04 février 2014

Mon bon plaisir

A Saint Marcel d'Ardèche, le Domaine du Chapitre - alias Frédéric Dorthe, élabore un vin au nom accrocheur: "Mon bon plaisir".

Comme comme tel est le mien, je vous en parle aujourd'hui.

Juste parce qu'il m'en a donné, du plaisir.

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Sans doute à cause de l'assemblage (60% cinsault), il est présenté comme IGP Coteaux de L'Ardèche (alors que le domaine est situé en Appellation Côtes du Rhône). Payant une mauvaise réputation presque aussi tenace (et injustifiée) que celle du Carignan, le Cinsault est n'est pas un des cépages estampillés "principal" de l'AOC Côtes du Rhône (à l'inverse du grenache, de la syrah et du mourvèdre). Il n'est que cépage autorisé.

C'est bien dommage, car si ses rendements sont bien maîtrisés, sur des terres pas trop fertiles (mais devrait-on en trouver d'autres en Appellation?), il donne d'excellents résultats. C'est comme si les bons producteurs devaient toujours payer les frais de la surproduction organisée de bibine de l'après-guerre?

Je pose la question: chaque AOC a un plafond de rendement, quel que soit le cépage. Alors à quoi peut bien rimer de favoriser tel ou tel cépage, surtout quand son ancienneté dans la zone est aussi avérée que celle du Cinsault en basse vallée du Rhône? A moins bien sûr qu'on ne se soit jamais donné les moyens de contrôler les rendements... Tout cela serait la marque d'un manque total de confiance dans les vignerons, une vue administrative de la viticulture, perçue comme une industrie dont on doit planifier la production. Une resource à gérer. Un robinet qu'on ouvre et qu'on ferme. Pas vraiment ma conception de l'Appellation d'Origine Contrôlée.

En définitive, tout cela n'a aucune espèce d'importance.

C'est même dommage d'y consacrer du temps quand le vin mérite toute l'attention.

J'ai reçu une bouteille de son millésime 2012. Ce qui frappe, d'emblée, c'est sa qualité de fruit et sa vivacité. Une vivacité que je mettrai moins sur le compte de l'acidité que des beaux épices, et de solides  tannins. Ce n'est pas rustique - en tout cas, pas grossier, mais c'est typé. Quel type? Type méditerranéen, bine sûr! Mais pas basané, pas cuit par le soleil.

Plein de fruit, aussi - cerise, framboise, mûre, cassis. Le joli dessin sur l'étiquette (une grappe de raisin pressée dans la main) résume à lui seul la philosophie de ce vin juteux, proche de sa matière première.

C'est un vin de plaisir, au vrai sens du terme. Pas facile, pas vulgaire, juste du plaisir. Ce sixième sens dont parlait la célèbre série des tapisseries de la "Dame à la licorne"

Un vrai vin de Saint Valentin. Et quand on aime, c'est la Saint Valentin tous les jours...

 

07:21 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

31 janvier 2014

Grand Tinel et petits journaleux

Au Domaine du Grand Tinel, la famille Jeune perpétue sur son emblématique domaine la tradition de grands vins authentiques. Etablis à Châteauneuf-du-Pape depuis le XVIIIème siècle, les Jeune font indissociablement partie du patrimoine castelpapal. Ils en constituent l’une des familles historiques.

Si le domaine du Grand Tinel est réputé pour ses très grands Châteauneuf-du-Pape, il élabore également de jolis vins sur l’AOC Côtes du Rhône.

Comme ce Côtes du Rhône blanc 2012, sur un air de grenache, clairette et roussanne.

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A la fois opulent et frais, ce blanc intense joue les équilibristes avec brio. Composée de 34 % de grenache blanc, de 33 % de roussanne et de 33 % de clairette provenant de sols argilo-siliceux, cette cuvée a été vendangée manuellement puis précieusement préservée par neige carbonique avant d’être pressurée à basse température.

Sa finale longue, parfumée à la pâte de fruits, à la poire et à la noisette ne laissera aucun amateur indifférent !

Rendons à César...

Bien troussé, non? Sauf que ce n'est pas de moi, mais de l'Agence Force 4.

Est-ce pour les journalistes hyper-stressés? Pour ceux qui manquent de temps ou de confiance en eux? Pour les critiques agueusiques? Pour les magazines dont la rubrique vins n'a pas de titulaire? Toujours est-il que je reçois de plus en plus de communiqués où non seulement on porte à mon attention une nouvelle cuvée, mais où l'on me dit déjà ce que je peux en penser; les commentaires de vins sont déjà rédigés, la photo jointe, je n'ai plus qu'à copier-coller.

Mais, comme dirait Jane, à quoi sers-je?

Mesdames, Mesdemoiselles de Force 4, je vous remercie de votre prévenance, mais s'il vous plaît, si vous voulez que je parle d'un vin, laissez moi le juger par moi-même. Proposez-moi un échantillon, je vous dirai oui, je vous dirai non, et si je le déguste, et si je le trouve bon, j'en parlerai.

A chacun son métier - enfin, tant que le mien existe encore...

10:23 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire, Rhône | Tags : rp, relations publiques, journalisme, vin | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |