21 septembre 2011

Vendanges 2011: l'année de la pourriture?

Je ne parle pas de la pourriture noble, celle que le Sauternais appelle de ses voeux (enfin, les vignerons les plus traditionnels, ceux qui ne cryogénisent pas). Non, je pense à la pourriture grise, à celle qu'un été pourri - c'est le cas de le dire - a laissé se développer un peu partout en France. Même dans le Sud (à part le Roussillon et la Corse, peut-être).

pourriture grise botrytis2.jpgPourri de chez pourri

 

Les sauvignons, à Bordeaux, sont particulièrement touchés. De même que les pinots et le chardonnay de Champagne  - c'est Francis Boulard qui nous le dit. Les sauvignons de Touraine et du Sancerrois ne sont pas épargnés:  les élèves du Lycée agricole de Cosne parlent d'un état sanitaire moyen (bel euphémisme). Les cabernets francs de Bourgueil et de chinon ne sont pas mieux lotis.

Et les chenins du Saumurois ou du Layon ont parfois grise mine. De même que les Gamay du Beaujolais ou les blancs d'Alsace.

Ici ou là, on nous dit que les foyers sont contenus. Pardonnez ma naïveté: je pensais qu'on ne pouvait plus traiter les vignes aussi près de la récolte... et il pleut toujours, après quelques épisodes de canicule, tout ce que le botrytis aime bien...

Tout ceci a incité plus d'un vigneron à avancer les vendanges sur les cépages les plus touchés. En Champagne, par exemple. Bonjour les maturités! Bonjour la qualité, aussi: vert et pourri à la fois, il faudra de bons oenologues pour gommer ça. A Bordeaux aussi, il y a des cagettes qui font peur. Même Madame Osmose ne devrait pas suffire à rendre ça "vinifiable"...

La meilleure solution (mais aussi la plus coûteuse, sans doute), c'est plutôt la table de tri. Elle n'est malheureusement pas obligatoire. On frémit à l'idée que certains raisins non triés pourraient finir en AOC... Espérons que le contrôle qualité aval fonctionne...

Seuls endroits vraiment épargnés, pour l'instant: les services communication des interprofessions. Là, on ne trouve aucune trace de pourriture - ou alors, sous contrôle, totalement sous contrôle.

Laissons leur quelques jours encore, et on aura droit aux fadaises habituelles d'après vendange: "millésime classique", "millésime de vigneron"... peut-être même, par endroits, "exceptionnel."  L'effet terroir, les micro-climats, sans doute...

Le marketing viticole, c'est un peu la vie rêvée des bisounours. On y applique volontiers la méthode Coué: "Vous ne dites pas que c'est pourri, donc ce n'est pas pourri." Et à la dégustation? "N'anticipons pas, il sera toujours temps d'en parler à ce moment-là. Quand tu vends ta voiture, dans les petites annonces, tu n'es pas obligé de dire que les pneues sont déjà presque lisses."

Pourtant, à mon sens, toute vérité est bonne à dire. Les Français ont encore à l'esprit la pluie des derniers mois, ils auraient du mal à avaler de nouveaux communiqués de victoire! Pour être crédible quand c'est vraiment bon, il faut pouvoir dire quand c'est moins bien.

Amis vignerons, si je caricature, si c'est mieux chez vous, tant mieux, et n'hésitez pas à me le faire savoir!

14 septembre 2011

Pour en finir avec la guidite chronique

Vous ne concevez pas de vivre la rentrée sans le dernier Goncourt, ni sans un bon guide d'achat des vins?

Ne vous inquiétez pas. C'est moins grave que la maladie de Jacques Chirac. Et surtout, c'est beaucoup plus répandu, alors les labos investissent; ils vont bien finir par trouver un traitement.

En attendant, vous pouvez au moins éviter d'acheter le mauvais guide. Vous n'avez qu'à aller sur le site du Vindicateur. Il fait un tri.

C'est ICI et j'adore.

guide de vins,vin,matrix

Juste un petit commentaire.

Le taulier du site, Antonin Iommi-Amunategui, se pose la question de sa légitimité de commentateur.

Ne te la pose plus, Antonin! Est-ce que les éditeurs et les auteurs de ces guides se la posent? Et qui osera me dire qu'il n'a jamais été déçu par une sélection du Guide Hachette, du Bettane et Desseauve ou du Guide de la RVF?

Allons, tout ce qui est humain est faillible et plein d'irrationnel.

Alors continue, Antonin. Même si ça ne fait pas vendre un guide de moins, vu qu'ils sont posés près des caisses de grand crus au Coraffour, au Pasclerc, à l'Interfâché ou au Minus Casimmo, cette semaine, ton oeuvre aura au moins fait un heureux: moi.

Grâce à toi, j'ai trouvé le courage de ne pas en acheter. Même si je n'en dégoûte pas les autres. C'est qu'il y a du boulot, derrière tout ça! Et de l'argent, aussi.

A Sierre, il y a quelques jours, j'ai reçu le Guide Vinea des Vins Suisses. Ca me suffit pour le moment.

En plus, c'est très économique: comme les vins qui y sont mis en avant ne sont pas vendus chez moi, je ne suis pas tenté d'acheter!

Mais tout à coup, j'ai comme un doute.

Et si tout ça n'était qu'une vaste supercherie, une sorte de Matrix du vin? Les guides commenteraient (très bien) des vins qui n'existeraient pas (un peu comme pour les Primeurs), et nous on commenterait les commentaires.

Ah, au fait, pour le Goncourt, je ne peux rien faire. C'est à vous de voir.