01 août 2012

Uzès ou le mirage de l'AOP

Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Prenez les producteurs de vin du Duché d'Uzès. L'an dernier, ils ont demandé à la Commission Européenne d'entériner leur demande d'IGP. Mais voila qu'ils préféreraient une AOP.

Se seraient-ils découvert un terroir?

C'est, on le sait, la véritable différence entre les deux mentions. Alors que l'IGP sanctionne une origine, un territoire de production, l'AOP garantit un lien au terroir. C'est cette différence que nous avons tellement de mal à expliquer aux estrangers qui ne maîtrisent pas bien notre langue, ses subtilités, voire sa merveilleuse aptitude à habiller le vide.

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Tout est au Duc d'Uzès (Jimmy44)

Bon, admettons que les braves gens d'Uzès parviennent à prouver ce nouveau lien au terroir tombé du ciel (on a vu de plus grands miracles dans l'administration); il reste un obstacle, et de taille: la candidature initiale à l'IGP n'a pas encore été examinée. Soit Bruxelles est devenue très regardante, mais cela me surprendrait, soit elle a d'autres chats à fouetter. Toujours est-il qu'avant qu'elle puisse examiner une demande d'AOP, il faudrait donc qu'elle annulât la première demande.

"Mais ils n'ont qu'à arrêter ce qu'ils n'ont pas commencé" diraient les esprits simples.

Et là je dis "stop". D'abord, ce serait médire de cette superbe et méticuleuse autorité supranationale. Ensuite, il y a contradiction des termes. On ne peut pas arrêter ce qui n'a pas été commencé. Enfin, rien ne dit qu'il n'ont pas commencé. Cela fait tout de même un an. Je suis sûr que la traduction slovène est en cours.

J'entends déjà votre objection: "D'accord, alors, qu'ils arrêtent en cours". Ouh là là, pas si vite! Quand le train public est lancé, on ne l'arrête pas comme ça, que ce soit le TGV ou un tortillard de banlieue, il y a la force d'inertie.

Et puis, ce serait un dangereux précédent: imaginez que tous les producteurs fassent de même, il faudrait engager du personnel supplémentaire pour examiner les demandes et les contre-demandes, les accepter puis les rejeter sans se donner l'air de se déjuger.

Je rigole, vous le comprenez bien, et les producteurs ne m'en voudront pas, j'espère, pas plus que les ronds de cuir. Car chacun fait de son mieux, j'en suis sûr.

Si je rigole, en définitive, c'est parce que c'est le mieux que je puisse faire, comme journaliste, comme buveur, et comme contribuable. Cette histoire prouve, s'il en était encore besoin, que les mentions sont bien peu de choses, que la garantie qu'elles sont censées apporter ne vaut bien souvent que par la crédulité de ceux qui leur font confiance. Les promesses n'engagent que ceux qui les croient.

J'attends encore que Bruxelles annonce à la face du monde qu'elle a refusé une seule demande d'AOP. Ou qu'elle en a invalidé d'anciennes. Ou seulement suspendu, quand il est prouvé que des mentions ont été usurpées.

Qui peut avoir peur d'un gendarme qui n'utilise jamais son bâton? Quel est ce guignol?

A lui seul, le cas de la Feta (qui couvre le territoire entier de la Grèce, îles comprises, et ne saurait donc être lié à un quelconque terroir) prouve que les "décisions" de Bruxelles en la matière sont souvent plus motivées par la politique que par l'examen rationnel des éléments qu'on lui apporte. Et il y a d'autres exemples: l'IGP Méditerranée, par exemple, dont le nom prête tellement à confusion... 

Mais qu'importe: je dégusterai les vins du Duché d'Uzès, et boirai à la santé du Duc, que ces vin soient AOP ou IGP, indifféremment. La vérité est dans le verre, à bon vin pas d'enseigne, et sus aux faux semblants!

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, France, Midi | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

24 juin 2012

Actualité des interpros (Fitou, Bourgueil, Chablis...)

Alors que quelques ODG de la Loire, et pas des moindres, se posent la question de se maintenir ou non au sein d'Interloire (voir ICI), Fitou a fait le chemin inverse, réintégrant le Conseil Interprofessionnel des vins du Languedoc début 2012, après 6 ans d'indépendance.

Et s'en félicite, à l'image de son président, Jean Daurat-Fort, qui explique: «Avec le seul budget promotion de l’ODG, soit environ 70 000 € par an, nous n’avions pas les moyens de communiquer sur les marchés extérieurs. En sortant du CIVL, nous nous sommes également privés des statistiques de gestion du marché et nos metteurs en marché n’avaient plus de lisibilité sur le marché».

Les difficultés économiques des producteurs de Fitou, notamment celles de gros opérateurs comme la Cave du Mont Tauch, on dû aussi peser dans la balance, tant il est vrai que l'indépendance est plus tentante quand les affaires vont bien.

I want my money back

Autre élément déterminant: l'attitude des interpros régionales elles-mêmes. Ainsi, Chablis, qui menaçait de faire sécession du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne, auquel il reprochait de mettre trop l'accent sur  les vins de la Côte d'Or, a choisi de rester... après avoir eu gain de cause sur la plupart de ses revendications, et notamment, une belle part du gâteau.

De puis des années, Chablis, dont les cotisations représentent  tout de même 27% du budget total de l'interprofession, se voit reverser par BIVB 50% de ces cotisations, un budget que l'antenne locale gère elle-même. Cet arrangerment avait été remis en question, d'où une levée de boucliers des vignerons du Chablisien. Il vient d'être prorogé, à leur grande satisfaction.

06:05 Écrit par Hervé Lalau dans Languedoc, Loire, Midi | Tags : interpros, fitou | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |