18 mars 2014

Les mots pour le dire - "a very challenging wine"

Que dire à un vigneron quand il vient gentiment vous voir après une dégustation et que son vin est vraiment mal foutu?

On préfèrerait pouvoir se taire, dire qu'on n'a pas d'avis autorisé (ce qui est le cas, d'ailleurs, lorsqu'il s'agit d'une région qu'on découvre). Mais le vigneron est là, tout ouïe, il attend votre verdict, vous ne pouvez pas vous en tirer aussi facilement.

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"Alors, vous le trouvez comment, mon vin?"

Mes collègues Luzia Schrampf (Autriche), Nathan Wesley (Etats-Unis) et Peter McCrombie (Nouvelle-Zélande) et moi nous sommes donc attelés à la tâche ardue qui consiste à trouver "les mots pour le dire".

J'ai d'abord préconisé la franchise: "Je n'ai pas aimé, parce que...". Ou "je me demande s'il n'y a pas un problème de maturité des tannins".

Mais comme j'avais  expérimenté cette méthode à deux reprises dans la même soirée, avec un succès très limité (certains vignerons apprécient surtout la franchise des commentaires... positifs), Luzia a préconisé une autre approche, plus consensuelle, celle qui consiste à dire que "C'est un vin intéressant". C'est bien vu. Classique, mais efficace.

J'ai pensé aussi à quelque chose du genre: "C'est vraiment un cépage à potentiel".

Peter a renchéri avec le genre de phrase dont les Anglo-Saxons ont le secret: "It is beyond words".

En bon New-Yorkais, Nathan a proposé quelque chose d'imagé: "I am blown away".

Autres formulations possibles: "Ca me rappelle un vin valaque à base de Krzbrazché (de préférence, choisir un lieu et un cépage peu connus du producteur).

Ou encore: "This wine is a class of its own"; ce qu'on pourrait traduire très librement par "ça ne ressemble a aucun breuvage connu". Comme quoi, en matière de tartufferie, on peut tout dire et son contraire, pourvu que ça ait l'air flatteur.

Mais c'est Peter, je pense, qui a trouvé la meilleure formule: "This is a very challenging wine". Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd.

J'aime beaucoup ce côté challenge. Le défi de ce métier consiste en effet à donner un avis qui dépasse le J'aime/J'aime pas; mais certains vins ne le permettent pas. Ils sont foncièrement défectueux, sales ou inintéressants au possible. Et dans ce cas, botter en touche est plus qu'une marque de courtoisie pour des producteurs vis-à-vis desquels notre but n'est certainement pas de leur apprendre leur métier; c'est la seule échappatoire possible.

Maintenant, j'attends vos propositions...

00:04 Écrit par Hervé Lalau dans Pour rire | Tags : dégusation, vin, avis, professionnel | Lien permanent | Commentaires (3) | | | |

24 février 2014

Terroir, forcément terroir

Etonnante, la mention qui figure sur les étiquettes du Chardonnay "Naturae" (la gamme sans soufre et sans reproche de Gérard Bertrand).

"Le goût du terroir", promet le vin.

Naturae 2013 - Chardonnay.JPG

Si ma mémoire est bonne, la notion de terroir englobe a minima le sol, le climat, les cépages et les habitudes culturales.

Tout le monde peut donc en revendiquer un, même moi, dans mon jardin, à l'ombre de mon noisetier. Et le goût qui va avec.

Mais quand même, il s'agit d'un IGP Pays d'Oc. Nous n'avons pas plus de précision sur la provenance des jus, or l'aire de cet IGP est particulièrement vaste. Et rappelons que les IGP ne peuvent en théorie se réclamer d'un lien au terroir, seulement d'un territoire. Par ailleurs, le Chardonnay, à ma connaissance, n'est pas un enfant du pays.

Suffit-il de pas ne pas sulfiter pour obtenir "un goût de terroir" en IGP Pays d'Oc, avec un cépage venu d'ailleurs? Souffrez que je pose la question.

 

 

19:24 Écrit par Hervé Lalau dans France, Histoire, Languedoc, Pour rire | Tags : gérard bertrand, chardonnay, languedoc, igp | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |