17 mai 2013

Quinta do Noval Nacional 2011

Chez Quinta do Noval, la cuvée Nacional est une vraie rareté. "Un phénomène mystérieux; un vin magique produit en quantités extrêmement limitées et seulement les grandes années", comme le dit Christian Seely, le patron. Aussi, on n'en millésime pas souvent.

La preuve: la dernière fois, c'était en 2003. Mais la maison de Porto vient de faire savoir ce serait le cas du 2011 - un excellent millésime déjà déclaré par la plupart des grands producteurs.

Toujours pour Seely, "Ce sont les raisins (de vignes franc de pied) et leur origine (2 ha de vignes) qui font la grandeur du Nacional, pas spécialement ce que nous en faisons. Il présente une intensité rare, et même après de nombreuses années de vieillissement, il conserve une étonnante jeunesse".

C'est sans doute ce qui explique que plusieurs auteurs et critiques aient qualifié cette cuvée de "meilleur vin du monde". Même si je suis opposé à l'idée même d'un tel classement (comment peut-on comparer des pommes et des poires, un grand Chablis et un grand Porto, un grand Châteauneuf et un grand Rioja?), c'est quand même la marque d'un statut à part.

Evidement, ceci a un prix... Environ 550 euros pour le 2003, 700 pour le 2001, 1200 pour le 2000...

Avis aux amateurs...

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00:22 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Lien permanent | Commentaires (8) | | | |

12 février 2013

Irriguer ou pas

L'irrigation, naguère impossible en France (sauf sur les toutes jeunes vignes), est à présent permise sauf là où les AOC/AOP l'interdisent. Est-ce un mal? Est-ce un bien?

Je n'ai pas un avis très tranché sur la question.

On peut évidemment se demander pourquoi les Français s'interdiraient plus longtemps une technique couramment employée ailleurs - sauf à invoquer la fameuse exception française.

Quoique... Et si c'était une question de modèle économique?

N'est-il pas étonnant de vouloir continuer à limiter les plantations au motif qu'on veut lutter contre la standardisation des vins, et de militer pour l'irrigation, qui gomme les différences climatiques, et contribue donc à cette standardisation?

Par ailleurs, j'aimerais vous raconter une petite histoire portugaise.

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Dans une région aussi sèche que l'Alentejo, l'irrigation est devenue incontournable au titre... de la rentabilité (photo H. Lalau)

Le développement de la viticulture en Alentejo, région très sèche au sud du Portugal, sur des zones qui ne produisaient jusqu'alors que du blé, s'est fait uniquement grâce à l'irrigation. Jusqu'alors, seules de petites zones propices produisaient du vin (Portalegre, Moura, Cartuxa...); aujourd'hui, grâce à l'eau, la vigne s'est disséminée dans toute la région, de Beja à Evora, et même en Algarve - simplement parce que c'est la seule forme de viticulture rentable. On peut produire du raisin sans eau dans la région. Mais peu, et pas forcément tous les ans. L'irrigation, elle, permet de garantir un rendement correct et régulier d'année en année; et toujours supérieur, en tout cas à ceux enregistrés par les petits domaines qui, jusque là, vivaient sans, une année bien, une année mal, et pratiquaient généralement la polyculture - le blé, le bétail ou le chêne liège pouvant compenser les difficultés passagères de la vigne.

De toute façon, rares étaient les domaines alentejanos qui concevaient le vin comme un article d'exportation massive avant les années 1980. En vendre à Lisbonne était déjà un bel exploit.

Aujourd'hui, la donne a changé. L'Alentejo est devenu la première région de vin au Portugal, si l'on excepte le vignoble du Porto. Une marque comme Porta da Ravessa (Coopérative de Redondo) est plus vendue au Portugal que Mateus ou Lancer's. Parallèlement, une foule de caves particulières se sont installées dans la région, qui proposent chaque année de nouvelles cuvées: Herdade dos Grous, Maladinha Nova, Cortes de Cima, etc...

Tous ces nouveaux vins ne sont pas inintéressants, tous ne sont pas indispensables non plus. On ne peut pas non plus parler - au moins pour bon nombre d'entre eux - de viticulture  de terroir - l'irrigation modifie dramatiquement les conditions naturelles, et donc le terroir, au sens propre; au point qu'elle leur permet d'acclimater des cépages du Nord du Portugal, comme la Touriga Nacional. Il y a donc deux Alentejos, un avant et un après l'irrigation.

Cette irrigation a été payée par l'Europe, un quelconque fond de développement rural. Nous, en définitive. Nous avons donc payé de nos deniers publics pour développer une viticulture à un endroit où il n'y en avait pas, pour favoriser la concurrence à des vignerons existants. Alors que l'Europe distille déjà pas mal de vins invendus. Et bien sûr, se pose le problème de l'alimentation en eau dans une région sèche.

Face à tout ça, je ne peux m'empêcher de penser que quand l'Etat (national ou européen) intervient dans une activité commerciale privée, il fait parfois de gros dégâts. J'aimerais avoir le sentiment de Jacques Berthomeau là dessus.

Par ailleurs, l'avis d'oenologues m'aiderait à pousser plus avant la réflexion. Je me rappele avoir visionné il y a quelques années un film suisse, "L'homme qui changeait l'eau en vin", consacré à un millionnaire suisse ayant décidé d'acclimater la vigne dans le désert argentin. Les vins qui sortent de ce genre de wineries en valent-ils la peine?

00:28 Écrit par Hervé Lalau dans France, Portugal | Tags : irrigation, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |