29 novembre 2007

Aix en Vignes

Aix en Vignes, ce sont neuf domaines disséminés dans toute l’appellation Côteaux d’Aix, des rives de l’Étang de Berre au piedmont nord de la Sainte-Victoire. Ils sont donc bien représentatifs des terroirs de cette zone. Mon ami Marc Vanhellemont les a visités pour vous.

La preuve par 9

Des vignerons comme ceux-là, on en redemande: décontraction, optimisme (sauf peut-être pour le climat qui devient de plus en plus sec), et toujours cette incoercible envie de progresser. Une attitude positive qui se ressent au niveau de la qualité des vins produits. Pas une fausse note !
 
Provence1
La Montagne Sainte Victoire veille sur les jeunes vignes
 
 
Henri Bonnaud, le nouveau
Au départ, Aix en Vignes comptait dix membres. Après le départ de deux domaines, ils n’étaient plus que 8. Les revoici à 9, avec l’arrivée du Château Henri Bonnaud, sis en AOC Palette et Côtes de Provence. L’originalité du domaine vient de son exposition sudiste, l’opposé du renommé Château Simone. Les parcelles ont une vue en carte postale de la Sainte Victoire, 32 ha de colluvions calcaires imprégnés d’argiles rouges. Exposition et sol génèrent un tempérament méridional bien marqué, caractère chaleureux et concentration joyeuse. Précisons que les blancs se plantent sur le versant nord du Tholonet, garantie d’un meilleur taux d’acidité. L’altitude comprise entre 250 et 270 mètres, ajouté aux des courants d’air générés par la St Victoire, influence également le soutien acide. Première vinif en 2005 ; auparavant, Stéphane Spitzglous portait ses raisins à la coop.
-Palette blanc 2006 Clairette blanche et rose, Ugni, vieilles vignes de 1960, minéral, gras et bien sec, fleurs séchées qui donnent un style très légèrement oxydatif.
-Palette rosé 2006 Syrah, Grenache, Mourvèdre, Cinsault, en saignées, bouton de rose, minéral, violette, réglisse et note fumée, bien long.
-Palette 2005 Grenache, Mourvèdre, Syrah et vieux Carignan (1953), élégance florale.
 
Stéphane Spitzglous Domaine Henri Bonnaud
Stéphane Spitzglous, Domaine Henri Bonnaud (Photo M. Vanhellemont)

 
Château Bas, les verticales
Philippe Pouchain, vinificateur émérite du château, démontrait ce dernier printemps la bonne tenue dans le temps de ses Cuvées du Temple. Une triple verticale ! En voici les temps fort.
-Temple rosé en vedette américaine, démarrage avec le 1998, Cabernet Sauvignon pur, très poivré, santal, poivre, cumin, amande et pistache, encore friand et généreux, longueur fruité ; 2001, Syrah, C/S, iode et pâte de noix, jus de grenade et menthol, peut-être un rien plus évolué que le précédent ; 2005, frais, plein de vie. Vinifiés en cuve inox, les vins passent 4 mois en barriques sur lies bâtonnées. Comme quoi les rosés provençaux bien construits sont totalement aptes au vieillissement. Ils acquièrent bien évidemment des arômes tertiaires comparables aux blancs, mais en plus épicés, voire en plus baroques.
-Temple rouge Syrah, Cabernet Sauvignon, superbe 2001, pâtes de fruits noirs, fruits secs, bouche ronde aux tanins fondus, élégance florale, beaucoup de fraîcheur ; 2003, costaud, mais suffisamment juteux pour estomper la petite sécheresse tannique ; 2005, voir dégustation fin du texte. Les rouges et leurs tanins ont toujours plus de mal à bien vieillir.
-Temple blanc, Sauvignon, Rolle, Grenache, 1998, délicates gelées de mirabelle, de confiture de rhubarbe, très aromatique, sauge, framboise, cerise, un fond minéral bien installé, du miel, très long ; 1999, très bourguignon, très frais, toast léger, un minéral d’hydrocarbure, une longueur sur les fleurs sèches ; 2001, grillé au goût de tatin, fraîcheur citronnée, développement floral délicat, encore beaucoup de réserve ; 2004, acidité franche, très croquant, noyau et prunelle, longueur fruitée ; 2005, voir les Topwines 07. C’est bon les vieux blancs, en plus ils s’associent à une foule de plats que les plus jeunes sont incapables de calculer.
Triple verticale enrichissante qui rassure l’amateur qui aurait par chance oublié un vieux flacon sudiste dans un recoin de sa cave.

Château de Beaupré, la transition
Depuis 2004, Phanette Double, fille de Marie-Jeanne et Christian, vinifie les vins du château. Ceux-ci ont très certainement gagné en précision, mais ont par contre perdu en spontanéité. Toutefois, l’exactitude n’exclut pas l’ingénuité et les prémices de l’harmonie commencent à s’apercevoir. Les 42 ha du domaine, plantés dans l’écrin boisé au pied des collines de la Trévaresse, ne demandent qu’à être exploités au plus vibrant de leur potentiel. Cet instant de transition passé, les vins verront leur lignage renforcé.
-Rosé du Château 2006, beaucoup de Grenache, peu de Syrah, carambole et framboise, très friand, minéral et très bien équilibré. Rosé Collection 2006, 25% passé en fût pendant 2,5 mois, caractère et tempérament, très floral, longueur sur la framboise.
-Rouge Château 2004, C/S, Syrah, compote de mûre à la réglisse, cerise en bouche, poivre et cumin, long.
-Collection du Château 2004, beaucoup de C/S, peu de Syrah, clafouti à la cerise, tanins fins, élégance florale, bien juteux et long.
-Blanc du Château 2006, Sauvignon, Rolle, Sémillon, Clairette, gras, minéral, frais, persistance du fruit.
-Collection 1991, Sauvignon, Sémillon, 100% fût neuf, pistache grillé, pain d’épices, crème de citron, cire d’abeille, encore plein de fougue, d’une complexité charmante.
-Rouge du Château 1986, pâte de fruit vieillie, des tanins encore présents, une fraîcheur époustouflante, un petit goût d’aiguilles de pin et d’encaustique en final qui ouvre la boîte aux souvenirs.
 
Ballade en jeep avec les Double
Balade en jeep avec les Double
 


Les Béates, la concentration juste
«Je préfère faire un vin de plaisir avec une concentration juste. En 2006, j’ai raccourci les temps de macération. La matière première est magnifique avec des Cabernet très élégants. Il faut en garder le plaisir du fruit. L’élevage doit se faire avec doigté pour trouver et préserver la finesse et l’élégance ». Il est vrai qu’il y a un monde entre l’extraction du Terra d’Or d’il y a quelques années (du temps de Chapoutier) et l’actuel cuvée. Pierre-François Terrat le dit avec force, concentration juste pour sauvegarder l’élégance fruité, le tout tissé dans le plus fin des tanins. Les 52 ha du domaine élèvent leurs pentes de la N7 aux coteaux rocheux qui dominent Lambesc.
-Terra d’Or 2004, Grenache, Syrah, C/S, myrtille, cassis, fraise, vanille, cannelle, poivre, jolie concentration, tension minérale, grande longueur fruitée, supporte bien les 18 mois d’élevage.
-Les Béatines 2004, même cépage, mais vignes plus jeunes, prune, fraise, tanins fins, fraîcheur, gourmand.
-Béates blanc 2004, Rolle, Sauvignon, Grenache, gras, minéral, brioche, léger beurré, fraîcheur enjouée.

Les Bastides, pareilles à elles-mêmes
Carole Salen joue du foudre comme d’une flûte. Les vins sont mélodieux, riches en fruits, d’une grande netteté. La fraîcheur ne leur est pas du tout inconnue. Indubitablement les 30 ha qui s’étagent en terrasses de 250 à 380 m d’altitude n’y sont pas étrangers.
-Les Bastides blanc 2005, Sauvignon, Ugni, Rolle, minéral, bien gras, grande longueur.
-Les Bastides rosé 2006, Grenache, Cinsault, framboise et pêche, juteux et guilleret, très sympa.
-Les Bastides rouge 2004, Grenache, Carignan, un rien de C/S, cassis, prune, myrtille, beaucoup d’épices, légère patine des tanins fourrés de fruits confits, relevés d’aiguilles de pin, structure bien affirmée, longueur.
-Cuvée Valeria 2001, Grenache, C/S, Mourvèdre, 2 ans en foudre, herbes aromatiques, puis prunelles, tanins très soyeux, grande fraîcheur et longueur. Le 2003 aux tanins un rien secs, mais très cerise, du jus, des épices, et beaucoup de réserve.

La Réaltière, rien que du dynamisme
Sur les hauteurs de Rians, les 12 ha en terrasses escaladent les contreforts de la Vautubière. Pierre Micheland les travaille avec passion, le voir entre les rangs de vignes, c’est comprendre son vin. «Le plus naturel possible, en laissant toutefois une place à la technique et une autre à la tradition, je ne veux pas être moderniste, mais pas passéiste non plus, je suis équipé mais il faut laissé le vin… libre». Ses vins avouent ce mélange, identité terrienne et expression déliée, mais c’est un réel travail ! «On aura toujours des tanins, il faut apprendre à les travailler », les 400 mètres d’altitude renforcent l’austérité par un surcroît de fraîcheur. Rendre le fruit très présent offre une bonne solution.
-Cul-Sec, sa cuvée de 85% de Carignan en macération carbonique, en témoigne : les fruits croquent en bouche, les tanins bien présents se recouvrent de jus, de chair charnue, un pur plaisir.
- Camille 2004, C/S, Grenache, Syrah, plus serré, très épicé, s’exprime différemment, c’est un fruit qu’il faut savoir cueillir.
 
 
Peter Fisher couve son oeuf
Peter Fischer couvant son oeuf (Photo M. Vanhellemont)
 
 
Revelette, en cocotte
Presque en face de La Réaltière, vers Joucques, entre les collines calcaires qui dégringolent de la Sainte Victoire, se nichent un château… et des paons. Au cœur du castel du 17e, un curieux gisement se love dans un coin du chai: une série d’œufs plus hauts qu’un homme.
Quel alien a bien pu pondre ces coquilles de béton ? Au milieu de ce curieux nid, Peter Fischer officie tel un mage à l’écoute des mouvements browniens qui agitent les contenus.
Chardonnay du Grand Blanc, Grenache, C/S et Syrah du Grand Rouge transcendent leur nature. À côté, les barriques fermentent leur vin, puis les élèvent d’une façon plus classique.
Ceux qui pensent qu' «il n'y a que le résultat qui compte» devraient être contents de celui-ci. Les vins de Peter se sont certes précisés, mais se sont également approfondis tout en gagnant une force peu commune. Serait-ce la preuve par l’œuf ? (*)
 
(*) Nous proposons cette phrase au florilège du plus beau calembourg de l'année 2007. Nos lecteurs sont appelés à voter pour départager les différentes propositions. L'auteur choisi gagne son poids en bouchon synthétique.
 
 
 
Le rocher rouge de Calissanne
Le Rocher Rouge de Calissanne (Photo M. Vanhellemont)
 
Calissanne voit rouge
Retour vers les basses altitudes et les abords de l’Étang de Berre où le Château Calissanne lance une nouvelle cuvée: Rocher Rouge. Le rocher rouge est un de bout de falaise échappé à l’érosion, un grand écran de pierre teinté de rouge qui protège encore mieux du Mistral les 1,8 ha de Mourvèdre plantés en 1996. Le sol y est très calcaire, le soleil de plomb, l’humidité très relative. Le vin assemble Mourvèdre à un fifrelin de Syrah, il est élevé en ½ muids pendant 15 mois. Une petite verticale montre la bonne évolution des équilibres, autant les 2000 et 2001 sont balbutiants, le 2003 très poivré, mais étonnamment frais, le 2004 massif et ramassé, autant le 2005 commence enfin à récolter les fruits de l’expérience. On entre dans un autre monde, dû peut-être au terroir particulier, un univers fruité à la structure souple et pénétrante, la fraîcheur y semble évidente et porteuse d’élégance, la longueur n’en finit pas. Mourvèdre jeune qui sous peu sublimera sa sauvagerie pour encore mieux nous ravir.  
 
418 - Vanhellemont
Marc Vanhellemont
 
 
 
 
 


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Encadré

Les Côteaux d’Aix en chiffres

Les Côteaux d’Aix, ce sont 3.800 ha de vignes réparties sur 49 communes, de Martigues à Saint Rémy en passant par Rians et bien sûr… Aix en Provence. « Des sol riches, baignés par le soleil 
et vivifiés par le Mistral», comme dit le syndicat.
L’AOC abrite 88 exploitations, dont seules 14 ont une production supérieure à 4.000hl.

Le grenache est le cépage principal en rouge (mais il est souvent complété par la syrah, le cinsault, la counoise, le mourvèdre, le carignan ou même le cabernet-sauvignon, débarqué ici au 19ème siècle).
En blanc, sept cépages sont admis. Les plus utilisés sont le bourboulenc, le vermentino, la cmairette et le grenache blanc.
La production (180.000 hl) se répartit entre 61% de rosés, 35% de rouges (en hausse constante) et 4% de blancs. La commercialisation directe par les producteurs équivaut à 75% de la production.
Le rendement officiel moyen est de 50 hl/ha.
Le vrac représente un quart de la production, la bouteille les 3 quarts.
L’exportation représente 15% des expéditions.
Avec environ 8.000 hl, la Belgique st de loin le premier débouché extérieur de la région, devant l’Allemagne et la Suisse.

Hervé Lalau
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Beauféran garde son identité
Martine Sauvage le veut ainsi, les vins qu’elle vend sont à boire et dans le plus pur style traditionnel. Les élevages d’un an, en cuve pour les Étiquettes Rouges et en barriques dont 1/3 neuves pour les Étiquettes Noires, donnent une expression réfléchie au vin, un juste équilibre et un fruité savoureux. Le domaine se situe presque aux portes de Marseille dans les collines de Velaux.
-Étiquette Rouge, Rosé 2006, Syrah, Grenache, Cinsault, sympa au fruité croquant, une jolie longueur sur la groseille épicée ;
-Rouge 2004, Syrah, Grenache, Carignan, C/S, fruits rouges très frais, poivre et plantes aromatiques.
-Étiquette Noire, Rouge 2003, Syrah majoritaire, C/S, Grenache, vieilles vignes, issues des parcelles au nord de la propriété qui compte 180 ha, dont 80 en vignes, bouche bien fraîche, du jus, de la réserve, des tanins bien présents mais très bien enrobés  

Et par dessus le marché…
Il ne fait pas officillement partie de l’association, mais le Domaine de Suriane se trouve à deux pas du Château Calissanne, alors nous avons fait une petite exception pour lui. Il est aujourd’hui dirigé par Marie-Laure Merlin. La propriété a connu pas mal d’aléas avant de se stabiliser sous la baguette de Marie-Laure, arrivée en 1992 à Suriane. Ce n’était pourtant pas son truc au départ, mais la raison dictée par les problèmes familiaux s’est transformée en passion. Suriane blanc 2006, vin d’apéro fait de Vermentino et d’un rien de Clairette, très floral, fruits confits, sur la pistache en finale. Rosé 2006 de repas, Grenache, Syrah, C/S, Cinsault, Mourvèdre, confiture de cerise au croquant délicieux. Rouge 2005, Syrah, C/S, élevés en cuve, figue et prunelle, griotte confite, rose sauvage et lis, tanins fins, à boire sur le fruit. En plus structuré, la cuvée M, ou le rouge prestige de Suriane 2004, Syrah, C/S, élevé en barriques neuves 14 mois, bouche suave, tanins fins, floral et fruité, mais plus introverti.
 


Plus d’info : www.aixenvignes.com
                               (c)  Marc Vanhellemont
 
Retrouvez cet article (et un dossier Provence très complet)  dans un prochain In Vino Veritas. Pour être sûrs de ne pas le manquer, abonnez-vous  (ou abonnez un ami) sur http://ivv.skynetblogs.be
 

08:15 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

28 novembre 2007

Qui?

L'eau et le vin
Je veux l'eau et le vin
La pierre et le raisin
Je veux l'eau dans tes mains
Et le vin quand il convient
L'eau et le vin
Je veux l'eau et le vin
La mer qui me revient
Je veux l'eau des marins
Au chagrin
Il est vain d'en rajouter
Trop de tanin
Me fait sombrer
En eau douce, en zone sinistrée
(...)

Qui a écrit ce texte?

Vanessa Paradis! Pas étonnant, après ça, que son pirate de Johnny Depp lui offre un vignoble.

Où ça? Dans les Maures; près de Plan de la Tour, à côté de leur villa. Un grand domaine, bien sûr, et pas en zone sinistrée. Reste que Johnny et Vanessa sont réellement épris de bon vin, et ça, c'est déjà bien.

20:39 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |