06 février 2014

Ecologique, le bouchon de liège?

Dans le débat qui agite (mollement) le microcosme du bouchon en France, on trouve parfois des gens parfaitement honnêtes et sincères pour relayer la communication des "liégeux". Communication selon laquelle "le chêne-liège est plus écologique, car la forêt est un biotope préservé".

C'est le WWF qui le dit...

Sans doute ne parle-t-on pas de la même forêt. Il y a un monde de différence entre les vieilles forêts extensives de Tunisie, des Pouilles, de Corse, de Grèce ou de Turquie et l'industrie du chêne-liège développée au Sud du Portugal (qui produit aujourd'hui l'essentiel des bouchons de liège).

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Voyez ce qu'en dit le rapport du WWF intitulé "L'Univers du Liège, une richesse pour la nature et les hommes" (2012, P 11):
"L'intensification et la mécanisation des opérations sylvicoles et agricoles a diminué la diversité du sous bois. Souvent, la plantation d'espèces exotiques a remplacé la forêt de chêne-lièges traditionnelle, alors qu'ailleurs, les zones d'arbustes si riches ont été transformées en plantations de chêne-lièges. Ces plantations ont une biodiversité très pauvre. Ces conversions, intensifications, et changements d'utilisation des terres, souvent financés par des subventions agricoles et forestières, ont contribué à l'amplification de l'impact des incendies sur ces paysages et leur vulnérabilité aux maladies et parasites. On estime à près de trois quarts des montados et forêts chêne-liège au Portugal affectés par des problèmes pathologiques".

Et comment lutte-t-on contre ces pathologies? Uniquement avec des produits bios?

Et où vont les animaux qui vivaient jusque là sous les "autres arbustes" arrachés?

Evidemment, vous ne trouverez pas cela dans la communication de votre fournisseur de bouchons de liège, ni sur "Planète liège"... C'est à nous de nous faire notre propre opinion!

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Bouchés, les Français?

A propos de débat: j'observe que si les choses bougent très lentement en France, dans d'autres pays, le débat est déjà dépassé: la Nouvelle-Zélande, l'Australie ou plus près de nous, la Suisse sont passées sans regret à la capsule à vis. Ces gens sont-ils plus bêtes que nous? Ou bien, comme ceux de nos producteurs qui exportent vers ces pays, ont-ils simplement été convaincus par des avantages objectifs?

Combien de temps encore le mot de tradition justifiera-t-il l'immobilisme? Qui voudrait en 2014 avoir à démarrer sa voiture à la manivelle? Laver au lavoir? S'éclairer à la bougie?

Et qui accepterait un taux de malfaçon (le goût de bouchon) de l'ordre de 2% dans d'autres produits de consommation courante? Un mauvais goût dans 2% des jambons en vente sur le marché? Un téléphone portable qui se coupe dans 2% des communications?

Pour finir, je ferai observer que les Français ont très bien accepté la capsule à vis pour le Pineau des Charentes, le Floc de Gascogne, le Muscat de Rivesaltes, le Porto... et même, plus récemment, pour les boissons aromatisées à base de vin type Very Pamp (pub gratuite, je ne suis pas consommateur). Qui a dit qu'ils ne pourraient jamais sauter le pas pour le vin?

Vu les avantages (débouchage et rebouchage facile, notamment), et vu que certains vignerons eux-mêmes trouvent que le procédé est bénéfique pour la qualité du produit, il y a pourtant matière pour les producteurs comme pour les distributeurs à argumenter, à expliquer l'enjeu.

Je ne vois pas pourquoi ce qui s'est fait pour les lingettes nettoyantes, les dosettes de lessive liquide, les langes jetables, et toutes sortes d'innovations du conditionnement des produits de grande consommation, ne pourrait se faire dans le domaine du vin.

Comme "utilisateur", comme dégustateur de vins du monde entier, sans oeillères, sans tabous, je ne comprends pas pourquoi la France devrait s'interdire à jamais de se doter d'un procédé moderne, au risque de se ringardiser, de se scléroser, de nuire à la qualité de sa production. J'ai eu l'occasion de réaliser plusieurs dégustations comparatives (ICI et ICI). Le liège n'a jamais démontré sa supériorité. Et ne me parlez plus jamais de "surcroit d'émotion"...

 

28 janvier 2014

Service après vente

Les articles de presse, ou les commentaires de vin sur les blogs font-ils vendre du vin?

Comme dit très bien l'ami Luc, "ça dépend du vin". Ca dépend aussi du media. De l'adéquation entre les deux.

Je serais surpris si un commentaire de vin dans l'Humanité pouvait faire vendre beaucoup de Mouton-Rothschild. Mais qui sait?

Moi, en tout cas, j'ai très rarement l'aspect commercial à l'esprit quand je commente un vin.
C'est paradoxal, puisque sans vente, plus de vin. Mais j'essaie de faire abstraction de tout ce qui n'est pas le vin.

Tout au plus me permettrai-je, une fois le vin dégusté, de m'enquérir de son prix et le cas échéant, d'insister sur son bon rapport qualité-prix. Je m'efforce en tout cas jamais de ne faire faire varier mon commentaire en fonction de la notoriété du vin, de sa disponibilité, ou même du volume produit.

Ce qui vous vaut le plaisir (?) de lire mes notes sur des trucs parfois difficiles à trouver, genre fino chypriote, rosé et muscat tunisiens ou traminer slovène. Mais aussi, à l'occasion, des bulles de Loire ou d'Alsace produites en très grosses séries et vendues pour de très modiques sommes. Aucune coquetterie là-dedans. Juste le plaisir d'avoir découvert quelque chose et de le faire partager.
A l'inverse, je suis plutôt moins intéressé par les produits possédant déjà un grand statut. Parce que j'ai l'impression que je n'ai rien à apprendre à quiconque, que le service après-vente est déjà fait, et bien fait.

Aucun mépris de ma part. Ces vins-là peuvent être très bons.

Il y a quelques années, pour IVV, j'avais lancé la rubrique Icones, ce qui m'a permis de passer en revue quelques "incontournables" - et même, de les déguster (car bien souvent, même chez les pros, on en parle plus qu'on en boit).

Le premier, je crois, c'était Haut-Brion. Si ma mémoire de bichon est bonne, il y a eu aussi Château Margaux, Beaucastel, Quinta de Noval. Et puis Constantia. Grange, Tignanello, Egon Müller (grâce à Luc, d'ailleurs). Mon copain Gérard Devos a commenté Le Clos Sainte Hune, aussi. Marc, Vega Sicilia, je crois. J'ai bu de belles choses. C'était sympa. Surtout pour le côté historique: comment devient-on une icone? Pourquoi celui-là et pas un autre? Est-ce que c'est toujours du vin? Combien ça coûte? Est-ce que ça se garde? J'avais encore quelques idées (notamment pour la Bourgogne et puis l'Italie); mais ça ronronnait un peu; on a mis la rubrique en sommeil.

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 La narine frémissante, le bichon vous salue bien. Ou plutôt, le coton. Gribouille.

Et puis, je n'ai qu'une vie, mes journées sont déjà longues, je dois faire des choix.

"A quoi sert une chronique si elle est convenue,

Me disaient des Chiliens, les mains pleines d'invendus" (merci à Roda Gil).

Ma "mission", c'est moins Haut-Brion que le plaisir de la découverte partagée.

Alors je crois que je vais continuer à déguster à l'aveugle et à faire semblant que le prix et le statut n'ont pas d'importance. A ne pas déguster beaucoup d'icônes parce qu'on les voit rarement dans les dégustations organisées par leurs appellations; et qu'à 51 ans, non seulement je n'ai toujours pas de Rolex, mais je ne reçois toujours pas de Romanée Conti à déguster pour mes étrennes.

J'ai un Coton de Tuléar, par contre (pas un bichon, non), auquel je songe sérieusement à confier mes rares dégustations de très grands vins. Je pense qu'il est plus qualifié que moi pour dire si le surcroît de complexité d'un premier grand cru classé A vaut l'écart de prix avec un classé B, ou un pas classé du tout. Saviez-vous que mon Gribouille (7 kilos tout mouillé) a 40 fois plus de neurones consacrées à l'olfaction que vous et moi?

Quitte à gâcher mon beau talent, je crois que je vais me garder les vins trop abordables, méconnus, limite insignifiants.

Et vous savez quoi: le pire, c'est que ça me plaît! Sans doute mon côté "poète maudit".