05 avril 2012

Gigondas et ses terroirs, par l'exemple

Gigondas, à l'ombre des Dentelles de Montmirail (sans parler de celle, plus psychologique, de Châteauneuf du Pape), ne  ne manque pourtant ni de personnalité, ni de variété. Ni de bons vignerons, comme j'ai pu le constater ce lundi lors de la présentation du millésime 2011. Et puis aussi, dès le lendemain, lors d'une visite des différents terroirs, sous la houlette de l'oeno-géologue Georges Truc. Et puis encore, en point d'orgue, au Château Saint Cosme, avec Louis Barruol, a qui nous avait organisé une dégustation de trois de ses cuvées, sur trois années. Un grand moment: la régularité dans la qualité, à ce niveau, c'est exceptionnel.

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Exploration des terroirs, avec, de gauche à droite, Sébastien Durand Viel, Louis Barruol, Marc Vanhellemont et Georges Truc

 
Cuvée "Le Claux" Terroir: marnes calcaires du Miocène.

2008: Pinote un peu, comme bon nombre de grenaches... Le nez fleure bon la violette et la réglisse, la bouche est dense, mais fluide et bien fraîche, les tannins juteux. Un vin particulièrement "digeste" et une belle réussite pour le millésime. Élevage: fût et cuve. Vieilles vignes de plus de 100 ans. 15,5/20

Le commentaire du vigneron: "J'ai mieux trié en 2008, un peu comme on le fait en Bourgogne; la table de tri doit être alimentée à la main, bien sûr."

2007: Grand millésime à Gigondas. Nez assez discret, au départ, mais à l'aération apparissent la mûre, la quetsche; le vin est en phase de fermeture, actuellement, mais la bouche est à la fois charnue et aiguisée. A attendre. 14,5/20

2006: Un millésime plus classique. Fruit noir, riche, résine, fromage doux, pruneau, légèrement confiture, petite sucrosité, épicé, viandé, poivre, menthe, parfait à boire aujourd'hui 17/20 (grand principe: ne jamais bouder son plaisir d'aujourd'hui, un "tiens" vaut mieux que deux "tu l'auras...").

Saint Cosme.JPG Les trois cuvées de Château Saint Cosme

Cuvée Hominis Fides. Terroir: sables du Miocène.

2008: Griotte, pin, résine au nez; un peu d'amertume (Saint Cosme n'égrappe pas), bouche dense, bien pleine ; les raisins ont été triés, le rendement est de 20hl/ha à l'arrivée.

2007: un côté iodé, au premier nez, mais ce nez change vite,on part vers le cacao, le torreféié, la réglisse; en bouche, c'est complexe, profond, généreux, mais fin, aussi. 15/20

2006: Couleur très soutenue. Nez envoutant: viande crue, câpres, marinade, fumé.  "Epinard", ajoute Popeye, alias Marc Vanhellemont. Sébastien Durand Viel, lui, opte pour l'eucalyptus. Et c'est vrai qu'on note une belle fraîcheur mentholée, en bouche, qui participe à la tension. Beaux tannins. Cette cuvée est sans doute la plus puissante, mais pas la moins complexe pour autant. 15,5/20 attendre 5-6 ans.

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Les vignes sous la chapelle Saint Cosme


Cuvée "Le Poste": marnes calcaires du Tortonien (près de la Chapelle Saint Cosme)

 2008: C'est toute la garrigue de Gigondas qui s'est donnée rendez-vous dans ce nez, du romarin, de la sauge, de la myrte, et puis aussi du poivre, du laurier,de la feuille de tomate; et le gibier qui vient s'ébattre dedans. En bouche, les tannins sont croquants, l'extraction est très bien maîtrisée, et puis il y a cette trame inimitavle des vins de calacaire. On note aussi pas mal de salinité en finale. C'est très grand.... mais encore très jeune. 16/20. 1.500 bouteilles (un ha seulement).

2007: Le meilleur de deux mondes: ce vin à le nez d'un grand bourgogne, mais ne bouche plus  sudiste, plus gourmande et plus large, aussi. 12 mois de barrique.  Quelques notes roties, fumées, à nouveau l'épinard, mais aussi la confiture aux quatre fruits. Une grande finesse, et une finale sapide, très longue, un goûr de "revenez-y". 17/20

2006: Cerise, figue, iodé; en bouche, retour du fruit noir, sur une trame presque saline; c'est plus extrait, ("trop", regrette Louis, qui ne se pardonne rien). Il est vrai que les tannins très présents, mais la texture est serrée, et le vin a encore beaucoup de potentiel. 14,5/20

Contact: Château Saint Cosme, Louis Barruol, +33 4 90 65 80 80

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L'homme et sa création

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Tags : rhône, gigondas, saint cosme | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

13 mars 2012

Domaine Le Mirabeau, à Vinsobres

Sous le pont Mirabeau coule la Seine... et dans mon verre, un vin à la couleur beaucoup plus engageante...

Philippe Wallon est vigneron au Domaine Le Mirabeau, à Vinsobres. Un cru que j'ai visité il y a quelques années grâce à mon confrère Marc Olivier, et dont j'ai pu apprécier la production assez homogène pour pouvoir mériter une mention commune. Je peste assez contre les AOC à géométrie variable et incertaine pour ne pas me réjouir quand j'en visite d'autres, qui ont du sens.

Nous sommes dans la Drôme, entre le Vaucluse et l'enclave de Valréas. Vinsobres est la plus septentrionale des appellations communales du Rhône Sud. Ses influences sont à la fois méditérannéennes et continentales, presque montagnardes - nous sommes à 350 m, mais au pied du Mont Ventoux. Quant au Mistral, M. Séchan, il est gagnant presque à toutes les saisons.

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Beau, Le Mirabeau

Le Mirabeau assemble les fruits de deux parcelles de marnes caillouteuses en coteaux, de deux parcelles d'alluvions caillouteuses du quaternaire et une parcelle d'argilo-calcaires en coteau. Il s'agit de grenache, à 70%, complété de Syrah. Les rendements sont plutôt bas - 30hl/ha. "Les raisins sont triés à la parcelle et au chai", précise Phillippe Wallon, qui n'aime rien laisser au hasard.

Le domaine est certifié Agriculture Biologique depuis 2010, à savoir, le millésime que j'ai pu déguster.

"Alors, comment qu'il est?" Vous demandez-vous, les babines retroussées, et toutes papilles dehors...

Eh bien, il est bien. Ni trop chaud, ni trop frêle, ni trop sobre. Déguster ce vin, et même le boire, c'est un peu comme conduire un sportscar sur une route de campagne; on sent qu'il y a de la puissance sous le pied, mais contenue, et  même à bas régime, le moteur donne un son merveilleux.

Au nez, les fruits sont noirs, surtout la mûre; aucune trace de confiture, on est dans un registre de la fraîcheur; en bouche, on part un peu vers l'animal, notamment le vieux cuir noble du bourrelier, mais surtout vers les épices - maquis, thym, origan, poivre noir; cette bouche, elle est très ample, ouverte, complexe, mais toujours très fraîche. La mûre, qui était allé faire un tour du côté de chez Swann, revient en finale; bien mûre, cette fois, en murmure.

Beau potentiel de garde - mais voudrez-vous attendre?

Au Mirabeau, le raisin coule dans la benne

Faut-il qu'il m'en souvienne,

La joie vient toujours après la peine.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |