06 avril 2012

Rosé: sans distinction de couleur ni de race...

Je suis tout juste de retour de Tavel, dont les rosés s'apparentent plus à des rouges clairs qu'à des blancs tachés, comme c'est la tendance actuelle. Et quel qu'en soit le prix commercial, je pense que c'est à porter au crédit de Tavel que de vouloir maintenir le cap et sauvagarder une différence séculaire. Goûtez un Château d'Aquéria, un Prieuré de Montézargues, un Domaine des Carabiniers, un  Château Trinquevedel, un Château de Manissy, vous comprendrez...

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La belle robe profonde du Tavel...

Aussi la mésaventure du rosé de La Bégude me chagrine-t-elle au plus haut point. Voici qu'on refuse au rosé de ce cru l'AOC Bandol à cause de sa couleur trop sombre.

Mais que font le CRAN, la LICRA, SOS Racisme? Et à quoi rime de décourager ainsi de bons vignerons, alors que tant d'autres écoulent leur daube en toute impunité - peut-être même décolorent-ils leurs vins. Comme si la teinte faisait toute la différence...

Mais je laisse la parole à Guillaume et à Soledad Tari, les vignerons:

«C’est avec une pointe de tristesse que nous avons rempli le formulaire de déclassement de notre vin rosé de l’appellation Bandol. Certainement lassés d’être éconduits, on peut dire que c’est un peu l’histoire d’une déception amoureuse...

Depuis plusieurs années, l’obtention de l’agrément de notre rosé était devenue un parcours du combattant, obtenu in extremis après de nombreuses procédures administratives et d’interminables débats sur ce que doit être un rosé de Bandol. En effet, difficile de maintenir l’anonymat de nos vins couleur corail, parfaitement identifiables lors des dégustations d’agrément, au sein de rosés dont la transparence ne fait que s’exacerber, conformément à la mode actuelle. Étant vignerons depuis cinq générations, la mode nous importe peu.

Nos vins nous ressemblent, mais sont surtout le reflet de leur terroir, du climat, du millésime, sans artifice. Ce rosé nous semblait être une expression parmi tant d’autres de cette belle appellation. À ce titre, notre précédent millésime 2010, épuisé deux mois après sa mise en bouteille, avait d’ailleurs été refusé plusieurs fois à l’agrément et avait finalement pu se nommer Bandol, mais soumis à un avertissement. Un peu déconcertant quand on sait que nous sommes parmi ceux qui utilisent en plus forte proportion le mourvèdre, grand cépage de ce lieu, dans nos assemblages.

N’ayant plus très envie d’être collés, ce n’est plus de notre âge, refusés une nouvelle fois pour non appartenance à la famille des vins de Bandol, nous lui avons trouvé une nouvelle famille: Vins de France

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Provence, Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

05 avril 2012

Gigondas et ses terroirs, par l'exemple

Gigondas, à l'ombre des Dentelles de Montmirail (sans parler de celle, plus psychologique, de Châteauneuf du Pape), ne  ne manque pourtant ni de personnalité, ni de variété. Ni de bons vignerons, comme j'ai pu le constater ce lundi lors de la présentation du millésime 2011. Et puis aussi, dès le lendemain, lors d'une visite des différents terroirs, sous la houlette de l'oeno-géologue Georges Truc. Et puis encore, en point d'orgue, au Château Saint Cosme, avec Louis Barruol, a qui nous avait organisé une dégustation de trois de ses cuvées, sur trois années. Un grand moment: la régularité dans la qualité, à ce niveau, c'est exceptionnel.

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Exploration des terroirs, avec, de gauche à droite, Sébastien Durand Viel, Louis Barruol, Marc Vanhellemont et Georges Truc

 
Cuvée "Le Claux" Terroir: marnes calcaires du Miocène.

2008: Pinote un peu, comme bon nombre de grenaches... Le nez fleure bon la violette et la réglisse, la bouche est dense, mais fluide et bien fraîche, les tannins juteux. Un vin particulièrement "digeste" et une belle réussite pour le millésime. Élevage: fût et cuve. Vieilles vignes de plus de 100 ans. 15,5/20

Le commentaire du vigneron: "J'ai mieux trié en 2008, un peu comme on le fait en Bourgogne; la table de tri doit être alimentée à la main, bien sûr."

2007: Grand millésime à Gigondas. Nez assez discret, au départ, mais à l'aération apparissent la mûre, la quetsche; le vin est en phase de fermeture, actuellement, mais la bouche est à la fois charnue et aiguisée. A attendre. 14,5/20

2006: Un millésime plus classique. Fruit noir, riche, résine, fromage doux, pruneau, légèrement confiture, petite sucrosité, épicé, viandé, poivre, menthe, parfait à boire aujourd'hui 17/20 (grand principe: ne jamais bouder son plaisir d'aujourd'hui, un "tiens" vaut mieux que deux "tu l'auras...").

Saint Cosme.JPG Les trois cuvées de Château Saint Cosme

Cuvée Hominis Fides. Terroir: sables du Miocène.

2008: Griotte, pin, résine au nez; un peu d'amertume (Saint Cosme n'égrappe pas), bouche dense, bien pleine ; les raisins ont été triés, le rendement est de 20hl/ha à l'arrivée.

2007: un côté iodé, au premier nez, mais ce nez change vite,on part vers le cacao, le torreféié, la réglisse; en bouche, c'est complexe, profond, généreux, mais fin, aussi. 15/20

2006: Couleur très soutenue. Nez envoutant: viande crue, câpres, marinade, fumé.  "Epinard", ajoute Popeye, alias Marc Vanhellemont. Sébastien Durand Viel, lui, opte pour l'eucalyptus. Et c'est vrai qu'on note une belle fraîcheur mentholée, en bouche, qui participe à la tension. Beaux tannins. Cette cuvée est sans doute la plus puissante, mais pas la moins complexe pour autant. 15,5/20 attendre 5-6 ans.

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Les vignes sous la chapelle Saint Cosme


Cuvée "Le Poste": marnes calcaires du Tortonien (près de la Chapelle Saint Cosme)

 2008: C'est toute la garrigue de Gigondas qui s'est donnée rendez-vous dans ce nez, du romarin, de la sauge, de la myrte, et puis aussi du poivre, du laurier,de la feuille de tomate; et le gibier qui vient s'ébattre dedans. En bouche, les tannins sont croquants, l'extraction est très bien maîtrisée, et puis il y a cette trame inimitavle des vins de calacaire. On note aussi pas mal de salinité en finale. C'est très grand.... mais encore très jeune. 16/20. 1.500 bouteilles (un ha seulement).

2007: Le meilleur de deux mondes: ce vin à le nez d'un grand bourgogne, mais ne bouche plus  sudiste, plus gourmande et plus large, aussi. 12 mois de barrique.  Quelques notes roties, fumées, à nouveau l'épinard, mais aussi la confiture aux quatre fruits. Une grande finesse, et une finale sapide, très longue, un goûr de "revenez-y". 17/20

2006: Cerise, figue, iodé; en bouche, retour du fruit noir, sur une trame presque saline; c'est plus extrait, ("trop", regrette Louis, qui ne se pardonne rien). Il est vrai que les tannins très présents, mais la texture est serrée, et le vin a encore beaucoup de potentiel. 14,5/20

Contact: Château Saint Cosme, Louis Barruol, +33 4 90 65 80 80

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L'homme et sa création

00:03 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Tags : rhône, gigondas, saint cosme | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |