15 mars 2009

Rosés de coupage: l'avis de Michel Smith

Le rosé est un sujet qui me passionne.

Sachant que la pratique qui consiste à rajouter du vin rouge dans du blanc en Champagne est admise, légale et largement expérimentée avec succès depuis des lustres au sein de cette appellation, il me paraît rétrograde de s'opposer à la mesure européenne qui tente de généraliser cette pratique.


1135 - M. Smith

Michel Smith (Paris Match, Slow Food, Sommeliers International, Cuisine & Vins de France...)


Pour ma part, certains des meilleurs rosés que j'ai pu goûter en Champagne étaient des rosés d'assemblages, mais aussi des rosés de pressurage direct, pratique également en vigueur dans cette région.

Chez moi, dans le Sud, l'association de la technique de pressurage direct et de saignée, donne de bons résultats : on a de la structure d'un côté, de la vinosité de l'autre. Mais je suis sûr qu'en Provence certains vignerons ont dû essayer en douce de tacher un peu d'ugni blanc avec une pointe de rouge, rien que pour voir. C'est tellement tentant. Comme de rajouter un chouïa de vermentino dans un rosé un peu faiblard. Dans de tels cas, la nouvelle législation ne ferait que rendre service à bien des vignerons.

Pour en revenir à la Provence, où nul ne doute que se vinifient les meilleurs rosés du monde, si l'on veut à tout prix conserver les pratiques officielles actuellement en vigueur, il faut trouver une méthode efficace pour que des contrôleurs patentés viennent vérifier à la source (à la propriété) le bon respect des pratiques, par exemple celle qui impose un minimum de 50% de pressurage direct pour les appellations Côtes de Provence Fréjus ou Sainte Victoire.

Après tout, en Rioja, on a les moyens de faire passer régulièrement dans les propriétés les contrôleurs. Pourquoi pas chez nous ? Au passage, notons que certains cépages propres au Sud et la Provence, tibouren, cinsault, mourvèdre et même cabernet sauvignon (il est autorisé dans la limite de 30 %), donnent d'excellents résultats dans les assemblages.

Michel Smith

 

PS. Pendant ce temps, le ministre français de l'agriculture proteste de sa "bonne foi": son représentant à Bruxelles a bel et bien voté en faveur du projet de libéralisation des pratiques oenologiques, mais il aurait dit son opposition au rosé de coupage.

Cela méritait d'être dit. Dommage que le ministre n'ait pas crû devoir apporter ce type de précisions lors du débat sur la loi Hôpital, Patients, Santé, Territoires - alors que son homologue de la santé monopolisait les micros. Oui, dommage qu'il n'ait même pas crû devoir réagir face à la "méta-bêtise" de l'INCa. Qui ne dit mot consent, dit l'adage populaire. Les vignerons apprécieront.

Hervé Lalau

11:37 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

11 mars 2009

Rosé: coupage ou pas coupage?

Le directeur du Conseil interprofessionnel des vins de Provence, François Millo, est inquiet du projet de directive européenne permettant le coupage du blanc et du rouge pour l'élaboration du rosé. Selon lui, ce projet pourrait menacer plusieurs dizaines de milliers d'emplois en France, et notamment en Provence, grande productrice de rosés: "Ce serait un revers terrible alors que la consommation de rosé se développe considérablement depuis dix ans".

Le secrétaire d'Etat français chargé de l'Aménagement du territoire (également maire de Toulon, incidemment) a demandé au ministre de l'Agriculture Michel Barnier d'intervenir auprès de l'UE pour que le projet soit abandonné, ou au moins amendé. Les Provençaux réclament qu'au cas où le projet serait quand même adopté, la technique de production du vin soit inscrite clairement sur la bouteille, afin que le  consommateur soit bien informé en toute transparence.

On s'étonne que la France n'ait pas présenté ces arguments lors de l'adoption du projet, le 27 janvier dernier: elle était pourtant représentée au sein du comité de 27 membres. A moins que son représentant ait été séduit par les perspectives de conquête de nouveaux marchés.
Pour la  Commission européenne, en effet, il s'agit de lever une nouvelle "entrave oenologique" pour s'ouvrir de nouveaux débouchés, notamment la Chine. Elle constate que le coupage de blanc et de rouge se pratique déjà couramment en Afrique du Sud, en Australie et au Chili, et permet d'obtenir des rosés meilleur marché.

Les professionnels français y voient une hérésie au plan qualitatif. Pourtant, la très élitiste Champagne pratique le coupage - c'est la seule AOC autorisée à le faire en France, et on ne peut pourtant pas taxer cette région de bradage. Mais cela ne figure pas sur l'étiquette.

Et puis, sans vouloir médire, tous les rosés de Provence obtenus actuellement avec la méthode en vigueur sont-ils convaincants qualitativement?

09:13 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |