04 septembre 2010

La fin du Champagne?

C'est Decanter qui l'annonce (on est jamais mieux servi que par soi-même): lors des Decanter World Wine Awards, un effervescent du Sussex, Ridgeview Grosvenor, a battu cinq Champagnes de marque (y compris Thienot, Taittinger et Heidsieck Monopole), dans la catégorie des plus de 10 livres. Peut-être pas les meilleurs, mais nos amis d'Outre-Manche se seraient certainement contentés de pouvoir battre le dernier des Champagnes de distributeur...

600 ans que la Guerre de Cent Ans est finie, mais ils rêvent toujours de nous réduire en jelly. Ils n'aiment pas nos manières, ils n'aiment pas notre style, ils ne nous aiment pas, ni en large ni en travers;  et leur presse nous allume à chaque fois qu'elle peut.

Même en matière de vin: leurs plumitifs détestent nos AOC, et nos fameux terroirs - le mot leur écorche la bouche. Et s'il n'y avait que ça. Avec leurs Masters of Wines, ils avaient déjà réussi à nous faire croire qu'on ne savait pas boire. Maintenant, avec leurs néo-vignerons, ils s'efforcent de nous convaincre qu'on ne sait pas produire. Rien ne nous sera épargné. Bizarre après ça que ces fiers rosbifs viennent si nombreux passer des vacances chez nous - ou bien c'est le climat, ou bien c'est du masochisme.

Ce qui est drôle, en contrepartie, c'est de voir à quel point ils nous indiffèrent. Qui se donnerait la peine, dans un journal français, de se payer leur tête?

Quoi qu'il en soit, cette grande victoire anglaise prouve dans le verre ce que le premier géologue venu vous dirait:  les sols champenois se prolongent de l'autre côté du Channel. Ajoutez-y le réchauffement climatique, un bon vinificateur, et il n'y a plus de raison qu'on arrive pas à faire du bon là-bas.

Champenois, l'heure est grave. C'est Trafalgar. Si Albion se met sur votre route, quel espoir vous reste-t-il? Arrêtez tout, Messieurs, vous avez fait votre temps! Reconvertissez-vous dans la betterave. Sucrière, de préférence. Vous pourrez toujours vendre de la liqueur d'expédition outre-Manche...

La France a d'autres gloires à faire valoir, heureusement - ses whiskies bretons ou ses vodkas charentaises, par exemple. La mondialisation a du bon.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Champagne, Grande-Bretagne, Pour rire | Tags : france, champagne, angleterre, humour | Lien permanent | Commentaires (23) | | | |

02 septembre 2010

C'est la saison des guides de vin!

Il y en a qui croient encore que septembre est le mois des vendanges. "Vendémiaire", qu'ils disaient, les Révolutionnaires.

C'est bien sûr une grossière erreur de perspective. Car avant d'être le mois des vendanges, ou de la rentrée des classes, ou de quoi que ce soit d'autre, septembre est le mois de la sortie des guides de vin. Guidémiaire, si vous préférez. J'en veux pour preuve que les Foires aux Vins sont aussi calées sur cette sortie - comment M. Toutlemonde pourrait-il vendanger dans les rayons des supermarchés sans avoir le Hachette ou le BD à la main?

Je n'irai pas jusqu'à dire que les vignerons récoltent aussi en fonction de ce calendrier éditorial, car on m'apprend qu'il y a par-ci par-là quelques aléas climatiques et de vinification qui peuvent intervenir. Mais ne nous trompons pas de priorité: le vin, aujourd'hui, n'est plus fait pour boire, il est fait pour com-mu-ni-quer.

J'attends d'ailleurs avec impatience les com-mu-ni-qués de victoire des grandes régions de production pour me prononcer sur la qualité du millésime 2010 - j'ai juste un petit problème à classer les millésimes du siècle entre eux, ces dernières années.

Gribouille.jpgGribouille Tuléar de la Romanée, chien-pas-guide

Mais revenons à l'essentiel, c'est à dire aux guides.

Un jour, dans un moment de doux délire, je me suis demandé si je n'écrirais pas un guide. Juste des coups de coeur, des découvertes, des trucs qu'on aime à partager, vous voyez le genre. Mais au-delà de l'aspect financier de la chose (car mes amis écrivains me disent tous que "le livre, ça eut payé"), j'ai vite renoncé.

Question de santé: Bettane et Desseauve dégustent 50.000 vins! A raison de 365 jours par an (allez, 366, les grandes années), cela fait 139 bouteilles par jour (et je ne compte pas les bouchonnées). Et en admettant que j'en retienne une sur 5 (c'est la moyenne des vins intéressants dans la plupart des dégustations auxquelles je participe), cela voudrait dire 25 commentaires de vins par jour. Pour ça, il me faudrait un vocabulaire beaucoup plus vaste que je n'en possède, même avec un bon dictionnaire des synonymes. Et abandonner toute vie hors du vin. Même plus le temps de boire un vrai coup. Même plus le temps de promener Gribouille - c'est mon chien. Et je respecte trop les animaux pour ça (ainsi que mes revêtements de sol).

Bon, je persifle, bien sûr; car le Guide Hachette, le B&D et consorts sont des oeuvres collectives. Ce qui diminue les risques de répétition, sans parler des risques d'ennui, de surmenage, d'erreur sur les vins, et presque aussi grave, d'alcoolisation. Voila une maladie professionnelle plus rare chez nous que chez les cafetiers (boire son fond, c'est tentant), ou même chez les commerciaux stressés par le chiffre à atteindre (je ne parle pas du chiffre de bouteilles à descendre); mais tout de même, on vit une époque formidable: celle du principe de précaution. Alors répartir la charge de travail sur le collectif, c'est plus sûr.

Oui, mais qui dit collectif dit compromis, jeux de pouvoir, etc. Mais je suis rédac chef adjoint d'un magazine de vin, secrétaire général d'une association de journalistes de vin, je suis marié, et j'ai trois enfants. Alors les compromis et les jeux de pouvoir, merci, je suis servi.

Bref, vous pouvez être rassurés, je n'ajouterai pas ma production à la vendange des guides 2010.

 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Gastronomie, Pour rire | Tags : guides de vins, chiens, vin, vignoble, humour | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |