26 juin 2013

Que vais-je devenir si les étiquettes se mettent à sentir?

Une innovation est peut-être en train de signer l'arrêt de mort de mon auguste profession: Louis Mousset lance un rosé avec étiquette olfactive. Concrètement, cette étiquette permet au client de sentir les principaux arômes du vin (en l'occurrence, fraise et amylique). Carrefour France a déjà référencé le vin.

Voila qui pourrait me réduire au chômage dans un délai assez bref - enfin, si l'innovation du brave Louis se généralise.

Il y a peut-être quand même un défaut dans le système: si tout le monde s'équipe, ne risque-t-on pas la cacophonie olfactive? Le rayon vins de Carrefour va-t-il devenir un grand souk aux odeurs? Est-ce sans danger? Quid des allergiques et des asthmatiques? S'agit-il d'odeurs de synthèse?

Par ailleurs, comment est-on sûr que l'étiquette est vraiment représentative de tous les arômes du vin? Et à quel moment de sa vie?

Bon, d'accord, là, je pinaille. Le consommateur s'en fout. La plupart des vins qu'il achète en GD sont consommés dans la journée, et puis, en moyenne, son appareil gustatif n'est pas entraîné à distinguer plus de trois arômes...

Mais au fait, qui est cet inventeur de génie? Pourrai-je aller féliciter ce vigneron à l'esprit tellement innovant? Hélas non, car Louis Mousset n'existe pas; ce n'est qu'une marque, une ligne de produits du Cellier des Dauphins.

Quant au marketing olfactif, on en parlait déjà dans les années 50.

Bref, j'ai peut-être encore le temps de voir venir. Et vous comment vous le sentez?

11:49 Écrit par Hervé Lalau dans Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

10 juin 2013

"Couper n'est pas rosé"... la saga continue

On pensait la querelle vidée depuis que, revenant sur sa première décision sous la pression française, l'Union Européenne avait finalement décidé d'interdire le rosé de coupage - comprenez, assemblant blanc et rouge. C'était en 2009.

Mais non! Aujourd'hui, certains responsables français veulent aller plus loin: faire voter à l'OIV l'interdiction du coupage, afin que l'Europe puisse interdire aussi l'importation de ce type de vin.

Car il paraît que de mauvais Français importent des rosés de coupage d'Afrique du Sud.

En outre, malgré l'interdition européenne, il se murmure que certains producteurs hexagonaux eux-mêmes ne joueraient pas le jeu. Je ne parle pas du Champagne, qui bénéficie d'une (curieuse) exemption. Je parle de ceux qui, ayant de gros stocks de blanc sur les bras, seraient plus que tentés de les colorer d'un soupçon du rouge. La mode étant au rosé pâle, ce n'est pas difficile.

Bref, pour Bernard Devic, le président d’Intersud, "Le rosé est en réel danger. Nous n’avons pas de définition officielle du rosé. Si rien n’est fait pour rectifier le tir, nous allons vers une crise du rosé dans les 3 ans à venir".

rosé de coupage, couper n'est pas rosé, OIV

En Afrique du Sud, les paysages sont vastes, la nature sauvage et l'on fait le rosé comme on veut

(Photo H. Lalau)

En conséquence de quoi, le monde devrait s'aligner sur l'Europe comme l'Europe s'est alignée (à contrecoeur) sur la France.

J'ai mes doutes. Car au nom de quoi l'OIV, organisme de normalisation technique, interdirait-elle l'assemblage d'un vin blanc techniquement irréprochable avec un peu de rouge irréprochable? Et en quoi est-ce pire s'assembler des vins que d'assembler des mouts ou des raisins? Rappelons en effet que bon nombre de nos AOC comptent des cépages blancs dans l'encépagement autorisé pour les rosés...

J'en suis donc resté à ma position d'il y a 4 ans. Derrière ces beaux discours se cachent des enjeux protectionnistes, des arrières-pensées mercantiles. Ce que craignaient les AOC (qui peuvent de toute façon interdire le coupage dans leurs cahiers des charges), ce n'est pas que les Côtes de Provence, les Tavel, les Fronton, les Bandol, les Anjou ou les Bordeaux passent au coupage, c'est que leurs producteurs se tirent avec leurs stocks de blancs et fassent du rosé de coupage en Vin de France. Le consommateur était bien le cadet de leurs soucis.

Et aujourd'hui, ils veulent imposer cette interdiction à toute la planète vin, afin que leurs producteurs eux-mêmes ne les obligent pas à revenir un jour sur cette règle en Europe.

Personne, pourtant, parmi ce beau monde, ne peut prouver que le rosé coupé est moins bon que le rosé de saignée ou le rosé de presse (j'ai testé au Chili et en Afrique du Sud, ma réponse est non).

Personne, parmi ce beau monde, ne se demande si ce ne serait pas une bonne idée de laisser nos  producteurs faire du rosé de coupage pour concurrencer les pays du Nouveau Monde sur les marchés tiers.

Surtout, personne, parmi ce beau monde, ne se demande ce que le consommateur attend. Sait-il seulement comment est fait le rosé, notre ami le consommateur?

En ce qui me concerne, je n'ai pas besoin d'une nouvelle définition, juste de bons produits, quelque soit leur type d'élaboration.

Que les Français mettent sur l'étiquette le procédé qu'ils utilisent, si ça leur chante. Je ne suis pas certain que cela impressionne beaucoup le buveur moyen, mais c'est leur problème.

Mais de grâce, qu'ils fichent la paix à tous les autres producteurs qui ne leur ont rien fait, et qui ont le droit, à mon sens, de faire le produit qu'ils veulent.

Marre de toutes ces règles conçues soit disant pour protéger le consommateur, mais en fait, pour protéger le pré carré de certains producteurs.

Et si l'on parlait plutôt de l'abaissement de la teneur maximale en soufre? Voila pourtant un critère objectif pour la santé du consommateur, non?