24 décembre 2012

Ce soir, pensez à la Fourme de Montbrison

Je rebondis sur le billet de mon confrère David Cobbold, sur Les 5 du Vin, qui nous fait découvrir les charmes des Côtes du Forez, pour vous inciter à faire preuve d'un esprit tout aussi fouineur, mais en matière fromagère.

Dans le Forez, on trouve en effet, non seulement du vin de bon rapport qualité-prix, mais aussi un fromage original, la Fourme de Montbrison.

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La Fourme de Montbrison présente moins d'alvéoles et de "bleu" que sa voisine d'Ambert (Photo Nicor73)

Que le nom de fourme (qui a donné "fromage" en français normalisé), la forme ronde et les taches bleues de cette pâte persillée ne vous induisent pas en erreur: il ne s'agit pas d'un parent pauvre de la Fourme d'Ambert, mais d'une spécialité à part entière. La naissance de l'appellation, en 1972, coïncide d'ailleurs avec sa séparation de sa cousine de l'Ouest, et la rédaction d'un cahier des charges spécifique.

Tout d'abord, nous sommes du côté Est des Monts du Forez - pas en Auvergne, donc. De plus, la Fourme de Montbrison, au contraire de celle d'Ambert, est salée dans la masse. Elle a aussi un peu moins d'alvéoles et donc de penicillium au cm2. Autre particularité: sa croute orangée, due notamment à un cerclage d'épicéa.

Et si je vous en parle aujourd'hui, c'est aussi parce qu'elle risque bien de disparaître: si la zone de production théorique s'étend sur 33 communes du Département de la Loire, il ne reste plus que 3 fromageries qui en produisent. Les volumes seront bientôt trop faibles pour intéresser une quelconque grande surgface hors de la région, et moins on en trouvera dans les supermarchés, moins on en demandera: votre mission, cher lecteur, si vous l'acceptez, est donc de retrouver le chemin du fromager, du spécialiste, pour acheter ce petit pan du patrimoine fromager français.

Ce patrimoine, si vous n'y prenez garde, ne sera plus représenté que par quelques emmentals sans croûte, des chèvres insipides, des "spécialités" de marque flash-pasteurisées et quelques morceaux de plâtre fallacieusement affublés du nom de campagnards par des as du marketing - du genre de ceux qui sont capables de vendre de l'autobronzant au Sahara et des congélos aux Esquimos.

Toute ressemblance avec ce qui se passe dans le monde du vin n'est pas fortuite. J'ai beau être très critique avec les AOC (parce qu'elles sont rarement à la hauteur de leur promesse), je milite pour que se maintiennent les produits authentiquement "nés quelque part". Des produits qui ne sont sans doute pas destinés au plus grand nombre, mais que l'on doit s'efforcer de préserver, non seulement au nom de la diversité des productions et des terroirs, mais aussi au nom de la diversité des goûts des consommateurs.

Dépêchez-vous, vous aurez peut-être la chance de pouvoir mettre de la Fourme de Montbrison sur votre table pour ce Noël.

Ce sera votre BA de cette fin d'année.

Et si vous ne trouvez pas de Côtes du Forez pour l'accompagner, je vous conseille un Muscat de Saint Jean de Minervois (la cuvée Sélection Petit Grain de la coopérative, par exemple...).

Et comme on disait au temps jadis, "Brisons là". Je dirais même plus:"Montbrisons-là"...

14:12 Écrit par Hervé Lalau dans France, Fromages, Languedoc, Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

17 décembre 2012

Bus et rebuts: Muscadet et Burgenland

Voici deux vins qui n'ont pas grand chose en commun, si ce n'est le même importateur en Belgique, Wine Brands Ambassadors, et le fait d'avoir été recalés lors de la dernière dégustation "découvertes" chez In Vino Veritas.

Ce qui n'a rien d'infâmant, vu le niveau d'exigence de cette vénérable revue.

Moi, par exemple, je les avais appréciés. Alors j'ai demandé à les emporter chez moi. Et je les ai redégustés le lendemain, au calme. Résultat: je confirme, ils valent un commentaire. Légèrement musical, en l'occurrence.

Le premier s'appelle L'Inattendu. C'est un Muscadet de Sèvre et Maine du Domaine de la Bretesche, millésime 2010. Très citronné au nez - c'est toute la nuance subtile entre défaut et qualité: vendredi, certains de mes confrères le qualifiaient de citrique. Mais passons. Citrique ou citronné, il est vif, joyeux, enlevé. Si c'était une musique, ce serait un allegro. L'orchestration est plus riche qu'on ne le croirait au premier abord, les notes de fruit secs  se fondent dans une trame mi-acide, mi-grasse, et le son est pur. La finale est tendue, sur des notes presque métalliques - un mot qui ne rend pas justice à son élégance; quelques petites notes d'évolution, mais qui ne font qu'ajouter à son charme presque évanescent.

 

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Le deuxième vin nous vient d'Autriche. Zantho (c'est son nom) est l'oeuvre commune de deux solistes prodiges: Josef Umathum et Wolfgang Peck, associés pour mettre en valeur les cépages du Burgenland. Et pour la cuvée qui nous occupe, le Sankt Laurent.

Là encore, ce qui m'a séduit, c'est le côté très enlevé, guilleret de la bouche. Le nez, lui, est joliment fruité, cerise noire, fraise gariguette, aussi s'attend-on a une bouche riche, volumineuse, voire alcooleuse. Erreur, les deux prodiges nous sortent un mouvement rapide, des double croches entremêlées de fruit noir et d'épices.
L'aria ne dure peut-être pas très longtemps, mais on reste sur une belle impression, délicieusement acidulée, avec le retour de la mûre en finale.

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C'est pour ce genre de billets que je suis content d'avoir ce blog, ce coin du net où je ne dois rien à personne, mais tout à la passion, au bonheur de partager avec d'autres ce qui, peut-être, sans ça, passerait inaperçu...

Plus d'info: Wine Brands Ambassadors, Frank Van den Bogaert, 0032 474 510 656

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans Autriche, Belgique, France, Loire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |