05 mars 2013

Quarts de Chaume 2012: une lettre des Baumard

Comme j'ai abondamment commenté ici et sur le blog des 5 du vin les billets de mon confrère et ami Jim Budd au sujet du Quarts de Chaume 2012 du Domaine des Baumards, je crois juste et utile de publier la lettre de Florent et Isabelle Baumard qui y fait suite. D'autant plus que j'y suis cité.

 

La Giraudière, février 2013

Que dire...

...du procédé utilisé par Monsieur Budd à notre encontre, de ses comparaisons douteuses, nettement diffamatoires qui cherchent à atteindre notre intégrité. S'agit

il d'information ou de l'instrumentalisation d'un journaliste par des détracteurs qui l’inspirent?

 

Son intérêt semble uniquement focalisé sur notre Domaine depuis 3 ans. Pourquoi?

Nous sommes viticulteurs, et comme tels, sommes attachés à la vigne, à son terroir et soucieux du respect du sol et de la qualité des raisins qui y sont produits.

 

L'exercice auquel se prête M.Monsieur Budd, dénué de rigueur scientifique, est en fait une illustration de sa méconnaissance de notre métier. 

 

Le terroir des Quarts de Chaume a une diversité importante de sol et de sous sol. Ce qui accroit une hétérogénéité de maturité des raisins particulière au Chenin blanc. Les raisins sont à maturité physiologique à un endroit, et quelques mètres plus loin, ils sont raisins verts, surmûris, botrytisés, concentrés ou bien pourr

is plein, pourris gris, voire pourris noir... Et cela parfois sur la même souche, sur la même grappe.

 

C'est la raison pour laquelle la cueillette des raisins par “tries” successives est impérative, et doit être pratiquée de façon différente à chaque vendange. Il n’y a pas de lot unitaire en dehors du grain de raisin. 

 

Il ne peut être tiré des photos de Monsieur Budd aucune conclusion probante. Ni de leur localisation. Ni de leur intérêt pratique puisque la prise de vues ne correspond

à aucun stade de cueillette. 

 

Monsieur Budd n’en est pas à son premier essai de photographe. En 2009,

il avait déjà effectué en catimini une opération similaire dans notre vignoble et nous l’avions invité à plus de visibilité et de fair play dans nos relations communes.

 

Chez nous, la décision de la cueillette dépend d’outils bien plus délicats d'emploi que le saccharimètre : La connaissance de la parcelle à récolter, la mémoire de l’endroit, la sensation gustative du raisin. C’est un ressenti issu de l’expérience vigneronne et non d’un contrôle d’apprenti. Le ban des vendanges a substitué à cette réalité une décision administrative. Une de plus.

Dans les années 50 du siècle dernier, avec d’autres collègues, mon père s’est orienté vers un mode de culture de la vigne différent du modèle traditionnel. J’ai ainsi hérité d’un vignoble nouveau qui a introduit dans la  région l’enherbement, la notion de surface foliaire exposée, par exemple. Hélas, ce mode de conduite était trop novateur pour être admis par l’idéologie en cours.

 

Depuis, nous avons utilisé des tracteurs, des remorques suspendues laissant les raisins intacts lors du transport. Nous avons été les premiers à utiliser des cagettes en plastique alimentaire.

Nous avons aussi remplacé les sabots de bois par des bottes en caoutchouc naturel, plus légères et agréables à porter...

Nous avons eu le premier pressoir pneumatique de la région et utilisé dès 1960 l’acier inoxydable à la cave, les premières pompes volumétriques. Nous avons maîtrisé les températures des fermentations à partir des années 60. Tout cela, ce sont uniquement des procédés physiques, pas chimiques.

Nous avons cependant été des «industrieux» car tout en exerçant une profession artisanale avec du savoir faire, nous nous sommes servis de l’invention et de l’ingéniosité du monde industriel.

 

Je suis consterné par l’agression que je subis, mais je reste tranquille: je sais ce que j’ai fait durant cette récolte 2012.

Le cahier des charges indique qu’il faut cueillir les raisins récoltés à surmaturité (concentration naturelle). Je les ai cueillis. En même temps, il est certain que j’en ai cueilli d’autres dont le degré potentiel était insuffisant. Ce n’est pas défendu mais je ne m’en suis pas servi. Car j’ai pris soin de ne pas les mélanger aux premiers, ni eux, ni leur jus. Quand nous avons effectué le pressurage, seul le jus des grains de raisins surmaturés, apte à l’AOC, a été extrait. Le cahier des charges n’en exige pas davantage.

Que Monsieur Budd qui se croit apte à me juger, explique exactement comment la cryosélection peut «booster» les raisins qui sont en dessous du minimum requis. Avec l’aide, s’il le veut, de son compère et ami Lalau qui, lui, indique qu’ils «sont gonflés» par la cryo. Ce n’est pas le souffle de la vérité scientifique qui «booste» ou « gonfle» leur littérature de jugement téméraire.

En 2012, le pressurage à froid dont l’emploi, rappelons le, est toujours légal nous a permis d’élaborer des moûts conformes au cahier des charges. Nous espérons qu’ils conduiront à des vins dignes de l’AOC Quarts de Chaume et c’est le moment venu que nous en déciderons.

Par contre, nous ne revendiquerons pas la mention Grand Cru puisque nous n’admettons pas qu’elle ait été liée par les décrets de 2011 à une mention Premier Cru décernée dans une AOC différente (Coteaux du Layon) où le mot Chaume n’a pas la même identité que dans l’AOC Quarts de Chaume. Ce qui trompe le consommateur. C’est d’ailleurs le sens de notre recours en Conseil d’Etat. 

 

Drôle de monde ou le journaliste diffuse largement une information technique qu'il ne maitrise pas du tout. Il  se targue d'informer le consommateur alors qu’il ne fait qu’exposer des arguments contestables avec le résultat visé de déstabiliser le fonctionnement d’une entreprise. Vat il  dire qu’il est prêt à se rétracter s’il se 

trompe ? Le journaliste de presse écrite peut le faire sur le même support. Le journaliste Internet a un support virtuel fugace et passager et sa responsabilité en est

beaucoup plus grande. Il peut devenir créateur d’une rumeur qui grossit sans fondement et qui nous toucherait fortement et à tort si le blog de Monsieur Budd était très regardé. L’est il vraiment?

 

La situation économique est difficile pour tous. Pour nous, qui exportions plus de 50% de nos Quarts de Chaume, elle est angoissante depuis plusieurs années. Les rentrées de devises étrangères dont nous étions régulièrement apporteurs à notre pays continuent à baisser. Nous avons, avec nos employés et nos  fournisseurs, des raisons d’inquiétude. Les responsables professionnels angevins n’ont pas montré lors des vendanges 2012 qu’ils surmontaient la situation. S’ils n’ont dit mot du pressurage à froid, est ce par ignorance ou idéologie?

Quant à Monsieur Budd, il a suffisamment d’informateurs attitrés qu’ilne nomme pas (jusque parmi nos proches paraît-il). Maintenant qu’il s’est dévoilé sur le mobile de son action: 

«Il est grand temps pour les Baumard de renoncer à leur recours», il se doit de donner une version exacte du pressurage à froid. Comme les raisins, nous n’avons pas à être «boostés» ou «gonflés» et ses lecteurs non plus. 

 

Florent & Isabelle Baumard

 
Dont acte.
 
Je me permets juste de préciser que ma phrase sur les "raisins boostés à la cryo" a été déplacée de son contexte - je m'exprimais, en aparté, au sujet des réglements de toutes sortes encadrant la production, et non au sujet des vins des Baumard en particulier.
 
Je tiens aussi à dire que si, par principe, je suis contre la cryoextraction, aussi bien en Quarts de Chaume qu'à Sauternes, je suis aussi contre les copeaux, contre l'osmose inverse et, en définitive, contre tout ce qui peut contribuer à gommer l'effet millésime et l'effet terroir dans les AOC. Par contre, je suis pour le respect des décrets d'AOC - même quand je ne les approuve pas, d'ailleurs. Il n'y a en effet pas de raison que tous ne se soumettent pas à la règle commune. 
 
A part ça, et je l'ai déjà écrit, je ne mène aucune campagne, je ne suis téléguidé par personne, et je n'ai aucune raison de m'acharner sur M et Mme Baumard que je ne connais pas, et dont j'ai dû déguster deux vins dans ma vie - en les appréciant, d'ailleurs.
 
Ceux qui me lisent, aussi bien ici que sur le blog des 5 du Vin, ont compris, j'espère, que les attaques personnelles me répugnent, et que je me situe au plan des principes.
 
Et que si je me trompe (ce qui est toujours possible) c'est de bonne foi.
 

00:00 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Lien permanent | Commentaires (1) | | | |

13 février 2013

Jusqu'où peut aller le journaliste?

Dans l'affaire du Quarts de Chaume 2012 du Domaine des Baumards, que j'évoquais lundi ici même, il y a la forme et il y a le fond.

Hier, mon excellent confrère Alain Leygnier évoquait les relents nauséeux que provoque chez lui un tel étalage en place publique; et sa crainte que le journaliste fasse office de procureur alors que ce n'est pas son rôle.

La question mérite d'être posée. L'inquiétude est justifiée. Je me suis donc permis de lui répondre dans les commentaires - moins pour convaincre que pour débattre.

Pour plus de visibilité, et parce que je pense que le débat que soulève Alain est d'importance, je publie ici cette réponse.

Que peut ou que doit faire le journaliste, où s'arrête l'information et ou commence la délation? Je n'ai pas la réponse. C'est peut-être une question de morale personnelle.

Dans le cas qui nous occupe, il n'y a pas mort d'homme, personne ne demande le lynchage de M. Baumard, ni même son arrestation, juste qu'il respecte un décret d'ordre administratif. C'est assez bénin. Et puis, c'est le vigneron et l'entrepreneur qui est en cause, pas l'homme, qui, jusqu'à plus ample informé, est sans doute un bon père de famille, une personne respectable avec laquelle on aurait plaisir à prendre un verre et à discuter champignons.

Mais pourquoi donc les vignerons du cru - que dis-je, du Grand Cru, qui vivent du raisin et le connaissent bien mieux que nous, et qui ont vu les grappes des Baumard, ne réagissent-ils pas eux-mêmes, pourquoi faut-il que ce soient des journalistes qui fassent le sale boulot de tenter de faire appliquer des règles qu'eux-mêmes se sont données? Et pourquoi, comme dit Jim, semble-t-il y avoir deux poids deux mesures dans notre belle démocratie, entre un Olivier Cousin et un Florent Baumard? Cette injustice-là ne mérite-t-elle pas d'être dénoncée?

Même si nous nous trompons (ce qui est toujours possible), n'est-ce pas notre rôle de demander des explications, pour pouvoir expliquer nous-mêmes.

Ce papier n'est pas tombé du ciel, il fait suite à de nombreuses démarches, des demandes d'explications, depuis plusieurs années. Sans guère de résultat. Et je rappelle que c'est Florent Baumard qui s'est mis sur le devant de la scène en déposant un recours contre le décret; et donc, contre tous ses confrères qui, à juste titre, à mon avis, estiment que grand cru veut dire terroir exceptionnel, et donc conditions naturelles exceptionnelles, qu'on n'a pas à "booster" les mauvaises années par la cryoextraction ou l'osmose inverse... On aurait donc pu s'attendre de sa part à une sorte d'exemplarité, pour appuyer sa démarche. Les documents fournis par Jim semblent montrer le contraire.

La nausée, chacun peut l'avoir à plusieurs titres dans cette histoire. Mais je pense qu'il est sain qu'il y ait des gens comme Jim, des bulldogs qui ne lâchent jamais tant qu'ils n'ont pas la réponse. Cela finit parfois par faire bouger les lignes. Je n'ai pas cette obstination, mais je peux l'apprécier chez d'autres.

PS. J'espère aussi qu'on réfléchit à Sauternes à l'interdiction de la cryoextraction.