11 mars 2009

Rosé: coupage ou pas coupage?

Le directeur du Conseil interprofessionnel des vins de Provence, François Millo, est inquiet du projet de directive européenne permettant le coupage du blanc et du rouge pour l'élaboration du rosé. Selon lui, ce projet pourrait menacer plusieurs dizaines de milliers d'emplois en France, et notamment en Provence, grande productrice de rosés: "Ce serait un revers terrible alors que la consommation de rosé se développe considérablement depuis dix ans".

Le secrétaire d'Etat français chargé de l'Aménagement du territoire (également maire de Toulon, incidemment) a demandé au ministre de l'Agriculture Michel Barnier d'intervenir auprès de l'UE pour que le projet soit abandonné, ou au moins amendé. Les Provençaux réclament qu'au cas où le projet serait quand même adopté, la technique de production du vin soit inscrite clairement sur la bouteille, afin que le  consommateur soit bien informé en toute transparence.

On s'étonne que la France n'ait pas présenté ces arguments lors de l'adoption du projet, le 27 janvier dernier: elle était pourtant représentée au sein du comité de 27 membres. A moins que son représentant ait été séduit par les perspectives de conquête de nouveaux marchés.
Pour la  Commission européenne, en effet, il s'agit de lever une nouvelle "entrave oenologique" pour s'ouvrir de nouveaux débouchés, notamment la Chine. Elle constate que le coupage de blanc et de rouge se pratique déjà couramment en Afrique du Sud, en Australie et au Chili, et permet d'obtenir des rosés meilleur marché.

Les professionnels français y voient une hérésie au plan qualitatif. Pourtant, la très élitiste Champagne pratique le coupage - c'est la seule AOC autorisée à le faire en France, et on ne peut pourtant pas taxer cette région de bradage. Mais cela ne figure pas sur l'étiquette.

Et puis, sans vouloir médire, tous les rosés de Provence obtenus actuellement avec la méthode en vigueur sont-ils convaincants qualitativement?

09:13 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

19 février 2009

Château Bas bientôt bio

Je reçois ce matin cette lettre de Philippe Pouchin, de Château Bas - superbe domaine des Côteaux d'Aix - qui fait le point sur son engagement environnemental. J'ai décidé de la publier, car je pense qu'au delà de son cas particulier, elle illustre la démarche de beaucoup de domaines en conversion bio.

 

Château Bas

Château Bas


"Je ne trouve pas inutile aujourd'hui de rappeler que nous tentons depuis dix ans de produire "propre" et que cet argument est devenu au fil du temps le moteur de notre développement.
Depuis toutes ces années, notre vision du travail de la vigne a évolué vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement et des applicateurs: nous avons abandonné les désherbants et les insecticides, soutenu la vie des sols au moyen de l'enherbement, et plus récemment, vinifié nos rouges au moyen de levures indigènes et diminué les doses de soufre.


Et le bio dans tout cela ? Au fil du temps, nous n'en étions plus loin…
Mais pas dedans, au point que la position qui consistait à dire aux clients "voyez, nous travaillons comme des bio sans label" au bout d'un moment, n'était plus tenable.


- D'abord, vis à vis du consommateur qui peut à juste titre nous poser la question de la limite: "qui décide chez vous de la limite à ne pas franchir ? Et comment le justifiez-vous ?"
- Ensuite, sur un plan moral, plus discutable sans doute, mais qui prend du sens quand le climat change à toute vitesse et que l'agriculture est au coeur du bilan carbone.
- Enfin, et ce n'est pas le moindre des paradoxes de l'agriculture biologique, très peu mis en avant par les agriculteurs eux même, sur le plan de l'efficacité agronomique.

Voilà pourquoi nous sommes en conversion bio, voilà pourquoi nous pensons accompagner la demande des consommateurs et de la société toute entière, voilà pourquoi nous avons franchi cette frontière invisible, condition indispensable pour élaborer des vins qui respectent le terroir de leur naissance.


Philippe Pouchin


Site : www.chateaubas.com
Blog : http://chateaubas.over-blog.com/

 

Au fait, labélisés ou non, les vins sont superbes. Ceux d'entre vous qui lisent In Vino Veritas, et notamment les articles de Marc Vanhellemont, qui "couvre" la Provence, y retrouvent régulièrement Château Bas, en bone position.

09:46 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |