20 octobre 2013

Antao Vaz

Ce qui est amusant dans le vin, c'est que ce qui est exotique pour certains est banal pour d'autres. Prenez l'Antão Vaz. C'est un cépage blanc aussi courant au Sud du Portugal que le Chardonnay l'est en Bourgogne, et pourtant, je gage que la plupart d'entre vous n'en ont jamais entendu parlé.

C'est dommage pour lui et pour vous, car il possède en général une belle aromatique (agrumes et fleurs blanches), doublée d'une acidité assez appréciable pour une région aussi ensoleillée.
C'est le genre de chose qui vous fait apprécier que les Portugais, contrairement à d'autres, aient conservé énormément de leurs variétés locales.
La preuve par l'exemple, avec le Paço do Conde 2012 (qui contient également 20% d'arinto).

Nous sommes à Baleizão, près de Beja, sur les bords du rio Guadiana. Cette cuvée est issue d'une sélection des meilleures parcelles de blanc (5 ha au total, sur argiles et schistes). Vinification: tout en inox.

Le nez est explosif - citron jaune, poire, pêche de vigne. La bouche est sans fioriture, "sharp", comme disent les Anglais. Tranchante comme un rayon de soleil qui passe au travers des persiennes. Retour des agrumes en finale, en plus délicat. Un peu de sel. De mordant, on passe à gourmand sans même s'en apercevoir. L'alcool ne domine pas (13,5° au compteur).

Le prix? Très démocratique. Comme toute la gamme, que j'avais déjà eu le plaisir de vous commenter ICI lors de mon passage sur place.

2013031110450269.jpg

Plus d'info: Paço do Conde

00:25 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Tags : antão vaz, portugal, cépage, vin, vigne | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

18 octobre 2013

Quinta do Pessegueiro, mon "pêcher mignon"

J'ai beau avoir la chance de visiter pas mal de régions viticoles et pas mal de domaines joliment situés, le Douro reste un cas à part. Il y a ici comme un défi lancé à l'homme, au vigneron: des pentes incroyables, un soleil redoutable, les terrasses, les méandres de la rivière, et puis tout ce minéral...

 photo copie 5.JPG

Le fleuve d'or

A chaque fois que j'y vais, je suis estomaqué. Par la nature qui nous domine, et par la force de caractère de ceux qui s'attaquent à cette forteresse; minuscules mais minutieuses fourmis qui ont la prétention d'en tirer une subsistance, un vin. Naguère, c'était seulement le Porto; aujourd'hui, c'est le Porto et le Douro.

Cette fois-ci, je visite Quinta do Pessegueiro (le domaine du Pêcher), dans le Cima Corgo. Pour ceux qui connaissent, nous sommes entre Pinhão et Tua, mais de l'autre côté du fleuve, sur la rive Sud. Avec comme voisins quelques noms prestigieux comme Quinta do Noval, Quinta do Ventezelo, Quinta Nova... 

Roger Zannier, le propriétaire, a fait fortune dans les vêtements pour enfants (Z, Catimini, etc...). En visitant des fournisseurs portugais, il est tombé amoureux du Douro. Il y a trente ans, il a acheté ce domaine - à l'époque, ça n'intéressait pas autant de monde qu'aujourd'hui. Pendant les 25 premières années, accaparé par ses affaires, il en a confié l'exploitation à la Quinta do Noval. Et puis, il y a quelques années, il s'y est vraiment investi personnellement; constituant une nouvelle équipe autour de Marc Monrose (directeur général) et de João Nicolau de Almeida (oenologue) digne rejeton d'une grande famille du Porto. photo copie 6.JPG

João Nicolau de Almeida nous sert son Porto "à la pipa"

Ma sélection

Quinta do Pessegueiro 2008

Notes balsamiques et humus au nez; en bouche, du cacao, des notes de torréfaction; puissant, très long; bon, si on veut être très exigeant, on dira qu'il est peut-être un peu serré dans sa coque de bois. 15/20

Aluzé 2011

Fruit rouge, encre, épices au nez. En bouche, beaucoup de densité, mais aussi beaucoup de fraîcheur. Mine de crayon, bois bien fondu. Il y a des domaines qui aimeraient bien avoir cette "entrée de gamme" comme "grand vin"... 15/20

Quinta do Pessegueiro 2011

Beaucoup de fruit noir, légèrement compoté; et de jolies notes d'épice (romarin, sauge, thym, un vrai bouquet garni); en bouche, une belle structure, mais aussi beaucoup de finesse; quelques notes mentholées donnent à la finale fraîcheur et profondeur. Je pense à un pur sang dompté, certes, mais qui n'aurait rien perdu de sa fougue. Chapeau à João: c'est un sans faute.  Gros potentiel de garde, mais déjà très plaisant aujourd'hui. Saurons-nous résister à la tentation? 18/20

photo copie 8.JPG

Mon "pêcher mignon"

Pessegueiro prépare également une cuvée vieilles vignes (dont le nom est encore à déterminer). 

J'ai pu déguster le premier millésime (2011). Cette bouteille est diaboliquement séduisante - toujours empreinte de finesse, comme tous les vins ici; à nouveau légèrement mentholée, mais avec en plus un velouté assez incroyable - le bois est très bien fondu, c'est très "grand cru", mais avec en plus un fruit croquant et légèrement acidulé qui n'appartient qu'au Douro (et à tous ceux qui me prouveront le contraire...) 18/20.

photo copie 7.JPG

L'automne arrive dans le Douro

Un petit aparté en marge de la dégustation: oui, de gros moyens ont été investis ici. D'aucuns pourraient dire: avec beaucoup d'argent, c'est facile. Mais il faut voir ce qui en a été fait. La vieille quinta adossée à la colline a été complètement restaurée, et avec goût; la nouvelle cave, qui utilise la gravité, respecte le raisin comme jamais. Les vieilles vignes sont choyées; d'anciennes terrasses envahies de friches ont été replantées. Un peu de l'investissement nous est rendu, et dans le patrimoine, et dans le vin. Alors merci, M. Zannier!

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Portugal | Tags : douro, pessegueiro, zannier | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |