25 janvier 2010

Châteauneuf-du-Pape vu de l'intérieur

Thierry Sabon (Clos du Mont-Olivet) évoque pour moi une question d'actualité: le réchauffement climatique.  La qualité des vins du Sud, et notamment du Châteauneuf, va-t-elle en souffrir?

"Au vignoble, quelques pratiques simples permettent déjà de minimiser l’impact du réchauffement. La taille en gobelet, largement répandue sur l’appellation mais souvent décriée car peu mécanisable, permet de protéger davantage les grappes des rayons directs du soleil. Et puis, l'emploi de cépages tardifs comme la Counoise, le Vaccarèse ou le Muscardin, peut aussi contribuer à maintenir l’équilibre des vins.

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Thierry Sabon (Clos du Mont-Olivet)

Sans doute, certains terroirs de l’appellation, une minorité, auront besoin d’un système d’irrigation permanent pour amener de l’eau quand elle est nécessaire. Cela peut choquer les puristes, mais je ne suis pas contre une irrigation pilotée avec intelligence, même si ça ne constitue pas pour moi une viticulture idéale.

Par ailleurs, au-delà de la qualité du vin, à l’échelle d’un domaine viticole, on peut lutter contre le réchauffement climatique général, en optimisant l’utilisation de l’énergie, notamment (carburant, électricité). Et les intrants. Pour nos Côtes-du-Rhône, on va prochainement s’orienter vers des bouteilles plus légères, pour une partie de la gamme".

Thierry précise sa vision du Châteauneuf-du-Pape: "On assimile souvent le Châteauneuf-du-Pape rouge à un vin puissant et corsé qui vieillit très bien. C’est évidemment un vin sudiste avec un potentiel de garde étonnant (on boit encore des 1955, 1957 et 1966, par exemple); mais j’ajouterais aussi, un vin fin et élégant.
Les blancs, eux, ont beaucoup progressé ces dernières années. Ils offrent beaucoup de richesse aromatique dans leur jeunesse et peuvent aussi vieillir au moins une dizaine d’année. Ils expriment alors, suivant les millésimes des notes de cire et de pain grillé ou du minéral."

06:10 Écrit par Hervé Lalau dans Rhône | Tags : chateauneuf-du-pape, rechauffement, ecologie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

28 novembre 2009

Tournon-manège

Je rentre de Tournon, la tête pleine d'images et de senteurs, après deux jours de promenade vineuse, géologique et gourmande au pays du Saint Joseph, en compagnie de Laurent Courtial (enfant du pays) et d'Anne Georget.

Beau programme, dense comme je les aime, et belles découvertes: je suis loin d'être un expert en Côtes de Rhône Septentrionales, mais la brochette de vignerons présents - sans oublier un excellent professeur de Sciences Naturelles - ont utilement comblé mes lacunes les plus criantes. Ce "Tournon-manège" me laisse tout esbaubi.

Du haut d'un belvédère, j'ai vu le grand coude du Rhône entre Tournon et Tain, entaillant le granite, séparant de son trait bleu gris la colline d'Hermitage des coteaux de Saint-Joseph.

Saint-Jo

Saint Joseph, enfant du Rhône, du granite et du travail de l'homme (Photo H. Lalau).

Plus bas, j'ai taillé la syrah, pour préparer la remontée d'une sève qui revient de loin, de ces racines qui creusent au plus profond de la roche dure, entre feldspath, silice et quartz; qui se glissent dans ses anfractuosités pour y puiser un peu de ce qui fait l'originalité des Saint-Joseph. Enfin, on peut le supposer...

J'ai même vu la Madonne d'Izeras, qui surveille le vignoble de Chavanay. Placés sous la double protection de la Vierge et de Saint-Joseph, comment ces vins ne seraient-ils pas bien nés? En tout cas, à table, il n'ont peur de rien, pas même du gibier, prétexte à cette "descente" à Tournon.

Mais surtout, j'ai rencontré des gens qui transmutent tout ça - car que serait le plus beau des terroirs sans la main de l'homme? Et comment expliquerait-on sinon, pour reprendre les argu ments d'un ami cher, "qu'on trouve tant de daube même dans les appellations les plus prestigieuses". Heureusement, à Saint-Joseph, comme ailleurs, il y a des gens qui tirent le train. Saint-Joseph, priez pour eux...

Vous voulez des noms?

Yves Cuilleron, Chapoutier, Delas, Les Sept Lunes, Coursodon, Courbis, Gonon, Durand, Farge, Aléofane, François Villard, André Perret, Chante Perdrix (Verzier), Christophe Pichon...

A bientôt pour plus de détails, pour des blancs bien balancés (roussanne, marsanne seules ou à deux), et des rouges de syrah, tour à tour tendus, suaves et veloutés, mais jamais grossiers. Il est grand temps de redécouvrir ces vins d'équilibre.

 

11:52 Écrit par Hervé Lalau dans Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |