16 octobre 2011

Eric au Luxembourg

La chronique  dominicale et grand ducale de notre ami Eric Boschman

Le Luxembourg, c’est un peu comme la Suisse, en dehors des banques, il y a une vie. Même si elle est un peu cachée. Tenez, par exemple, au lieu de croire qu’ils ne font que des vins pour les moules, suivez moi, on va découvrir un truc.

Un vignoble en plein essor


La Moselle coule en toute peinardise, entre vignes et coteaux, sur 42 km. C’est pas gigantesque hein. De Schengen, ville favorite des politiciens français, jusqu’à Wasserbillig, petite localité située au confluent de la Moselle et de la Sûre, à la frontière allemande. Situé au centre de l’Europe, ce vignoble présente un tas  de caractéristiques originales et nettement plus complexes que ce que l’on pourrait croire habituellement. Les progrès qualitatifs réalisés par les producteurs ces dernières années sont remarquables, ça vaut le coup de suivre ce qui se passe là. Aujourd’hui, les vignerons luxembourgeois élaborent de vrais grands vins, et la demande grimpe en flèche. Ceci, particulièrement chez nous, où les vins blancs et les bulles ont le vent en poupe, ce ne sont pas les producteurs de Cava et autres bubulles du monde qui me contrediront. La grande diversité des vins et crémants de Luxembourg laisse entrevoir de quelle manière une toute petite région viticole peut être grande. Jamais les cépages et les spécialités du terroir n’ont été aussi divers. Même si c’est parfois compliqué à comprendre au niveau des différents organismes et groupements de producteurs divers et variés, mais, c’est promis, on nous promet une harmonisation dans les plus ou moins brefs délais. Quand on est Belge, on évite de faire des commentaires à qui que ce soit sur l’absurdité des multiplications de niveaux de pouvoir et de décision, à ce que je sache au Luxembourg, il ne semble y avoir qu’un seul gouvernement et un nombre de ministre fort raisonnable, l’air de rien.

eric boschman,luxembourg,vinsmoselleLa bouteille du jour

 

Diversité

Pour en revenir à nos pinards de chez nos voisins méridionaux, on compte sur ce minuscule vignoble une belle brochette de cépages aux caractéristiques propres. Du riesling, plutôt minéral, au pinot gris opulent en passant par le pinot blanc nerveux et le rivaner tant décrié à tors par les «amateurs» alors qu’il donne des vins de soif sans prise de tête, sans oublier en rouge le pinot noir, et, depuis peu, le Saint Laurent qui semble donner de très beaux résultats, la palette est large et le travail des vignerons offre de multiples facettes à déguster sans tarder. Pour les découvrir, le meilleur moyen est de faire un saut jusque-là. A la limite, si vous n’avez pas encore tout rapatrié, vous pouvez couponner le matin et déguster l’après-midi le long de la route du vin.
Nombreuses sont les caves et les restaurateurs qui permettent de déguster les productions locales. Le bien connu Guide Hachette des Vins consacre tout un chapitre aux vins de la Moselle Luxembourgeoise  et il vous aidera un peu  si vous n’avez pas de connection locale. Car au Grand Duché, le secret n’est pas un « vin » mot et si vous voulez trouver les perles rares, il vous faudra vous armer de patience et pratiquer votre luxembourgeois. Le portugais n’est pas une option valable pour l’achat des vins, sachez-le. L’œnotourisme est en plein développement dans les villages pittoresques le long de la rivière et une nuit sur place après de belles libations est peut-être la meilleure solution.

Un peu de réglementation aussi. L’air de rien on est là pour voir autre chose que des cartes postales…
Depuis le 12 mars 1935, (soit quelques mois avant la création de la première AOC en France) le vignoble luxembourgeois s’est doté d’une certification d’origine et de qualité appelé « Marque Nationale – Appellation Contrôlée ». Pour obtenir cette mention, le vin doit être soumis à des examens analytiques et organoleptiques au laboratoire de l’Institut Viti-vinicole. En fonction des résultats, les vins luxembourgeois peuvent revendiquer les mentions: Vin Classé, Premier Cru, Grand Premier Cru. Dans la réalité, seules les dénominations «Premier Cru» et «Grand Premier Cru» se distinguent sur les étiquettes. La mention « Marque-Nationale-Appellation contrôlée » figure quant-à-elle sur une contre-étiquette rectangulaire apposée au dos de la bouteille. La Marque Nationale-Appellation contrôlée « Crémant de Luxembourg » a quant-à-elle été créée le 4 janvier 1991. Tout comme pour les vins tranquilles, cette mention est liée à un examen analytique et organoleptique. Les Crémants doivent en outre répondre à des critères supplémentaires de qualité, tel le taux d’extraction du moût, limité à 100l pour 150 kg de raisin et une surpression de CO2 au moins égale à 4 bars après dégorgement. Les étiquettes de vin luxembourgeois peuvent aussi porter les mentions «Vendanges Tardives », « Vin de Glace » et « Vin de Paille ». Comme ça, vous ne direz plus que vous ne saviez pas et que vous n’étiez pas prévenus !

La bouteille du jour vient de chez Vinsmoselle. Il s’agit d’un pinot gris Grand Premier cru  Wellenstein Foulschette de la série Art et Vins, dont l’étiquette est signée par le célèbre architecte luxembourgeois François Valentiny. Bon d’accord, l’étiquette vous vous en foutez, et vous avez tors, moi j’aime. Le vin est vraiment bien foutu. Gras sans être lourd, en fruité mais sans sucrosité idiote, c’est un bel exemple de Pinot gris bien maitrisé et à découvrir sur une volaille en waterzooie, par exemple. A boire dans les cinq ans.

Plus d’info: www.vins-cremants.lu

 

Eric Boschman

00:23 Écrit par Hervé Lalau dans Europe, Luxembourg | Tags : eric boschman, luxembourg, vinsmoselle | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

21 septembre 2011

Vendanges 2011: l'année de la pourriture?

Je ne parle pas de la pourriture noble, celle que le Sauternais appelle de ses voeux (enfin, les vignerons les plus traditionnels, ceux qui ne cryogénisent pas). Non, je pense à la pourriture grise, à celle qu'un été pourri - c'est le cas de le dire - a laissé se développer un peu partout en France. Même dans le Sud (à part le Roussillon et la Corse, peut-être).

pourriture grise botrytis2.jpgPourri de chez pourri

 

Les sauvignons, à Bordeaux, sont particulièrement touchés. De même que les pinots et le chardonnay de Champagne  - c'est Francis Boulard qui nous le dit. Les sauvignons de Touraine et du Sancerrois ne sont pas épargnés:  les élèves du Lycée agricole de Cosne parlent d'un état sanitaire moyen (bel euphémisme). Les cabernets francs de Bourgueil et de chinon ne sont pas mieux lotis.

Et les chenins du Saumurois ou du Layon ont parfois grise mine. De même que les Gamay du Beaujolais ou les blancs d'Alsace.

Ici ou là, on nous dit que les foyers sont contenus. Pardonnez ma naïveté: je pensais qu'on ne pouvait plus traiter les vignes aussi près de la récolte... et il pleut toujours, après quelques épisodes de canicule, tout ce que le botrytis aime bien...

Tout ceci a incité plus d'un vigneron à avancer les vendanges sur les cépages les plus touchés. En Champagne, par exemple. Bonjour les maturités! Bonjour la qualité, aussi: vert et pourri à la fois, il faudra de bons oenologues pour gommer ça. A Bordeaux aussi, il y a des cagettes qui font peur. Même Madame Osmose ne devrait pas suffire à rendre ça "vinifiable"...

La meilleure solution (mais aussi la plus coûteuse, sans doute), c'est plutôt la table de tri. Elle n'est malheureusement pas obligatoire. On frémit à l'idée que certains raisins non triés pourraient finir en AOC... Espérons que le contrôle qualité aval fonctionne...

Seuls endroits vraiment épargnés, pour l'instant: les services communication des interprofessions. Là, on ne trouve aucune trace de pourriture - ou alors, sous contrôle, totalement sous contrôle.

Laissons leur quelques jours encore, et on aura droit aux fadaises habituelles d'après vendange: "millésime classique", "millésime de vigneron"... peut-être même, par endroits, "exceptionnel."  L'effet terroir, les micro-climats, sans doute...

Le marketing viticole, c'est un peu la vie rêvée des bisounours. On y applique volontiers la méthode Coué: "Vous ne dites pas que c'est pourri, donc ce n'est pas pourri." Et à la dégustation? "N'anticipons pas, il sera toujours temps d'en parler à ce moment-là. Quand tu vends ta voiture, dans les petites annonces, tu n'es pas obligé de dire que les pneues sont déjà presque lisses."

Pourtant, à mon sens, toute vérité est bonne à dire. Les Français ont encore à l'esprit la pluie des derniers mois, ils auraient du mal à avaler de nouveaux communiqués de victoire! Pour être crédible quand c'est vraiment bon, il faut pouvoir dire quand c'est moins bien.

Amis vignerons, si je caricature, si c'est mieux chez vous, tant mieux, et n'hésitez pas à me le faire savoir!