07 mai 2014

Diversité des rosés

Lundi, c'était l'été avant l'heure, alors avec mes deux confrères d'IVV (Marc Vanhellemont et Daniel Marcil), nous sommes mis en terrasse pour sélectionner quelques rosés. Bien nous en a pris: contrairement à la séance précédente, nous avons dégusté beaucoup de bonnes choses. Notamment en provenance du Languedoc, qui confirme qu'il est bien le challenger de la Provence pour cette tendre couleur.

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La dégustation commence, Marc réclame un peu de sérieux...

Cependant, les deux produits dont je vais vous parler ne viennent ni du Languedoc, ni de Provence. Si je les ai choisis parmi nos coups de coeur, c'est parce qu'ils illustrent bien la diversité de la production au sein de la catégorie - diversité de teintes, diversité de matières, d'équilibres (sur l'alcool ou sur l'acidité, notamment).

 

Rosé Daniel.JPG En direc' du Québec, Daniel Marcil

 

Cette dégustation me confirme dans mon opinion: le rosé est un vin comme les autres, aussi varié, aussi intéressant que les autres. Sous ce nom, on trouve de tout, de quoi se dé-soiffer à la piscine, de quoi réveiller le barbecue, et même de quoi méditer l'hiver au coin du feu... Et si vous ne me croyez pas, faites en l'expérience par vous même.

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Reuilly Les Poëte 2012

Le nez est déroutant: pêche blanche, anis, on croirait un blanc. Normal, c'en est! Du pinot gris, précisément. La robe confirme: c'est du blanc taché de pelure d'oignon. Pourtant, en bouche, déboulent de jolies notes de cerises juteuses et craquant sous la dent, qui justifient à elles seules la mention de rosé sur l'étiquette. A noter aussi la belle charpente acide et la pointe de salinité en finale. Un rosé qui sort de l'ordinaire. Un Reuilly.

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Côtes du Rhône Laurent B Brusset 2013

Dans la famille fruits d'été, je les veux tous! L'abricot légèrement saumoné pour la robe; la grenade et la groseille au nez; la bouche poursuit, bien mûre, habillée d'épices et de fumé. Un vin qui réconcilie l'amateur éclairé et le néophyte: il est à la fois complexe et gourmand.

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La dégustation, c'est comme un toboggan, ça glisse et parfois on se fait mal. Mais on remonte toujours.

00:17 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Loire, Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

28 avril 2014

"The problem with Châteauneuf du Pape"

Lu sur le site de Decanter, sous la plume d'un lecteur, M. Butler:

"The only problem with Châteauneuf du Pape is that it is a blend and growers have many varieties to blend from,as back labels are not as informative as they could be, you have to find a grower whose blend you like and stick with him.Just buying a bottle of Châteauneuf du Pape can lead to disappointment."

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Cépages, élevage, climat, lieux-dits... faut-il mettre tout ça sur la contre-étiquette? LE plus simple est encore de déguster! 

(Photo H. Lalau)

 

Pour moi, le seul vrai "problème" est que des amateurs de vin aient encore besoin de se rassurer avec des mentions de cépages sur la contre-étiquette. Pourquoi ne goûtent-ils pas avant d'acheter? Pourquoi ne s'informent-ils pas? L'information sur les vins, à l'ère des forums et des blogs, n'a jamais été aussi abondante et facile d'accès. La contre-étiquette est un élément facultatif, développé en premier lieu pour la vente en libre-service, et si sa valeur est souvent limitée, c'est parce que c'est d'abord un élément de communication commerciale. Il y a des exceptions, des étiquettes vraiment informatives, mais on ne peut généraliser.

Se pose bien sûr, en filigrane de ce commentaire, la vieille question de la "typicité" des appellations.

L'AOC n'est au fond est une indication de provenance, elle garantit le respect d'un certain cahier des charge, une obligation de moyens, pas de résultats. Elle n'a jamais évité les "déceptions"; et en quoi la mention du pourcentage de Mourvèdre ou de Grenache dans l'assemblage serait-elle une garantie de qualité, voire d'identité? Je peux trouver une demi-douzaine de raisons pour lesquelles, à partir d'un même assemblage (mentionné ou pas sur la contre étiquette), les vins seront tout à fait différents à l'arrivée: le type de sols, les micro-climats, le moment de l'assemblage (raisins ou vins de cuve, vins élevés); le type d'élevage; les levures utilisées; la compétence du vigneron; sa maîtrise des rendements, etc...

Faut-il demander au vigneron de s'engager sur le goût de chaque vin, d'énumérer les molécules odorantes sur la contre-étiquette? Au nom du fameux principe de précaution, faudra-t-il bientôt apposer sur chaque bouteille des mentions du genre "produit pouvant décevoir le consommateur, le surprendre, le dégoûter ou le ravir"?

M. Butler, si vous voulez éviter toute surprise, arrêtez le vin!

00:21 Écrit par Hervé Lalau dans France, Grande-Bretagne, Rhône | Tags : châteauneuf-du-pape, précaution, cépage | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |