29 août 2014

Strawberry Fizz Forever

Si mes amis les juristes du Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (France) ont un peu de temps entre deux procédures, je leur conseille de s'intéresser à la lingerie féminine.

Et plus particulièrement à la chaîne Victoria's Secret, qui vend un soin corporel du nom de Strawberries & Champagne.

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Vous me direz que ce n'est pas dans le secteur vin - mais cela n'arrête pas nos justiciers de la bulle crayeuse, qui ont réussi, il y a quelques années, à faire interdire un parfum d'Yves Saint Laurent (Yvresse, aujourd'hui); et qui se préoccupaient il y a peu de l'utilisation de la couleur champagne par Apple.

Vous me direz aussi qu'il s'agit d'une chaîne américaine, et qu'il sera donc difficile de la poursuivre, l'American Champagne ayant toujours une existence légale. Bien que le produit soit présent dans les duty free en Europe. 

On poursuit ce qu'on peut. Ou ce qu'on veut. Ainsi, pourquoi s'attaquer à Champagne (Vaud) et pas à Grande Champagne, Petite Champagne ou Fine Champagne, à Cognac? Peut-être parcelles que les grands groupes de Champagne détiennent aussi de grandes marques de Cognac?

Et qui a dit que la justice était toujours juste?

A défaut de satisfaire ses penchants procéduriers, le CIVC pourra toujours se servir de l'idée de Victoria pour élaborer un nouveau cocktail sexy: Strawberry fizz forever...

 

 

25 août 2014

Victor & Louise ou la légende rurale

Vous connaissez les légendes urbaines. Les Américains n'ont jamais été sur la lune. Elvis est vivant. Le 11 septembre est une machination de la CIA. On nous cache tout, on nous dit rien.

Mais connaissez-vous les légendes rurales?

En voici une belle. Pour le lancement de son mousseux aromatisé Victor & Louise, le propriétaire de la marque, un certain David Talukder, a révélé la légende de sa création, qualifiée (je suis très sérieux), "d'hommage à une histoire d'amour".

Il paraîtrait que dans un petit village de la région liégeoise, au temps jadis (on ne sait plus exactement ni où ni quand), un certain Victor aimait une certaine Louise (le hasard fait bien les choses, c'est le nom de la marque).

N'osant déclarer son amour, Victor aurait cueilli des brassées et des brassées de fleurs dans les Ardennes environnantes, dans l'intention de les offrir à l'élue de son coeur. Et en attendant, il les aurait entreposées dans la cave de ses parents.

Vous me suivez toujours? Les fleurs serait tombées dans un tonneau où il se trouve que le père de Victor élaborait du rosé. Ainsi serait né, comme qui dirait par accident, le mousseux aux fleurs Victor & Louise. Cqfd.

Et comme cette légende rurale finit bien, Victor offrit une bouteille à Louise qui tomba dans ses bras (je n'invente rien, c'est sur le site)

Plusieurs incohérences gênent cependant ma compréhension.

Je ne sache pas qu'on ait produit anciennement beaucoup de vin rosé dans la région de Liège, et surtout en tonneaux ouverts.

Alors si des brassées fleurs sont tombées par le trou de bonde, il ne s'agit plus d'une légende mais d'un miracle.

On se demande aussi dans quel état étaient les fleurs, si Victor les stockait par paniers dans la cave. Parce que des fleurs fanées, ça doit donner un mauvais goût au vin.

On n'explique pas non plus la prise de mousse spontanée - les bonnes fées, sans doute.

M. Taludker n'a pourtant rien d'un allumé. Et ça m'étonnerait qu'il ait le coeur d'une midinette.

Le vin aromatisé est à la mode, et son idée, ce fut de faire macérer des fleurs plutôt que d'ajouter de l'arôme de pamplemousse. A part ça, il veut faire du profit, c'est normal. Alors pourquoi veut-il nous vendre du rêve - et kitsch, en plus?

Si son vin aux fleurs est bon (je n'ai pas goûté), pas besoin de légende obscure ni d'histoire à l'eau de rose. On préférerait connaître primo, le type et la provenance du vin, et deuxio, le type de fleurs utilisé. Le site n'est pas très disert à ce sujet.

Le marketing, d'accord, on ne peut plus vivre sans, à ce qu'on dit. Mais il ne faut quand même pas prendre les consommateurs pour des hobbits.

Tiens, dans les Ardennes belges et allemandes, depuis bien longtemps, on fabrique le Maitrank, un vin aromatisé à l'aspérule odorante. A l'origine, l'idée était de faire passer l'acidité des vins de base. C'est sans doute moins poétique, mais ça, au moins, c'est crédible...

00:21 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |