18 octobre 2013

Quinta do Pessegueiro, mon "pêcher mignon"

J'ai beau avoir la chance de visiter pas mal de régions viticoles et pas mal de domaines joliment situés, le Douro reste un cas à part. Il y a ici comme un défi lancé à l'homme, au vigneron: des pentes incroyables, un soleil redoutable, les terrasses, les méandres de la rivière, et puis tout ce minéral...

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Le fleuve d'or

A chaque fois que j'y vais, je suis estomaqué. Par la nature qui nous domine, et par la force de caractère de ceux qui s'attaquent à cette forteresse; minuscules mais minutieuses fourmis qui ont la prétention d'en tirer une subsistance, un vin. Naguère, c'était seulement le Porto; aujourd'hui, c'est le Porto et le Douro.

Cette fois-ci, je visite Quinta do Pessegueiro (le domaine du Pêcher), dans le Cima Corgo. Pour ceux qui connaissent, nous sommes entre Pinhão et Tua, mais de l'autre côté du fleuve, sur la rive Sud. Avec comme voisins quelques noms prestigieux comme Quinta do Noval, Quinta do Ventezelo, Quinta Nova... 

Roger Zannier, le propriétaire, a fait fortune dans les vêtements pour enfants (Z, Catimini, etc...). En visitant des fournisseurs portugais, il est tombé amoureux du Douro. Il y a trente ans, il a acheté ce domaine - à l'époque, ça n'intéressait pas autant de monde qu'aujourd'hui. Pendant les 25 premières années, accaparé par ses affaires, il en a confié l'exploitation à la Quinta do Noval. Et puis, il y a quelques années, il s'y est vraiment investi personnellement; constituant une nouvelle équipe autour de Marc Monrose (directeur général) et de João Nicolau de Almeida (oenologue) digne rejeton d'une grande famille du Porto. photo copie 6.JPG

João Nicolau de Almeida nous sert son Porto "à la pipa"

Ma sélection

Quinta do Pessegueiro 2008

Notes balsamiques et humus au nez; en bouche, du cacao, des notes de torréfaction; puissant, très long; bon, si on veut être très exigeant, on dira qu'il est peut-être un peu serré dans sa coque de bois. 15/20

Aluzé 2011

Fruit rouge, encre, épices au nez. En bouche, beaucoup de densité, mais aussi beaucoup de fraîcheur. Mine de crayon, bois bien fondu. Il y a des domaines qui aimeraient bien avoir cette "entrée de gamme" comme "grand vin"... 15/20

Quinta do Pessegueiro 2011

Beaucoup de fruit noir, légèrement compoté; et de jolies notes d'épice (romarin, sauge, thym, un vrai bouquet garni); en bouche, une belle structure, mais aussi beaucoup de finesse; quelques notes mentholées donnent à la finale fraîcheur et profondeur. Je pense à un pur sang dompté, certes, mais qui n'aurait rien perdu de sa fougue. Chapeau à João: c'est un sans faute.  Gros potentiel de garde, mais déjà très plaisant aujourd'hui. Saurons-nous résister à la tentation? 18/20

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Mon "pêcher mignon"

Pessegueiro prépare également une cuvée vieilles vignes (dont le nom est encore à déterminer). 

J'ai pu déguster le premier millésime (2011). Cette bouteille est diaboliquement séduisante - toujours empreinte de finesse, comme tous les vins ici; à nouveau légèrement mentholée, mais avec en plus un velouté assez incroyable - le bois est très bien fondu, c'est très "grand cru", mais avec en plus un fruit croquant et légèrement acidulé qui n'appartient qu'au Douro (et à tous ceux qui me prouveront le contraire...) 18/20.

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L'automne arrive dans le Douro

Un petit aparté en marge de la dégustation: oui, de gros moyens ont été investis ici. D'aucuns pourraient dire: avec beaucoup d'argent, c'est facile. Mais il faut voir ce qui en a été fait. La vieille quinta adossée à la colline a été complètement restaurée, et avec goût; la nouvelle cave, qui utilise la gravité, respecte le raisin comme jamais. Les vieilles vignes sont choyées; d'anciennes terrasses envahies de friches ont été replantées. Un peu de l'investissement nous est rendu, et dans le patrimoine, et dans le vin. Alors merci, M. Zannier!

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Tags : douro, pessegueiro, zannier | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

15 octobre 2013

Quinta de Lemos: c'est l'histoire d'une famille portugaise...

Suite de mon petit périple portugais avec la Quinta de Lemos, à Silgueiros.

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Quinta de Lemos: derrière le granit, la vigne...

Ce domaine, c'est l'histoire d'une famille du Dão - les Lemos, partie chercher fortune dans le textile en Belgique, et qui, l'ayant trouvé, est revenue à ses racines portugaises et à replanter de la vigne là où vivaient les grands parents. Un peu moins de trente hectares, quatre cépages rouges et un blanc, trois cuvées d'assemblage et quatre cuvées monovariétales, voici pour les chiffres.

Côté coeur, le souhait de travailler en famille, et des valeurs de partage. Bien sûr qu'il y a fallu de l'argent pour monter le projet, la cave et le vignoble, sans compter le restaurant en haut de la colline, adossé aux rochers de granit. Mais au moins peut-on se dire que c'est pour la bonne cause: d'abord, la joie de vivre, évidente, qui transpire au domaine; et puis notre plaisir. 

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Hugo Chavez devant la gamme de Quinta de Lemos

Côté technique, un oenologue made in Viseu passé par Bordeaux et la Californie, Hugo Chavez (oui, comme l'autre, mais mieux portant!), qui aime le travail précis, les vins civilisés mais expressifs; et qui cherche constamment le bon équilibre entre goût international et les racines du Dão. Qu'il se rassure, avec les vins qu'il fait, Quinta de Lemos a la classe mondiale... mais les pieds dans le granit.

Quinta de Lemos Dona Santana 2008 

Cette cuvée qui porte le nom d'une grand-mère Lemos assemble de touriga nacional, d'alfrocheiro preto, de tinta roriz et de jaén.

Cela commence moderato avec quelques fruits noirs, comme une intro à la flûte alto; un peu de zeste d'oranges et puis, bam, un coup de cymbales, les épices déboulent et avec eux le menthol, le moka, le cacao, la résine, en longs coups d'archet, sostenuto. L'impression de fraîcheur est étonnante. Et les 14,5 degrés se font totalement oublier.

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Santana (sans Carlos)

Quinta de Lemos Dona Santana 2009

Là encore, on va crescendo; le nez de fraise écrasée et de cerise est bien joli, mais il faut attendre un peu ,c'est en bouche que le vin se met en place, avec sa minéralité, ses notes de sureau; la finale, légèrement amère, relance l'intérêt. Voila un vin fédérateur qui plaira à l'oenophile comme au néophyte.

Quinta de Lemos Tinta Roriz 2006

La tinta roriz, c'est un des prénoms portugais du tempranillo. Dans ce vin, il nous offre pas mal de fruits cuits au nez, mais aussi du bois de cèdre; en bouche, on croque un grain de café; surnagent, ça et là, quelques notes fruitées confiturées (fraise, groseille), et puis la finale nous emporte dans les sous-bois...

C'est peut-être le plus bordelais des vins de la Quinta - moins pour les arômes, que pour la structure, un peu corsetée. Bien aérer si l'on veut que la dame respire...

Quinta de Lemos Dona Georgina 2005

Deuxième assemblage, deuxième grand mère, cette cuvée n'est élaborée que dans les meilleures années. Voici sans doute ce qui ressemble le plus à l'idée qu'on se fait d'une grand cru; c'est travaillé, mais sans fioritures; c'est précis, tout est en place pour nous offrir une symphonie tout en harmonie - plutôt Haydn que Brahms ou Mahler, côté instrumentation. 

Le nez, à la fois floral et agrumes (bergamote) me fait penser à un thé russe; mais déjà la violette prend le relais, insistante; puis le cuir. En bouche, sous les tannins bien présents, mais toujours joliment apprivoisés, je perçois de la figue, de l'abricot sec, et quelques notes balsamiques. 


Quinta de Lemos Touriga Nacional 2007

Un zeste d'agrumes au nez, quelques notes de pétales de rose, les yeux fermés, on croirait presque un blanc; en bouche, c'est suave à souhait, l' élevage très bien dosé a su intégrer les tannins à la chair du vin, la texture est là, légèrement granitée, la finale est très longue; le vin me parle d'une matinée d'automne où le brouillard tarde à se lever sur un petit coin du Portugal niché entre les montagnes. Je crois toujours dur comme fer (ou comme granite) que les beaux vins viennent souvent des beaux endroits. Venez donc le vérifier au domaine...

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Le matin et la brume se lèvent sur Quinta de Lemos


PS. Dans un genre épicé, mais gouleyant, j'ai également beaucoup apprécié le Jaén 2008. Dans un genre plus velouté, très moka, aussi, j'ai bien aimé l'Alfrocheiro 2008... Et j'attends avec impatience 2014, année où devrait sortir le premier blanc du domaine - un Encruzado...

 

Plus d'info: The Solar (Patricia Marques).

00:51 Écrit par Hervé Lalau dans Belgique, Portugal | Tags : portugal, lemos, dao | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |