chaude  de soleil. De la cerise à l’alcool et l’amertume du noyau entament la bouche avec grâce, puis les tanins la cintrent un rien, le fruit surtout rouge vient sauver la fin de bouche d’une sécheresse à l’affût. Longueur moyenne pour un vin bien caractéristique des 2004 qui se referment. Les mieux réussis comme celui-ci se rouvriront assez rapidement sur une complexité fruitée épicée correcte.


En résumé: belle qualité d'ensemble. Le Clos des Papes garde la même trame tannique, la même élégance des années 60 à aujourd’hui. Toutes les bouteilles se boivent, certaines avec plus de plaisir que d’autres, mais aucune n’est à jeter…

Marc Vanhellemont

Coordonnées: Clos des Papes,  Paul Vincent Avril,  13, avenue Pierre de Luxembourg
F-84230 Châteauneuf-du-Pape     +33 490 83 70 13  
clos-des-papes@clos-des-papes.com   www.clos-des-papes.fr

07:35 Écrit par Hervé Lalau dans Rhône | Tags : vin, rhone | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |