13 août 2011

A Bordeaux et à découvert

Mardi dernier, mon confrère Jim Budd publiait sur les 5 du Vin le n-ième épisode de la saga 1855 - un feuilleton qui risque bien d'être aussi long que Plus Belle la Vie, les affaires de coeur en moins.

Jim souligne que l'histoire pourrait très bien s'arrêter plus vite qu'on ne le croit et évoque trois scénarios.

Le premier est quasi impensable: 1855 rentrerait dans le droit chemin et livrerait tous les lots en souffrance. Le troisième est encore improbable à ce stade: la Répression des Fraudes obligerait 1855 à honorer ses contrats ou à mettre fin à ses activités. Si c'était le cas, elle aurait pu le faire depuis longtemps. Une simple comparaison entre les dates d'achat et de vente des lots suffirait à éclairer la lanterne des Pouvoirs Publics.

Mais c'est le deuxième scénario qui a attiré mon attention. Jim s'étonne que l'Union des Grands Crus n'émette pas une mise en garde officielle auprès de ses membres: après tout, même si ce n'est pas de leur faute, les châteaux sont les otages de la situation. La frustration des clients non livrés atteint l'image des grands Bordeaux. Ou bien je me trompe et ils n'en ont rien à cirer?

Paix à son âme, mais une grande figure de Saint Emilion aujourd'hui disparue me disait un jour que les propriétaires n'avaient rien à voir avec la commercialisation. Nous parlions à l'époque de la vente à vil prix de grands châteaux dans la GD, de ce fameux marché parallèle qui n'existe que dans mon imagination malade et dans une autre dimension à peine évoquée par Albert Einstein. Mais il y aurait donc pire: la vente de lots qui n'existent pas, ou pas encore. On est là dans la physique quantique.

Alors, plus sérieusement, qu'attend l'Union pour émettre une telle mise en garde? Ouh la la, pas si vite! Jim nous dit que d'aucuns, à Bordeaux, craignent qu'elle entraîne la faillite de 1885. Et donc, une action de 1855 en retour, à l'encontre de l'Union des Grands Crus!

On croit rêver. Il faudrait donc ne rien faire pour préserver... mais pour préserver quoi, au juste? La paix dans le monde? Le statu quo entre dupés et dupeur?

Et il y a-t-il vraiment besoin d'une mise en garde officielle? Les fournisseurs de 1855 ne sont-ils pas suffisamment prévenus par les multiples plaintes de clients? Pourquoi livrent-ils? Ou bien ne livrent-ils déjà plus?

Où 1855 achète-t-il vraiment les vins qu'il propose à son tarif (quand il en achète)?

Aux producteurs? Ceux-ci ont certainement entendu parler des litiges en cours. Au négoce de Bordeaux? Idem, car  dans ce microcosme, tout le monde se connaît. A moins bien sûr que 1855 se fournisse auprès de revendeurs internationaux? Ce qui expliquerait les délais de livraison. Ou achèterait-il à la grande distribution (on murmure que les foires aux vins n'écoulent pas toujours tous les lots mis en vente)? Ou bien encore, au cul du camion?

J'ai lu un jour quelque part que le système de la Place de Bordeaux était la garantie d'un contrôle optimal de la commercialisation. J'ai du mal lire.

La vente en primeurs était la grande spécialité de la Place. Souhaitons que ce ne devienne pas la vente... à découvert.

Encore un mot: tout ceci ne préjuge évidemment pas de la culpabilité de 1855. Après tout, ces gens ont leur conscience pour eux, je ne suis pas juge, juste commentateur, et comme je n'achète jamais de grands bordeaux en primeur, mon avis en la matière est tout à fait désintéressé...

 

 

 

00:19 Écrit par Hervé Lalau dans Bordeaux, Pour rire | Tags : bordeaux primeurs, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

04 août 2011

Boire trendy à la plage

Les magazines féminins rivalisent de conseils pour que les femmes soient mode à la plage cet été, "comme de vraies VIP". Le plus souvent, c'est d'un mauvais goût aussi intégral que le pain du même nom; parfois carrément trash, parfois nunuche, rarement joli.

Déjà, l'idée de "jouer les VIP" à la plage, excusez-moi, mais ça me fait rire.

Si pour la presse féminine, le plan "vacances", du Camping des Flots Bleus à l'Hôtel de la Plage en passant par l'Abri Cotier, c'est singer Angelina, Scarlett, Nicolas, Carla, Silvio, Martine ou Ségolène, alors moi je pars sur Mars.

D'ailleurs, je suis déjà parti. Bon, pas tout à fait sur Mars, mais au Nord de la Gascogne, un coin du monde où on compte à peu près 10.000 oies blanches (et grises) pour une starlette au kilomètre carré. Et côté VIP, le Nord de la Gascogne, à part David Cobbold et moi... Y a bien Cabrel, à Astaffort, mais c'est dans le 47, pas vraiment chez nous.. Bref, on ne sent pas la pression.

Mais reprenons le cours de cette digression pour lui donner un tour plus... utile. A lire les titres de ces magazines en vitrine des librairies, je me suis demandé si on ne pouvait pas appliquer cette recherche du Super Tendance... au vin.

Et si je créais pour vous le IT Fashion Wine List, le palmarès des vin trop coooool, le must-have du picrate, "juste for le summer 2011"? Chiche!

Bien sûr, je commencerai par un rosé très pâle, un blanc à peine taché, AOC Potes de Province, par exemple. Bon, si c'est encore trop foncé pour vous, coupez d'un peu d'Eau Ecarlate, mais c'est à manier avec précaution. Ce genre de rosé de coupage, on regarde, mais on ne boit pas. Si c'est pour boire, par contre, demandez la recette de son assemblage 95/5 à David.

Amis de Closer et de Gala, je continue avec un Pet-Nat avec une étiquette marrante. Et un vigneron trendy, joliment terroité. Genre: la révélation de l'an prochain. Vous choississez vous-même dans la Repue des Nains de France ou dans le Guide Machette (les AOC parlent aux AOC). Ils ont les noms. De quoi faire flasher Corinne et Jean-Bertrand, vos voisins du lotissement Férinel. Férinel, vous savez, la boîte du papa de Bernard Arnault. D'immoche à Yquem, toute une vie sous le signe de la réussite.

Ensuite, je préconise un blanc sensiblement ambré. Le jeu est alors de deviner si l'oxydation est volontaire ou pas. Ca peut vous prendre un moment avec vos amis bobos, si vous avez des amis bobos. Ca pourrait même remplacer la belote ou le trivial poursuit cet été entre deux verres de pastaga.

Pour continuer dans la bonne humeur mais dans un certain raffinement, tout de même, je vous propose un Champagne extra brut de grand vigneron, type Sélosse, mais servi avec une bonne rasade de la grenadine de chez Lidl. Mélanger le Sélosse avec du sirop de glucose allemand, éventuellement issu de maïs transgénique américain, va savoir, faut doser, je veux dire, faut oser. En plus, le côté "hard discount chic", c'est hyper-branché.

Et pour le rouge? Là, un simple Grand Cru Classé fera l'affaire, si possible un petit millésime pour montrer qu'on ne vous la fait pas, mais surtout, servi frappé, c'est très important pour faire bien sortir les tannins et les acidités. Ne vous en faites pas pour le nez, dans un grand cru, le nez, c'est "out".

D'accord, vous me direz, c'est peut-être super trendy, tout ça, mais ça n'est pas du tout votre goût.

Alors là, je vous arrête tout de suite: même pas grave! Le ou la VIP, même d'occasion, même de pacotille, même relooké(e) façon Cosmo, ne boit pas pour le goût. Il ou elle boit pour être bu buvant et lancer les modes.

Maintenant, amis fashionistas, à vous de jouer! Mais de grâce, laissez moi la Gascogne!

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Pour rire | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |