06 décembre 2011

A la redécouverte du Ventoux oublié

J'ai la fâcheuse habitude d'oublier des échantillons dans ma cave. Ce qui peut me jouer des tours quand il s'agit de vins à boire sur le fruit.

Mais qui a dit que les vins un peu plus âgés n'avaient pas un beau fruit? Quelle est ce règlement bizarre, quasi militaire, qui dicte leur évolution aux produits de la treille? "Soldats pinards, je ne veux voir qu'une tête! Les arômes primaires devant. Les tertiaires derrière, et les secondaires au milieu. Par ordre d'incorporation dans la troupe. Demi tour... droite!"

ventoux, rhône

La bouteille oubliée

Cette rhétorique martiale ne résiste pas à l'analyse sérieuse, et surtout pas à la dégustation, comme me l'a montré la semaine dernière celle d'un Coteaux du Ventoux, la Cuvée Terre de Truffes, de la Cave Terra Ventoux.

Cette bouteille, je l'avais reçue de Michèle Piron-Soulat il y a... trois ans. Michèle est coutumière de ce type d'envois. A tort ou à raison (je pense que c'est à raison), elle pense que faire goûter un vin est la meilleure façon de faire en sorte qu'un journaliste vineux s'y intéresse. Même si pour moi, cela aura pris un peu de temps (!), elle est tout de même parvenue à ses fins.

Le plus drôle, c'est que  j'ai bien fait de l'attendre, ce 2006 (car c'est un 2006); il m'a bluffé: réglisse, mûre, poivre noir, coriandre, c'est un nez de tout jeune vin qui explose à mes narines; en bouche, il y a pas mal de cuir, de gibier, d'humus, (les truffes, je ne sais pas, mais pourquoi pas?);  les tannins sont serrés, mais fins, et ça n'en finit pas. Et vous savez quoi; en finale, le fruit noir revient à la vitesse d'un autobus!

Et qu'on en me dise pas que les vins de coopératives vieillissent mal!

ventoux, rhône

Et le cachet de Michèle faisant foi...

 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Tags : ventoux, rhône | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

07 novembre 2011

Pour bien boire, buvez en bonne compagnie!

Pour bien boire - on ne parle pas de déguster, mais bien de boire - il faut savoir choisir ses vins, mais aussi les gens avec qui l'on boit.

On dirait un vieil aphorisme de Malesherbes ou de Saint Simon. Eh bien non, c'est de moi!
Il faut dire que j'ai triché, quand j'ai écrit ces lignes, je carburais au grand vin et aux grands esprits.

C'était vendredi soir, aux Berceaux (ze place to be in Epernay) je dînais en compagnie de trois de mes complices des 5 du Vin, Marc, Jim et David, et d'un très sympathique consultant basco-champenois, Olivier Borneuf. Un jeune à la fois passionné, compétent et ouvert, oui, ça existe.
Comme c'était notre dernier soir ensemble, après deux jours de dégustations avec les Artisans du Champagne, nous avons décidé de changer de région. À l'apéritif, Patrick Michelon, le chef des Berceaux, nous a servi un vin mystère, qui s'est avéré être alsacien - j'avais hésité entre Gaillac et Savennières, il s'agissait d'un vin de Jean Michel Deiss. L'Engelgarten 2008. Miel d'acacia et pétrole au nez, j'aurais dû reconnaître un beau riesling (il y en a dans le lot, mais c'est une parcelle complantée où il y a aussi du muscat et des pinots), mais l'acidité apparemment assez basse m'a fait bifurquer vers d'autres contrées. Deiss 1, Lalau 0.

Marc et David, eux, ont trouvé tout de suite. Jim aussi, après avoir pris le temps de friser sa moustache. Chapeau, les gars!

IMG_0676.jpgEngelberg 2008

Nous avons entamé le repas avec un Saint Aubin choisi par David, un Premier Cru les Champlots de Gilles Bouton, millésime 2009.
Riche, gras, miellé, un tantinet sur l'alcool, mais tellement bourguignon!
David aurait préféré le 2008, moins solaire. Je ne peux pas dire,  je ne l'ai jamais bu.

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Saint Aubin Premier Cru 2009

 

Pour les côtelettes d'agneau, nous sommes passés à un Saint-Nicolas de Bourgueil, 2009 de Gérald Vallée, à nouveau choisi par David, assisté par Mr Loire en personne, alias Jim Budd. Cuvée Les Perruches.
Quelle fraîcheur, quel exubérance de fruit, quelle belle longueur en bouche! C'est mûr. Mais c'est croquant.

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Les Perruches 2009


Comme la bouteille nous a vite semblés trop petite, Marc a commandé une bouteille de Crozes Hermitage, la Cuvée Le Clos  des Grives 2009, de Laurent Combier.
Dense, fruité, mais droit, ces grives là nous ont chanté tout le charme des Côtes du Rhône du Nord, la tension sous le velours.

IMG_0675.jpgLe Clos des Grives 2009

J'avais encore du Saint Nicolas dans mon premier verre, j'ai donc pu faire des allers-retours entre Loire et Rhône, et je n'ai pas été déçu du voyage. Deux belles expressions de fruit noir, différentes et pourtant, dans un sens, la même précision de vinification, à la recherche de l'expression du cru - je ne parlerai pas de terroir, en bon britannique, David juge le mot imprécis et galvaudé, et je crois qu'il a raison.

Dieu que c'était bon d'être ensemble autour de ces bouteilles-là. Dieu qu'on était loin du microcosme, du showbiz du vin. Et pour ceux qui pensent qu'on se goberge toujours aux frais des producteurs, qu'on ne vaut pas mieux que la mauvaise réputation du journaliste pique assiette, ou pire, du critique acheté, on a payé de nos deniers, 77,5 euros par personne, repas et vin compris. On n'a pas regretté nos sous. Et la conversation, elle, était gratuite. On en reparlera au fil des posts, ici ou sur le blog des 5 du Vin.

Alors faites moi confiance: il y a toutes sortes d'accessoires du vin, aujourd'hui, du verre "Spécial Boisé" à la turbine d'aération en passant par la carafe profilée. Ce n'est pas moi qui vous en dégouterai.
Mais au moins aussi important: choisissez bien avec qui vous buvez!

 

Et pour ceux qui voudraient récréer l'ambiance (mais avec d'autres amis, je garde les miens), voici l'adresse: Les Berceaux, 13 rue des Berceaux, F-51200 Epernay. http://www.lesberceaux.com/restaurant.htm

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, Bourgogne, Champagne, France, Loire, Rhône | Tags : vin, vignoble, art de vivre, deiss, engelberg | Lien permanent | Commentaires (17) | | | |