11 février 2013

Journalisme et vendettas

Ce week-end, mon excellent collègue des 5 du Vin, Jim Budd, publiait sur son blog un article relatif au Quarts de Chaume 2012 du Domaine des Baumard. Un vin dont Jim conteste qu'il ait pu être obtenu en respectant le cahier des charges de l'appellation.

Ceux que l'histoire intéresse trouveront de quoi étancher leur soif d'information, ICI.

Au delà du sujet de fond, ce qui m'interpelle, moi, c'est la réaction d'un courageux anonyme sur le blog de Jim - cet anonyme accuse mon confrère d'entretenir une "vendetta" contre les Baumard.

Cette réaction n'est pas sans rappeler celle d'autres anonymes lors de l'affaire Pancho Campo, toujours à l'encontre de Jim.

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Mettant tout à fait de côté l'amitié qui me lie à notre moustachu confrère, je me dois de dire que je trouve la ficelle un peu grosse.

Si, à chaque fois qu'un journaliste va au fond des choses, à chaque fois qu'il ne se satisfait pas de mauvaises réponses et d'absences de réponses, qu'il enfonce le clou quand le clou doit être enfoncé, à chaque fois qu'il enquête sur le terrain et ne se contente pas de copier-coller, il se voit accusé de vendetta, de parti-pris, alors je crains le pire pour l'information du public en général.

Les documents que fournit Jim pour soutenir sa cause, et notamment ses photos et ses relevés météo, sont édifiants; je ne peux m'empêcher de repenser aux photos de Florence Kennel, qui ont déclenché l'affaire dite du concassage, à Gevrey-Chambertin, voici deux ans.

Dans ce cas aussi, heureusement qu'il s'est trouvé une fouineuse pour passer dans le coin et faire savoir à qui de droit ce qui se passait au domaine de la Vougeraie. L'ODG a réagi, et c'est bien. Pour l'Appellation, et pour les autres vignerons qui respectent le décret (quelle que soit votre opinion sur sa validité).

Bien entendu, les gens dont mes confrères ou moi-même, à l'occasion, dénonçons des pratiques qui nous semblent anormales, ont le droit de se défendre.

Mais que des tiers nous accusent d'avoir une sorte d'agenda secret, d'entretenir de vieilles rancoeurs, de faire passer un quelconque affect avant la recherche de l'information est tout à fait hors de propos.

Nous n'avons pas eu voix au chapitre quand les Cahiers des Charges des Appellations Quarts de Chaume ou Gevrey Chambertin ont été rédigés - ils ont été votés par les vignerons.

Nous n'avons aucun intérêt dans ces affaires, et notre seul souci est que le contenu de la bouteille soit conforme à ce que dit l'étiquette - car un journaliste a d'abord des comptes à rendre à son lecteur, et en l'occurrence, au consommateur.

Je ne connais pas les Baumard, et guère plus les gens de la Vougeraie. Je n'ai rien contre eux. Qui suis-je pour les juger? Je ne leur demande pas d'essayer de me plaire, à moi, journaliste, juste de respecter leur appellation, leurs collègues et le client final.

PS. Ce matin, à la radio, le Commissaire européen Barnier a réaffirmé que le consommateur a le droit de savoir ce qu'il achète - viande de boeuf ou viande de cheval, notamment. Les raisins "gonflés" à la cryoextraction aussi?

00:40 Écrit par Hervé Lalau dans Bourgogne, France, Loire | Tags : vougeraie, concassage, baumards, cryoextraction, journalisme, aoc | Lien permanent | Commentaires (5) | | | |

23 janvier 2013

Liberté, identité, efficacité...

L'annonce du retrait de Montlouis d'interloire, après celui de Bourgueil, mais aussi le va-et-vient de Fitou au sein de l'interpro des vins du Languedoc (sans oublier les hésitations de Chablis par rapport au BIVB) suscitent chez moi une grande perplexité.

J'ai des copains dans les deux camps - dans ceux qui veulent fédérer et ceux qui veulent le grand large.

Je suis très partagé sur cette thématique; a priori, se regrouper avec d'autres AOC en structures plus fortes est une bonne idée. Mais ces structures ont du mal à contenter tout le monde, il y a presque inévitablement du déchet.

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Le chenin de Montlouis n'a sans doute jamais été la grande priorité d'Interloire, qui, en blanc, avait plutôt le muscadet et le sauvignon en ligne de mire, compte tenu des enjeux commerciaux.

Je comprends l'irritation des AOC un peu particulières - elles existent parce qu'elles ont une identité, sinon, à quoi bon l'AOC? Et cette identité ne souffre pas la dilution, le flou, les compromissions

Mais d'un autre côté,les interpros régionales ont besoin de fil rouge, de projets communs.

Bien sûr que l'union fait la force, mais pour vivre sous un même toit, il faut le vouloir, pas le subir. Ne pas avoir l'impression qu'on serait mieux tout seul, que la liberté à laquelle on a librement renoncé, les attaches qu'on a acceptées ne sont pas compensées par de vrais avantages.

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Fédérez, qu'ils disaient...

Toute allusion à votre situation de couple (ou à un quelconque royaume fédéral du nord de l'Europe) serait totalement fortuite. Et déplacée.

Entre mariage et solitude, il y a bien une troisième voie, cependant: l'union libre. Créer des associations plus petites, plus lâches, plus "à la carte", des projets ad hoc - Montlouis et Bourgueil, qui ne sont pas concurrents, mais complémentaires, pourraient l'expérimenter, par exemple...

A quelques jours du Salon des Vins de Loire, où je ne vais pas cette année, pour la première fois depuis 3 éditions, j'aurai une pensée émue pour cette région que j'aime et pour ses vins si variés, qu'ils soient sous la bannière interprofessionnelle ou pas.

 

00:38 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : interloire, montlouis, bourgueil | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |