09 avril 2011

Deux bouteilles tout à fait recommandables

Je connais les producteurs (enfin, le premier, mieux que le second). Je connais leur vins. Je les apprécie. Et pourtant, l'autre jour, à la dégustation "Découvertes" d'In Vino Veritas, je ne les ai pas reconnus. A ma grande honte. Le contexte, sans doute. Et puis, si j'avais vu un coin de l'étiquette, peut-être...

Une chose me rassure, tout de même: je les ai aimés. Et mes confrères aussi. Nous les avons sélectionnés tous les deux. Alors, Luc, Frédéric, pour me faire pardonner, voici mes commentaires. Le reste est à lire dans le prochain IVV. Sortie prévue aux alentours du 20 avril.

Église de Coume Majou Côtes du Roussillon 2008

Le clocher de Corneilla La Rivière fête cette année ses 200 ans ; il est l’œuvre de Laurent Bancal – joli nom pour un maçon! Du haut de sa tour carrée, deux siècles nous contemplent, et avec nous, le village et la rue de L’Eglise, sans oublier la cave de Coume Majou. Le drôle de paroissien qui crèche là a donné à sa cuvée d’entrée de gamme le nom d ‘«Eglise de Coume Majou». C’est vrai qu’avec elle, il se hisse déjà sacrément près du Ciel des dégustateurs… Mais gravissons ce «Stairway to Heaven»… Le nez, relativement discret au départ, se révèle à l'agitation - framboise-cassis-mûre, c’est l’explosion. En bouche, il est très Roussillon par son fruit craquant. Plus gouleyant que massif, cristallin,  il a l’onction d’un prélat mais la vivacité d’un enfant de chœur ;  ce vin, c’est un petit avant-goût de là-haut.

Et pour ceux qui me taxeraient de copinage, je le répète: nous avons bu ce vin à l'aveugle.

Marigny Neuf Sauvignon IGP Val de Loire 2009

Ce vin assemble des sauvignons de vignes jeunes de trois terroirs ; il se veut donc d’abord l’illustration du cépage. Au nez, du miel, du kiwi, des fruits exotiques, la bouche est plus florale (aubépine), fringante et pointue. En finale, les fruits reviennent en masse, bien mûrs, presque confits (cédrat).  Une très belle bouteille, pleine de sève. 12,5% alc.
A Marigny Brizay, vieux village viticole du Poitou profond, Frédéric Brochet en produit tout de même quelque 200.000 par an… En agriculture biologique, par engagement personnel, et sous capsule à vis, pour la facilité.


00:35 Écrit par Hervé Lalau dans Loire, Roussillon | Tags : roussillon, vin, vignoble, poitou | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

22 mars 2011

Le koan, la bouteille et la chanson du jour

Pour bien commencer la journée, voici un de ces "koans" qui témoignent de la subtilité de la pensée orientale.

"Lorsqu'il n'y a plus rien à faire, que faites-vous?"

Il paraît qu'il y a des moines au Tibet qui passent leur vie à étudier ce genre de phrases. Etudier, pas résoudre. Car un vrai koan n'a pas de solution, ça défie la logique et notre pauvre sens de l'utile. Une bouteille de Baron de Lestac 1966 à celui qui peut me dire ce que c'est vraiment, d'ailleurs...

vin,vignoble,bonnezauxLeonard Koan

 

Je ne sais pas vous, mais moi, ça me donne le tournis. Mais à tout prendre, je préfère encore un Bonnezeaux.

Comme celui du Domaine de Terrebrune, dont j'ai ouvert une bouteille hier. Un 1996.

Quelle robe! Ambre, avec des reflets de feu. Et quel nez! Du miel, mais aussi de l'abricot, et puis de la résine, et un peu de fougère. Et puis des agrumes, et même un soupçon d'ananas. Je vous fais un prix sur le tout. En bouche, sous la séduction du sucre se profile une acidité encore très mordante, et puis de la pierre à fusil. La finale n'a rien de pâteux, elle est fraîche, au contraire. Ce vin est un ado, à la fois vif, espiègle et ombrageux.

Et malgré cette richesse d'arômes, c'est drôle, il y a comme du dépouillement dans ce vin. Je veux dire, dans sa structure, franche, tout d'un bloc. Voila un paradoxe digne de la sagesse asiatique. Mais ce qui fait la grandeur d'un vin, c'est ça. Il n'y a pas plus grand qu'une idée juste.

Pour accompagner ce Juste entre les vins, j'ai servi un foie gras du Gastronome (le meilleur traiteur du centre de Waterloo). Sans gelée, sans confit d'oignon ni de figues. Sans rien.

Ah si, une chanson de Léonard Koan. Je veux dire Cohen. "You know who I am".

Ce type ne chante pas, il parle sur la musique. Et en parlant de musique, ses mélodies et ses arrangements sont aussi spartiates qu'une maison de pêcheur sur le port d'Hydra. Une guitare sèche. Une guimbarde. Ses textes sont à la limite de l'abscons. L'ambiance, pas vraiment gaie. Mais quelle voix peut vous donner de pareils frissons? Dylan, peut-être. Ou Ferrat, dans "Camarades". Ou Higelin, dans "Alertez les Bébés!...".

Bref, cette austérité, c'était tout ce qu'il fallait à mon Bonnezeaux.

Comme dit le koan: "quand le vin est grand, la chanson est simple". Ne m'en demandez pas plus, je ne suis que l'inventeur.

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Tags : vin, vignoble, bonnezaux | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |