15 octobre 2011

1855, Crus Bourgeois, St Emilion... des classements, pour quoi faire?

Mon copain Roger Liégeois me demande ce que je pense du classement de 1855, faut-il le réactualiser?

Ma réponse tient en peu de mots: je suis contre les classements. A chaque cru, à chaque vigneron, à chaque millésime sa vérité.

Si vous voulez, je peux développer. A ceux qui s'intéressent plutôt au contenu qu'à l'étiquette, je donne rendez-vous demain. Même lieu même heure.

Vous êtes toujours là? Alors on y va.

Les classements n'ont qu'une valeur à mes yeux. La valeur marchande.

Les efforts déployés par Saint Emilion et par les Crus Bourgeois du Médoc pour faire renaître leurs classements, et les batailles juridiques acharnées qui les ont accompagnés démontrent qu'il y a un certain intérêt commercial derrière ces mentions. Notez que tous ne s'y retrouvent pas - demandez au Château Houbarnon, à la Tour de By...

Réactualisés ou pas, ils sont aussi intéressants et aussi crédibles à mes yeux que l'élection de la Voiture de l'Année (mes excellents confrères de la critique automobile voudront bien me pardonner mon scepticisme mais je ne peux passer sous silence le fait qu'en 1966, la Renault 16 a terminé devant la Rolls Royce Silver Shadow).

A la limite, je préférerait qu'on ne touche pas au classement de 1855. Il fait partie de l'histoire du Second Empire, au même titre que la perruque poudrée fait partie du Grand Siècle. Je respecte. Ce n'est pas pour ça que je porterai une perruque, ni que j'acheterai un cru classé plutôt qu'un non classé. Mais plutôt que de le réactualiser, je propose de classer le classement. A l'heure où des parlementaires demandent la légalisation du cannabis, d'autres celle des OGM, d'autres encore celle de l'homoparentalité, je pense que le classement de 1855 sera bientôt le dernier témoignage qui nous reste d'une société traditionnelle (avec le Jésus de Morteau). Il convient donc de le protéger, dans le formol s'il le faut, au même titre que les derniers cadavres de dodo, la poésie de cour, les préliminaires de l'amour et les recettes dont on a perdu depuis longtemps les ingrédients.

Ca vous choque? Vous ne voyez pas le rapport?

Il y en a un pourtant: le Classement de 1855 était basé sur les cotations des vins sur les années précédentes. Il n'avait aucune vocation à durer: la sélection était établie à la demande de Napoléon III, pour l'Exposition Universelle de Paris. De fait, le régime a changé. Le vignoble aussi. Et c'est là que le bât blesse; le classement à la Bordelaise classe des entreprises, des châteaux viticoles, pas des terroirs, des climats, des parcelles, comme en Bourgogne.

Or, les contours de ces domaines ont fluctué, en 150 ans, au gré des rachats, des remembrements, des replantations. Et n'oublions pas le phylloxéra, qui a conduit à repenser l'encépagement et la densité de plantation. Et n'oublions pas non plus la révolution oenologique, et les changements dans la consommation, qui font qu'on est plus trop sûr de pouvoir apprécier un vin du type de ceux qu'on vinifiait dans les années 1840...

Je comprends évidemment qu'un propriétaire qui s'est payé (trop cher) un domaine classé et qui devra payer des droits pour le transmettre ait envie de valoriser au mieux son bien, en vendant ses vins le plus cher possible sous la mention la plus flatteuse possible. C'est humain. Le vin, c'est aussi, c'est d'abord du commerce.

Mais c'est au buveur de décider si veut payer la surcote de l'étiquette. D'aucuns ont besoin de cette béquille du classement pour être sûr de leur goût, ou plus prosaïquement, dans le cas des investisseurs, pour être sûrs de bien revendre leur achat. Je les plains, dans un cas ciomme dans l'autre.

Et je signale aux amateurs que Bordeaux n'a pas le monopole des Crus Classés: la Provence aussi en a. Pas depuis 1855. Depuis 1955. Les vins de Provence n'étaient encore que des VDQS, mais le Ministre de l'Agriculture, dans sa grande sagesse, a jugé utile d'en classer 23. Il n'en reste plus que 18 aujourd'hui.

Vu leur peu de notoriété, personne, apparemment, ne se bouge pour réactualiser ce classement-là. C'est bien la preuve que tout ce qui compte, dans ce genre de palmarès, c'est la valeur commerciale ajoutée.

Voila, c'est dit, et qu'on ne m'en parle plus jusqu'au prochain... classement.

00:09 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, France, Provence | Tags : bordeaux, classements, provence, crus bourgeois | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

30 septembre 2011

69.970 exploitations viticoles en France

C'est officiel, ce sont les chiffres du recensement agricole 2010: la France compte 69.970 exploitations spécialisées en viticulture, totalisant une superficie de 789.000 ha. En 2005, elles étaient 77.660 et en 2000, 92.000. La baisse est donc de 24 % en 10 ans.

Les grandes et moyennes exploitations (celles dont le chiffre d'affaires est supérieur à 25000 euros par an) ont plutôt mieux résisté à l'érosion, puisqu'elles sont passées de 55.000 unités en 2000 à 47.000 en 2010, soit une baisse de 15%.

Deux petits commentaires de mon cru:

1° Moins de 25.000 euros par an, c'est bien peu pour faire vivre une famille. Il y a bien sûr des entreprises qui ne font pas que de la viticulture, mais tout de même, cela pose la question de la viabilité.

2° La surface moyenne de l'exploitation française est de 11 hectares. Ca peut être suffisant pour vivre dans les grands crus de Bourgogne ou de Bordeaux (il faut cependant tenir compte des impôts fonciers), mais c'est notoirement insuffisant pour les régions à faible notoriété.

Deux pistes diamétralement opposées s'offrent à ces petits exploitants défavorisés: d'un côté, la valorisation (le bio, la biodynamie, les efforts qualitatifs qui permettent de sortir du lot et de vendre plus cher); de l'autre, l'abaissement des coûts de revient par l'augmentation des rendements et la mécanisation, notamment.

La première me semble promise a plus d'avenir, compte tenu des charges qui pèsent sur l'entreprise en France, et que ne connaissent pas les pays concurrents. Ces charges pèsent encore plus lourd quand on vend à bas prix.

J'oubliais deux autres "solutions", mais qui ne permettent pas de pérenniser l'exploitation: l'arrachage des vignes et la revente à des structures plus grandes. Ce sont ces deux dernières pistes qui expliquent l'évolution enregistrée par le recensement.