15 octobre 2007

Crus artisans… du Portugal

Voici peu, l’Ambassade du Portugal servait d’écrin à un dîner de prestige présentant à la presse sept domaines viticoles lusitaniens ayant comme dénominateur commun primo, la qualité, et secundo, leur caractère familial.
Si trois d’entre eux étaient de vieilles connaissances (Luis Pato, Quinta dos Roques, Quinta do Côtto), les autres sont tout sauf des faire-valoir.

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Trois blancs

La série des blancs nous fut présentée comme suit (avec un soufflé de morue fraîche).

En un, Quinta de Sanjoanne 2004. Un vinho verde assez atypique produit par la Casa de Cello. Pas de perlant, un degré d’alcool assez élevé pour la région, peu d’acidité, quelques arômes floraux, c’est un blanc sans défaut, mais pas mon idée du vinho verde.
A savoir qu’il ne présente  ni la légèreté du petit vin très frais (type Gazela), ni la précision aromatique des crus d’alvarinho.
Mais il semble que ce soit là une tendance délibérée: Quinta Ameal s’oriente aussi vers des vins plus costauds, à base de Loureiro.

En deux, Quinta da Covela 2003. Un domaine de l’Entre-Minho e-Douro, en reconversion bio, qui nous propose ici un assemblage d’avesso et de chardonnay, assez fort en alcool. Notes minérales, pas énormément de présence au nez mais bouche ample…

En trois, Luis Pato Vinha Formal 2004 (Bairrada). Un vin issu du cépage Bical, assez marqué par le bois au premier abord, mais qui s’exprime mieux au bout de quelques minutes. Apparaissent alors des notes plus fines (tilleul, citronnelle), qui s’habillent en bouche de pain grillé et de compote de pommes ; bonne structure acide, un vin ambitieux, équilibré, le genre de vin d’auteur digne de Luis Pato.
A noter que Filipa, la fille de Luis, apporte également sa patte (de canard) aux vinifications.

Trois rouges

Du côté des rouges, c’est la Quinta dos Roques (Dao) qui ouvrait le bal, affrontant sans complexe un plat de riz au canard.
Un Dao vinifié en monacépage (touriga nacional), au nez de violette, à la bouche croquante de fruit ; aucune exagération dans l’extraction, de l’acidité pour la charpente, mais pas d’amertume, un vin élégant, racé, avec un soupçon de rusticité bien séduisante; un sans faute.
Luis Lourenço, le propriétaire (qui se trouvait être mon voisin de table) évoquait « une vinificatioin minimaliste ».  En résumé, il préfère laisser faire la nature. Une nature généreuse, dans ce cas précis.

Puis vint la Quinta da Gaivosa 2000 (Alves de Sousa). Un Douro très fruité au nez (notes de porto, mais sans le côté surmuri), avec un petit côté en avant bouche, puis retour sur les fruits rouges, des tannins bien fondus, un vin étonnamment jeune pour un 2000.
Un habitué des récompenses (en 1999 déjà, Domingos Alves de Sousa a reçu le titre envié de Producteur en l’Année de la Revista de Vinhos), et au vu de ce vin, on comprend pourquoi.

Dernier des trois rouges, et pas le moindre, le Quinta do Côtto Grande Escolha 2001. Sélection de vieilles vignes de touriga nacional et de tinta rouriz, 18 mois (minimum) de chêne portugais. A l’arrivée, un vin plutôt austère, en phase fermée, aux tannins serrés, mais au grand potentiel de garde. « On s’était dit rendez-vous dans dix ans, même jour, même heure… ».

Un porto atypique

Enfin sur le Queijo da Serra (fromage au lait cru de brebis), fut servit un porto  assez atypique : l Vintage M. Champalimaud 2001. Comme le souligne Vasco Cunha Coutinho (Directeur), l’idée qui a présidé à l’élaboration de ce produit est plus proche du vin que de la liqueur ; ce porto paraît à la fois plus sec et moins alcooleux qu’un vintage classique. Il est d’ailleurs embouteillé dans une bouteille bordelaise.
Les raisins utilisés sont les mêmes que ceux du Quinta de Côtto, seule la vinification (notamment le mutage) diffère. Cet exercice de style est plutôt réussi : on a affaire à un vin très franc, aux notes de fruit mûr, riche, mais pas doucereux pour un sou.

     
Les domaines familiaux s’organisent

Six domaines familiaux du Portugal, implantés dans les principales régions viticoles du nord du pays, ont formé l’association des Viticulteurs indépendants (IWA, Independent Winegrowers Association). Il s’agit de Quinta de Ameal, de Casa de Cello et de Quinta de Covela (Vinho Verde/Minho), de Quinta do Roques (Dao), d’Alves de Sousa (Douro) et  de Luis Pato (Bairrada). Leur credo commun: il faut respecter la diversité des styles, notamment en s’appuyant sur les terroirs et les cépages indigènes. Le tout dans des exploitations à taille humaine.
Du côté de Montez-Champalimaud, si l’on ne peut parler à proprement dit d’association, notons que la maison (qui exploite non seulement Quinta do Côtto, dans le Douro, mais aussi Paço de Teixeiro, dans le Minho), se présente comme «Os Artesaos do Vinho» (les artisans du vin).      

   (c)  Hervé LALAU

 

11:02 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |