29 novembre 2011

En Fiacre à Orléans

Amoureux de l'histoire et du vin, en voiture, je vous emmène à Orléans. Et en Fiacre, encore!

L'extension actuelle du vignoble d'Orléans n'est qu'un maigre témoignage de son importance passée; jusqu'au 19ème siècle, c'est un des plus vastes de France, avec 30.000hl et environ 900.000 hectos de production; un succès dû en grande partie à sa proximité de Paris. Le développement du réseau de chemin de fer, qui permet aux vins du Midi de le concurrencer sur le marché de la capitale, puis le phylloxéra, le touchent de plein fouet: le plus gros du vignoble sera arraché.

Après la Seconde Guerre Mondiale, il n'en reste plus que quelques traces, autour de Cléry-Saint-André et de Mareau aux Prés, notamment. Depuis, deux AOC locales, Orléans Cléry (5 communes) et Orléans (13) ont été instituées.

Elles totalisent un peu plus d'une centaine d'hectares. Pourquoi deux AOC? Essentiellement pour une question de cépages et de couleur: Orléans Cléry est réservé aux seuls rouges, et mise sur le Cabernet franc (et le cabernet sauvignon, mais à concurrence de 25% maximum); tandis qu'Orléans autorise les trois couleurs; en rouge, l'AOC est réservée au Pinot Meunier, alias Auvernat Gris (minimum 70%, maximum 90%) et au Pinot Noir. En blanc, elle ne permet que le Chardonnay (alias Auvernat blanc) et le Pinot Gris.

Les sols sont quasiment identiques, à dominante de sables et de graviers, sur matrice calcaire, sauf dans quelques zones argileuses dites "de Beauce".

 

Orleans_Vins_Carte.jpg

Tout ceci n'aurait qu'un intérêt anecdotique si quelques passionnés ne s'étaient mis en tête d'y faire du vrai bon vin.

Car entre le vin "témoignage de l'histoire" et le vin vraiment digne d'intérêt, il y a une marge. Tiens, je pense tout à coup aux téméraires vignerons de l'île d'Orléans, face à la ville de Québec. Sans vouloir leur faire injure en aucune façon, la plupart de leurs vins me semblent plutôt se classer dans la première catégorie. Tant mieux si le tourisme draine sur leur belle île assez de consommateurs enthousiastes. Quant à moi, je réserve encore mon jugement en attendant le réchauffement climatique...

Mais revenons de ce côté-ci de l'Atlantique, sur les bords de la Loire, là même où le fleuve des Rois forme un coude majestueux.

Je vous parlais de passionnés: Hubert Piel, le vigneron du Domaine Saint Fiacre, en est un. Passionné de vin, et d'où qu'il vienne, car il fait partie de la génération des nouveaux vignerons ouverts sur le monde. S'il est fier de son Pinot Meunier "Un cépage très qualitatif, on le sait même en Champagne, mais il est demande beaucoup plus des soins à la vigne que le chardonnay, d'où sa relative désaffection", c'est aussi un amoureux du sauvignon, un cépage qu'il déguste volontiers en compagnie de Benjamin Dagueneau... Bref, un type qui n'hésite pas à sortir de son trou. C'est d'ailleurs loin de ses terres, dans les brumes de Lille, au salon des Vignerons indépendants, le week-end dernier, que je l'ai rencontré.

J'ai dégusté trois de ses cuvées.

Le Sauvignon 2008 (IGP), d'abord. Un blanc croquant, concentré, très démonstratif; l'Orléans Cléry 2010 , ensuite, très faletteur, avec ses notes de bonbon acidulé, sa fraîcheur, son élégance; et puis surtout l'Orléans 2009 Cuvée Excellence: un étonnant Pinot Meunier, riche, gras, très long en bouche, très bien élevé, un vin de grande classe.

Vous voyez, Orléans, ce n'est pas que pour le vinaigre.

Au fait, Saint Fiacre, c'est le patron des jardiniers. C'est peut-être pour ça qu'Hubert soigne tellement sa vigne...

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Hubert Piel et sa Cuvée "Excellence".



 
Clos Saint Fiacre: http://www.clossaintfiacre.fr/

Tél: +33 2 38 45 61 55

00:10 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : saint fiacre, hubert piel, orléans, orléans cléry | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

07 novembre 2011

Pour bien boire, buvez en bonne compagnie!

Pour bien boire - on ne parle pas de déguster, mais bien de boire - il faut savoir choisir ses vins, mais aussi les gens avec qui l'on boit.

On dirait un vieil aphorisme de Malesherbes ou de Saint Simon. Eh bien non, c'est de moi!
Il faut dire que j'ai triché, quand j'ai écrit ces lignes, je carburais au grand vin et aux grands esprits.

C'était vendredi soir, aux Berceaux (ze place to be in Epernay) je dînais en compagnie de trois de mes complices des 5 du Vin, Marc, Jim et David, et d'un très sympathique consultant basco-champenois, Olivier Borneuf. Un jeune à la fois passionné, compétent et ouvert, oui, ça existe.
Comme c'était notre dernier soir ensemble, après deux jours de dégustations avec les Artisans du Champagne, nous avons décidé de changer de région. À l'apéritif, Patrick Michelon, le chef des Berceaux, nous a servi un vin mystère, qui s'est avéré être alsacien - j'avais hésité entre Gaillac et Savennières, il s'agissait d'un vin de Jean Michel Deiss. L'Engelgarten 2008. Miel d'acacia et pétrole au nez, j'aurais dû reconnaître un beau riesling (il y en a dans le lot, mais c'est une parcelle complantée où il y a aussi du muscat et des pinots), mais l'acidité apparemment assez basse m'a fait bifurquer vers d'autres contrées. Deiss 1, Lalau 0.

Marc et David, eux, ont trouvé tout de suite. Jim aussi, après avoir pris le temps de friser sa moustache. Chapeau, les gars!

IMG_0676.jpgEngelberg 2008

Nous avons entamé le repas avec un Saint Aubin choisi par David, un Premier Cru les Champlots de Gilles Bouton, millésime 2009.
Riche, gras, miellé, un tantinet sur l'alcool, mais tellement bourguignon!
David aurait préféré le 2008, moins solaire. Je ne peux pas dire,  je ne l'ai jamais bu.

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Saint Aubin Premier Cru 2009

 

Pour les côtelettes d'agneau, nous sommes passés à un Saint-Nicolas de Bourgueil, 2009 de Gérald Vallée, à nouveau choisi par David, assisté par Mr Loire en personne, alias Jim Budd. Cuvée Les Perruches.
Quelle fraîcheur, quel exubérance de fruit, quelle belle longueur en bouche! C'est mûr. Mais c'est croquant.

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Les Perruches 2009


Comme la bouteille nous a vite semblés trop petite, Marc a commandé une bouteille de Crozes Hermitage, la Cuvée Le Clos  des Grives 2009, de Laurent Combier.
Dense, fruité, mais droit, ces grives là nous ont chanté tout le charme des Côtes du Rhône du Nord, la tension sous le velours.

IMG_0675.jpgLe Clos des Grives 2009

J'avais encore du Saint Nicolas dans mon premier verre, j'ai donc pu faire des allers-retours entre Loire et Rhône, et je n'ai pas été déçu du voyage. Deux belles expressions de fruit noir, différentes et pourtant, dans un sens, la même précision de vinification, à la recherche de l'expression du cru - je ne parlerai pas de terroir, en bon britannique, David juge le mot imprécis et galvaudé, et je crois qu'il a raison.

Dieu que c'était bon d'être ensemble autour de ces bouteilles-là. Dieu qu'on était loin du microcosme, du showbiz du vin. Et pour ceux qui pensent qu'on se goberge toujours aux frais des producteurs, qu'on ne vaut pas mieux que la mauvaise réputation du journaliste pique assiette, ou pire, du critique acheté, on a payé de nos deniers, 77,5 euros par personne, repas et vin compris. On n'a pas regretté nos sous. Et la conversation, elle, était gratuite. On en reparlera au fil des posts, ici ou sur le blog des 5 du Vin.

Alors faites moi confiance: il y a toutes sortes d'accessoires du vin, aujourd'hui, du verre "Spécial Boisé" à la turbine d'aération en passant par la carafe profilée. Ce n'est pas moi qui vous en dégouterai.
Mais au moins aussi important: choisissez bien avec qui vous buvez!

 

Et pour ceux qui voudraient récréer l'ambiance (mais avec d'autres amis, je garde les miens), voici l'adresse: Les Berceaux, 13 rue des Berceaux, F-51200 Epernay. http://www.lesberceaux.com/restaurant.htm

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans Alsace, Bourgogne, Champagne, France, Loire, Rhône | Tags : vin, vignoble, art de vivre, deiss, engelberg | Lien permanent | Commentaires (17) | | | |