30 août 2014

Saint Joseph "Grand Cru": La Sainte Epine

Bien que très étendue (une soixantaine de kilomètres le long du Rhône), l'appellation Saint Joseph n'a pas de hiérarchie à proprement parler, pas de crus. Tout juste des indications de lieux-dits appréciées des aficionados, mais guère au-delà.

Pour beaucoup, Sainte-Epine (le lieu-dit, le climat, comme on dirait en Bourgogne) est ce qui ressemble le plus à un grand cru pour Saint Joseph: une colline du village de Saint Jean de Muzols (au Nord Ouest de Tournon), aux sols particuliers, des sortes de granites décomposés - notamment du gneiss (un bon sol à vigne que l'on trouve aussi en Anjou et en Alsace, notamment). 

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Vu de la Sainte Epine (Photo (c) H. Lalau)

Saint Epine, c'est aussi le Domaine de la Côte Sainte Epine, exploité depuis 2007 par Mikaël Desestret (5ème génération de Desestret sur le domaine).

Mardi dernier, à l'occasion d'un bref passage à Tournon, j'ai visité ce domaine. Veni, vidi, bibi.

Le vignoble compte 7 ha (dont 1 ha de cépages blancs); il s'agit de très vieilles vignes en terrasses (les plus anciennes syrah auraient près de 140 ans). Les rendements sont naturellement très bas. Les Desestret replantent chaque année quelques arpents (principalement en syrah); la colline retrouve ainsi peu à peu sa couverture de vignes, beaucoup plus étendue avant le phylloxéra.

Chez les Desestret, on aime les choses simples: pas d'inflation du nombre de cuvées, un blanc un rouge, deux vins intitulés "Vieilles Vignes". 

Les vins sont plaisants sur le fruit jeunes, mais gagnent à être attendus. Je me répète: on boit souvent les blancs trop jeunes, c'est encore plus vrai sans doute de cépages comme la Marsanne, qui, avec quelques années, gagnent en complexité.

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La cuvée Vieilles Vignes en blanc (Photo (c) H. Lalau)

Saint Joseph Blanc 2013

Très joli nez de fleurs blanches, de poire et d'abricot (on pense au Viognier et pourtant, il n'y en a pas à Saint Joseph), assaisonné d'une pointe de miel de de pâte de coing, la bouche, elle, est bien Marsanne, acidulée, pleine de sève, de jus, et avec une belle amertume finale. Rien à dire, tout à boire. A garder un peu, aussi.

Saint Joseph Rouge 2013

Robe sombre mais brillante. Joli nez de fruits noirs (cerise noire) et rouges (fraise), quelques notes de violette, des épices douces; tout ça a un côté sauvage, primesautier; la bouche, elle, est franche, directe, pas énorme, pas malingre non plus, juste ce qu'il fait de matière pour qu'on puisse parler d'élégance. Belle finale saline (je n'ose dire si c'est le gneiss qui parle...)

Saint Joseph Rouge 2011

Au nez, une belle giclée de cerises griottes à nouveau, accompagnée cette fois de légère notes fumées; tannins très fins. Plus corsé, tendu, minéral, c'est le type même du grand vin du Rhône Nord, conjuguant plaisir et complexité.

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Photo (c) Hervé Lalau

Contact: +33 4 75 08 85 35

PS. Ne pas confondre: l'excellente Maison Delas commercialise aussi une cuvée de Saint Joseph Saint Epine, produit à partir de parcelles de ce lieu-dit, qui n'est pas en monopole.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

21 août 2014

1855: pendant le redressement judiciaire, les affaires continuent

Mis sous administration judiciaire, 1855.com (alias Héraclès, puisque c'est sa raison sociale) continue à proposer des vins à sa clientèle.

Mais on ne peut que s'étonner, à la lecture de certaines pages du site, de voir à quel point l'offre disponible est faible.

Prenez Rayas, par exemple: aucune des 21 références de cette maison qui sont "offertes" sur le site n'est disponible, pas même un millésime aussi ancien que 2001. La formule employée est "bientôt disponible", mais elle prête à sourire.

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Au fait, comment peut-on mettre à la vente ce dont on ne dispose pas en stock? Et comment diable 1855 peut-il établir un prix exact pour des bouteilles qu'il doit encore acquérir?

Pour d'autres crus - notamment les grands crus de Bordeaux, le site de vente en ligne semble mieux pourvu, mais il s'agit le plus souvent de vieux millésimes, et la promesse de "livraison sous 48 heures" ne doit sans doute pas être prise pour argent comptant. Par ailleurs, pour les vins qualifiés de mythiques, comme Ausone, un délai de 15 à 20 jours est à prévoir. Serait-ce dû à l'isolement de Saint Emilion? Ou au temps nécessaire pour encaisser le chèque?

Avec 1855, on a parfois l'impression de tirer sur une ambulance accidentée. Mais qui annonce sur son site "Le plus grand choix de vins sur internet"?

Tiens, qu'en pense l'administrateur judiciaire?

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Rhône | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |