14 mai 2008

Domaine Thill (Bernard Massard) gagne un prix de packaging

J'essaie de vous rendre compte des efforts qualitatifs louables de la Moselle luxembourgeoise (voir la rubrique Luxembourg, sur ce blog). Malheureusement, nos amis luxembourgeois sont des gens plutôt discrets, aussi l'actualité n'est pas si fréquente.

Heureusement, il y a les "Communication & Design Awards 2008", événement médiatique 100% luxembourgeois. Le 29 février dernier, un de ces prix a été décerné au nouvel habillage de la gamme Thill's (un des domaines de Bernard Massard).

Ces prix sont pas réservés au vin, mais concernent toute l'industrie graphique. La marque de Bernard Massard était donc en compétition avec des compagnies d'aviation, des villes, des banques... et même la police grand-ducale.

Sources: Bernard Massard et Tagesblatt 

09:24 Écrit par Hervé Lalau dans Luxembourg | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

15 octobre 2007

L'autre Moselle

Rivière internationale, la Moselle naît en France pour terminer son cours à Coblence, en Allemagne, où elle s'unit au Rhin. Entretemps, sur une quarantaine de kilomètres, elle longe le Luxembourg, auquel elle donne un petit air de Riviera... et des coteaux escarpés, propices à la vigne.

J'en reviens et vous rends compte. 

 Wormeldange Koeppchen

Wormeldange Koeppchen (Photo H. Lalau)

 

Petit, mais joli 

Quantitativement parlant, la Moselle luxembourgeoise n'est pas un poids lourd de la viticulture mondiale: elle compte 1350 ha (à titre de comparaison, Saint Emilion en totalise 1750).  On trouve pourtant ici quelque 850 viticulteurs, dont la majeure partie, il est vrai, se regroupent en caves coopératives (Vinmoselle, qui les rassemble, représente 60% de la production). Le nombre de viticulteurs vraiment indépendants ne dépasse pas la cinquantaine. Une association, Domaine & Tradition, en regroupe 7, parmi les plus qualitatifs (ils diffusent une partie de leur vin sous un label commun).

Malgré le côté «compact» du vignoble, on peut vraiment parler de crus: les vignes pentues, les différentes expositions par rapport au soleil et à la Moselle génèrent une véritable cette diversité. De plus, il y a plus que des nuances au plan des sols: ceux du canton de Remich, au sud, sont plutôt lourds et donnent des vins assez ronds, gouleyants, alors que ceux du canton de Grevenmacher, plus calcaires, enfantent généralement des produits plus fins. 

Cette complexité se trouve démultipliée par les neuf cépages présents sur la zone, presque toujours vinifiés séparément (voir encadré).

Les cépages du Luxembourg


L’encépagement luxembourgeois s’est vu profondément modifié ces 25 dernières années ; peu à peu, les cépages nobles (pinots, riesling, notamment) ont grappillé des surfaces au détriment de l’elbling et du rivaner.
-l’elbling, léger et acide, a vu sa part dans l’encépagement diminuer de moitié en 25 ans, pour tomber à 9,8% (soit 128 ha)
- le rivaner (ou müller-thurgau) est plus parfumé; il représentait 46% de l’encépagement en 1985, il est tombé à 29,5 aujourd’hui (soit 384 ha)
- l’auxerrois, souple et fruité, est lui en progression (de 12 à 14%; soit 182 ha),
- le pinot blanc (assez neutre, sauf dans les bons crus), progresse cependant (il frôle les 11% de l’encépagement), notamment parce qu’il constitue une bonne base pour le crémant
-le pinot gris (corsé, mais souvent plus vif qu’en Alsace), est le plus grand gagnant de ces dernières années : il est passé de 3,5 à 13,5% de la surface plantée (176 ha).
-le gewürztraminer (aromatique mais généralement élégant), reste rare (17 ha au total).
-le riesling, sacré roi des cépages luxembourgeois, est passé en 25 ans de 10 à 12,5% de la surface plantée, soit 163 ha.
- le pinot noir (dont les meilleurs, les bonnes années, en remontrent à bien des vignobles plus au sud), n’était pas présent dans l’encépagement luxembourgeois en 1980 ; il totalise aujourd’hui 6,7% des surfaces (88 ha).
-Le chardonnay, qui n’est pas traditionnel dans la zone, ne totalise encore que 14 ha ; il est apprécié pour les crémants, mais on le vinifie aussi en vin tranquille, parfois en barrique.

Une seule AOC

Tout ceci, sous une seule A.O.C., «Moselle Luxembourgeoise», mais hiérarchisée selon les notes obtenues lors de la dégustation d’agrément entre "Grand Premier cru" (les mieux notés), "Premier Cru", "Vin Classé" ou "sans mention". La notion de cru recouvre donc ici une valeur toute particulière.
Pour en terminer avec les généralités, notons que la Moselle Luxembourgeoise, malgré sa proximité géographique avec son homonyme allemande, et certains cépages communs, présente des différences notables avec celle-ci. Au Luxembourg, les degrés d’alcool sont généralement plus élevés; la pratique des vendanges tardives est moins systématique (même si on en trouve, et de forts bons); la notion de parcelle existe, mais elle est un peu moins utilisée commercialement; par ailleurs, on n’y trouve pas les schistes qui confèrent aux «Mosel» d’Allemagne leur inimitable minéralité. Ils ont cependant en commun la faculté de bien vieillir, notamment grâce à une bonne acidité (plus prononcée qu’en Alsace, par exemple). Quoi qu’il en soit, les clients attendent rarement, et un millésime chasse l’autre dans les caves.
A noter également la montée en puissance de l’appellation Crémant de Luxembourg (le seul Crémant hors de France), qui assemble le plus souvent les rieslings, les pinots et le chardonnay. Bernard Massard, Saint-Martin et Pol Fabaire sont les champions de ces bulles luxembourgeoises en termes de volume, mais nombreux sont les petits propriétaires qui s’y essaient ces dernières années. L’effervescent produit est généralement vif et simple, mais des cuvées plus complexes raviront l’amateur (la cuvée barrique d’Alice Hartmann, par exemple).

Jean-Bernard Massard, oenologue champenois venu tenter sa chance en Moselle après la première guerre mondiale, serait fier des développements qu'y ont connu les vins effervescents.


Les incontournables


Bref, la Moselle luxembourgeoise mérite le détour, et tout particulièrement les domaines suivants:

-Domaine Cep d’Or, à Hettermillen (Auxerrois Stadtbredimus Fels 2006**, Gewürztraminer Coteaux Signature 2006***, Pinot Gris Stadtbredimus Primerberg Signature*)

-Domaine Viticole Charles Decker, à Remerschen (Crémant Blanc de Noirs et diverses vendanges tardives de haut vol - Pinot Gris, Auxerrois, Riesling Eiswein…)
-Ali Duhr, à Ahn (Château Pauqué Clos du Paradis Chardonnay **, Pinot Gris 2005 Ahn Hohfels*** et Riesling Vendanges Tardives Wormeldange Nussbaum 2005 ***
-Alice Hartmann, à Wormeldange (Crémant, Riesling Wormeldange Koeppchen 2006, cuvées Terrasse*** et Chapelle)
-Max Lahr, à Ahn (Riesling Ahn Palmberg 2005*)

-Mathis & Anouk Bastian, à Remich (Pinot Gris Domaine & Tradition 2005 ***, Pinot Blanc Domaine & Tradition, Auxerrois Domaine & Tradition 2003)

-Domaines de Vinsmoselle, à Stadtbredimus (vaste gamme, dont émergent les Crémants Pol Fabaire et la gamme Art & Vin – à conseiller actuellement le Pinot Gris Machtum Ongkâf 2005*** et le Riesling Schengen Markusberg 2005**, tout deux grands premiers crus)

-Caves Henri Ruppert, à Schengen (Riesling Côteaux de Schengen 2006*)

-Caves Bernard Massard/Clos des Rochers/Domaine Thill, à Grevenmacher (Bernard Massard Cuvée de l’Ecusson Millésimée*, Clos des Rochers Riesling Fels***, Auxerrois Domaine & Tradition**; Thill Frères Château de Schengen Pinot Gris 2005; Gewürztraminer Domaine & Tradition 2003)

-Caves Saint Martin/Gales, à Remich (Crémant Rosé Saint Martin **, Riesling Wellenstein Kurchschels 2005*).

-A Gloden & Fils, à Wellenstein (Auxerrois 2006 Barrique *)

-Sunnen-Hoffmann, à Remerschen (Pinot Gris Domaine & Tradition 2006**).

Comme le disait un confrère britannique venu lui aussi crapahuter sur les coteaux de la Moselle, et séduit par un beau pinot noir « on se demande pourquoi on ferait deux cents kilomètres de plus ; l’Alsace ne fait pas mieux… ». Iconoclaste ? A vous de juger sur place…

(c) Hervé Lalau

09:29 Écrit par Hervé Lalau dans Luxembourg | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |