11 janvier 2010

Mas de Gourgonnier 2008

Vous connaissez mon intérêt pour la viticulture bio. Vous savez sans doute aussi, si vous lisez régulièrement ces pages, que je m'intéresse au vin dit "nature". Une mémorable dégustation chez In Vino Veritas, au printemps dernier, m'a fourni matière à réflexion, et je vous en ai déjà parlé...

 

Etat des lieux au 17 décembre

Pour ceux qui auraient loupé un épisode (je suppose que vous avez une vie en dehors d'internet), la conclusion était plus ou moins la suivante; je vous la redonne à la louche, vous ne m'en voudrez pas de faire court et réducteur:

- le vin "nature" est une piste éminement intéressante et sympathique, tout ce qui va dans le sens du "moins chimique" est a priori positif;

- certains producteurs dans cette démarche font des merveilles;

- on ne peut pas généraliser (comme l'ont fait récemment les journalistes de la RTBF, pour les quels il y a le bon vin à l'état de nature et d'innommables daubes en dehors).

La dégustation nous avait cependant alerté sur un point; la tendance de beaucoup des vins nature à se ressembler, indépendamment de l'origine; sans doute sous l'influence du procédé (pas d'ajout de soufre et levures indigènes peuvent se traduire par des fermentations mal maîtrisées, voire, dans le cas d'une hygiène un peu trop approximative, de l'oxydation et des faux goûts).

 

Gourgonnier

Baux comme un camion

 

Le goût du Baux

Bref, il me restait à déguster un vin nature vraiment emballant. Ce fut le cas lors de ma descente aux Baux de Provence, avec le Mas de Gourgonnier 2008. Mais trèves de bavardages, voici mes notes (prises sur le vif, brutes de cuves, ou mieux, "nature").

Ouah, quel fruit! Fraise, violette, cassis, légère note de carbonique; un énorme vin de plaisir, beaucoup de fraicheur acidulée, bonbon Pie qui Chante, réglisse, de l'élégance en bouche, juste ce qui faut de matière, très "digeste", et une touche de minéral en finale, comme une lauze sous le soleil après la pluie 16/20

Bon, rien que pour ce vin (totalement sans ajout de soufre, m'a dit la vigneronne), je pense qu'il est bon que le "nature" existe. Une telle pureté d'arômes a de quoi faire frémir le plus blasé des journaleux. Sauf, bien sûr, ceux qui pensent qu'un vrai grand vin est un vin difficile d'accès, limite hermétique. Et il y en a. Ne leur parlez pas de Dumas, de Verne ou de Maupassant, ils préfèrent Joyce. Vous vous esclaffez devant Bourvil et de Funès, ils préfèrent se prendre la tête avec les frères Dardenne. Comme les  jurés de Cannes qui priment les films que vous et moi n'avons pas envie de voir, mais jamais ceux qui remplissent les salles (trop évident, trop vulgaire), ils réservent leur notes maximales à des grands crus austères. Je caricature à peine.

Mais revenons au Gourgonnier. Le plus intéressant, à mon sens, c'est que ce vin est très Baux; il fait bien partie de la famille, il ne la renie pas. La preuve que le vin nature peut exprimer le terroir.

Bon, j'ai peut-être l'air de me dédire, mais qu'importe, il faut avoir l'honnêteté de reconnaître qu'on s'est trompé, ou qu'en tout cas, la vérité n'est pas aussi noir ou blanc que l'on veut bien le croire.

Pour en finir avec le vin nature

En résumé, et pour en finir avec le vin nature (jusqu'à la prochaine fois!) je pense aujourd'hui que cette voie est sacrément ardue, qu'il ne suffit pas de laisser le vin se faire tout seul, et que quand il est bien fait, un vin nature peut être vraiment grand, tout en restant agréable à boire.

Pour en savoir plus: http://www.gourgonnier.com/

 

Et merci à Laurent Courtial et Anne Georget (Rouge Granit), de m'avoir fait découvrir ce joyau.

 

06:22 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

18 décembre 2009

Les très "Baux" rouges de Provence

Vous connaissez sans doute tous ce superbe village des Alpilles - au moins de nom. Mais peut-être pas ses vins. Moi pas, jusqu'à hier.

Ils sont une quinzaine de vignerons qui se partagent cette petite appellation de 350ha; une appellation relativement récente, car avant le grand gel de 1956, les gens du cru se consacraient presque exclusivement à l'olivier.

Et hier, à la faveur d'un voyage sur place, j'ai pu faire connaissance avec eux et leurs vins.

Baux

Dans les Baux, la vigne a deux concurrents: la pierraille et l'oiivier (photo H. Lalau)

Impression globale: les rouges sont plius intéressants que les blancs, et présentent une assez belle homogénéité. En moyenne, j'ai été surpris par la fraîcheur du fruit qui émane de ces vins pourtant résolument méridionaux par leur cépages et par leur localisation. L'explication: sans doute le microclimat des Alpilles (avec deux versants, nord et sud) et l'influence du mistral..., mais aussi une prise de conscience des vignerons, qui évitent la surmaturité.

Bon, je suppose que vous voulez des noms. Alors voici mes préférés de ce soir:

Terres Blanches Cuvée Aurélia 2007
Très syrah au nez, riche, réglisse, griotte explosive, dense, mais de la fraîcheur sous le fruit, bois, amertume légère. Un des plus nordistes de l’appellation. 15/20

Château Romanin Cuvée Château 2007
Nez discret, bouche très ample de fruit noir, fumé, cerise de Bâle, bois de santal, encens , beaucoup de classe 15/20

Mas de la Dame "Coin Caché" 2005
Menthol, zeste d’agrumes, boisé, fraîcheur finale, de l’éclat, superbe 15/20

Mas Sainte Berthe Cuvée Louis David 2005
Gelée de cassis au nez et en bouche, quelques épices et herbes du maquis, pas mal de fraîcheur sous le fruit, très élégant, 15/20

Autres belles bouteilles: L'Affectif 2005, Mas de Gourgonnier 1998 (sur une noisette d'agneau aux olives, je ne vous dis que ça...). Demain, on s'attaque à de plus jeunes millésimes...

22:07 Écrit par Hervé Lalau dans Provence | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |