01 octobre 2012

Trois rosés à la santé d'Abraham

En ce temps-là, Abraham affutait son grand couteau. Il dit à Isaac, son fils:

 "Et si on se faisait un barbecue, plutôt, et qu'on débouchait une bonne bouteille de rosé?"

Et Isaac vit que cela était bon...

Au fait, au temps d'Abraham, à Ur-en-Chaldée, et dans tous les cantons limitrophes, on ne buvait sans doute que du rosé, vu qu'on n'avait pas encore pensé à inventer les macérations longues. Adoncques, tous les rouges étaient rosés, plus ou moins clairs.

Et pourquoi cette intro légèrement ésotérique? C'est pour le PPDC. Le seul, le vrai, le Plus Petit Dénominateur Commun: je viens de déguster une série de 6 vins dont les deux caractéristiques sont, primo, d'être rosés, et secundo,  de venir de chez Patriarche (aujourd'hui, Castel). CQFD.

Pour le reste, cépages, régions, effervescence, cela variait du tout au tout. J'ai trouvé le défi éminemment sympathique. Voici donc mon tiercé:

 

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 La gamme des Crémants de Patriarche

 

Crémant de Bourgogne Patriarche
Chez Patriarche, la bulle, on connaît (Kriter, c'est eux, Veuve du Vernay, Léonce Bocquet, Pol Rémy, c'est encore eux). Ca, c'est pour le process. Mais quand la maison s'amuse à faire de l'appellation, c'est du sérieux. En témoigne ce Crémant de Bourgogne qui fait honneur à son nom, et surtout au pinot. Robe saumon assez pâle, nez de fraise écrasée et de cerise prise sur l'arbre. Bulle fine. La bouche rappelle bien le nez, on part aussi vers le bitter, c'est ce que  j'apprécie, qu'on l'appelle minéralité, salinité ou qu'on ne l'appelle pas, elle vient à point pour rallonger le plaisir de la dégustation et vous inciter à une gorgée de plus. Beau Crémant, vraiment.

Côtes du Rhône La Closerie Saint Vincent 2011
Belle couleur grenat tirant sur le violine. Nez explosif de fruits rouges; en bouche, de beaux épices et une bonne trame acide, de la tension qui fait toute la différence entre un rosé riche mais élégant et un vil séducteur.

Grain d'Eté 2011 Côtes de Provence
Robe saumon soutenue. Au nez, de la groseille. En bouche, c'est friand, mais assez corpulent. L'acidité soutient bien la bouche. Le genre de rosé joyeux, soyeux, qui met le sourire sur les lèvres.

 Comme quoi, une fois encore, il ne faut pas avoir d'a priori sur les gros faiseurs. Je ne dis pas que tout ce qu'on y fait est bon. Je dis qu'ils ont du mérite à produire en gros volume (et pas toujours, d'ailleurs) des vins plus qu'acceptables, et parfois, intéressants.

Et ne me dites pas que ce n'est plus la saison du rosé. Moi, des rosés comme ceux-là, je veux bien en boire toute l'année.

PS. Et pour rester chez Patriarche, voici deux jolis produits (hors rosé,) que je viens tout juste de déguster: le Rully 2010 (aérez un peu pour que le bois s'estompe, c'est de la dentelle liquide) et le Volnay 2010 (toute la finesse d'un pinot de race, assez mûr, et assez puissant aussi, en l'occurrence).

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, Provence, Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

28 septembre 2012

Sieur d'Arques et Jaillance unis pour le meilleur et pour la bulle

Deux très gros opérateurs de la bulle en France, Sieur d'Arques (Cave de Limoux) et Jaillance (Cave de Die) vont fonder une société commune - tout en gardant leur indépendance.

Plus que le fait, ce qui surprend, c'est la rapidité avec laquelle l'alliance s'est nouée, entre les deux entreprises jusqu'ici résolument concurrentes (mais toutes deux à base coopérative).

L'objectif: exploiter au maximum les synergies. Le mariage devrait permettre de mieux concurrencer les gros compétiteurs sur ce marché, et notamment les espagnols de Freixenet (200 milions d'euros) et Codorniu. Le nouvel ensemble sera encore assez loin du compte (il pèserait environ 80 millions d'euros), mais en mettant en commun certains services (marketing et commercial, essentiellement), les deux groupes espèrent améliorer leur rentabilté. Un point noir pour les deux entités - Jaillance a beaucoup grandi ces dernières années, sortant de son bassin de production originel, et investissant dans une marque ombrelle; quant à Sieur d'Arques, il vient de connaître de violents remous (affaire du faux pinot, déficits chroniques, licenciements).

Les sites de production, par contre, resteront autonomes.

A eux deux, Sieur d'Arques et Jaillance totalisent 15 millions de cols de production; les deux futurs mariés ont un poids relativement comparables (8 millions de cols pour Jaillance, 7 pour Sieur d'Arques). Leurs gammes sont relativement complémentaires; d'une part, Jaillance produit majoritairement des doux (même s'il s'est beaucoup dévoloppé dans les crémants). De l'autre, alors que Sieur d'Arques est resté centré sur Limoux, Jaillance propose aujourd'hui du Crémant de Bourgogne et du Crémant de Bordeaux.

L'alliance semble devoir se faire dans le respect de l'égalité entre les partenaires. L'épineux dossier de la direction a été réglé: la présidence du nouvel ensemble (auquel il faudra trouver un nom) sera confiée à l'actuel directeur général de Jaillance, Jean-Louis Bergès (ex-Boisset), la présidence au président de Sieur D'Arques, Maurice Lautard.

Si tout se passe selon les plans (car il faudra sans doute consulter la base viticole), la nouvelle entité devrait démarrer au tout  début 2013.

10:01 Écrit par Hervé Lalau dans France, Languedoc, Midi, Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |