18 mai 2015

Ode au Saint Pourçain blanc, et au tressallier en particulier

Parmi les blancs de Saint Pourçain dégustés lors de l'opération Ici commence la Loire, au début de ce mois, bon nombre m'ont fait très bonne impression. Aurais-je un faible pour le Tressallier? Si c'est le cas, c'est totalement nouveau - je ne crois pas en avoir jamais dégusté auparavant. D'autre part, j'aurais du mal à vous dire dans quelle proportion ce cépage a pu influencer mes dégustations, puisqu'en théorie, il est toujours allié à une ou deux autres variétés, à savoir Chardonnay et Sauvignon. Et cet alliage n'est pas sans intérêt - même si, c'est vrai, j'aimerais bine savoir ce que le Tressalier donne in purezza, comme disent les Italiens.

Bref, s'il fallait n'en retenir que deux des vins qui m'ont titillé les papilles ce jour-là (ce qui est difficile), je prendrais les deux cuvées du Domaine Grobot-Barbara.

D'abord, Les Maltotes IPP 2013, pour ses arômes citronnés et floraux, sans oublier les fruits tropicaux (ananas), et le côté tranchant de sa bouche - vive, mais pas mordante, car de texture solide, sans oublier une touche de salin en finale.

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Ensuite, la cuvée SAS Prince Charles Henri de Lobkowicz 2013. Ici aussi, les agrumes dominent, mais l'on part très vite vers le miel et les fleurs blanches, la bouche étonne par son gras, sa présence, la finale vous laisse sur une sensation de plénitude, et pourtant, le vin est très joyeux aussi. 70% chardonnay, 30% tressallier... et cent pour cent Saint Pourçain.

 

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A noter qu'il d'agissait de vins de 2013 - comme pour la plupart de bons blancs, un peu d'attente permet à l'acidité de mieux se fondre.

 

Autres coups de coeur en Saint Pourçain blanc: Domaine de Bellevue (Cuvée Origine), Famille Laurent (Calnite) et Olivier Gardien (Le Nectar des Fées). 

Loin de moi l'idée de me faire passer pour un expert en matière de tressallier, ni de Saint Pourçain en général, après seulement quelques heures de dégustation; mon propos si limite à vouloir vous dire qu'il se passe quelque chose dans ces vins, au moins pour moi; qu'ils apportent une note originale au concert des jolis blancs de France, et qu'il serait dommage de ne pas préserver cette originalité, voire de la développer.

Cela passe sans doute par une remise à l'honneur du cépage particulier de l'Appellation. Un cépage qui n'est jamais qu'un des petits frères du Chardonnay, puisqu'ils ont les mêmes parents -Pinot et Gouais, tout comme l'Aligoté. Les passionnés de l'ampélographie auront d'ailleurs remarqué qu'on le retrouve ailleurs sous le nom de Sacy (dans l'Yonne), ou d'Aligoté vert. Cependant, les gens de Saint Pourçain ont beau jeu de faire remarquer qu'il ne s'agit pas tout à fait des mêmes clones.

S'ils sont fiers de leur tressallier - à juste titre - on ne peut que s'étonner que leur appellation ne prévoit pas de l'utiliser pur. Ce n'est pas qu'une question de matériel végétal, c'est une question d'identité; il est à noter que la tradition de la Loire, région de laquelle Saint Pourçain se revendique, n'est pas celle de l'assemblage, mais plutôr des mono-cépages (melon, chenin, sauvignon ou chardonnay, mais rarement ensemble); sans compter qu'un cépage original pourrait se révéler demain un bon levier pour la communication, notamment à l'exportation où les varietals restent une clé d'entrée importante pour le choix d'un vin.

Les Saint Pourçain blancs sont bons, il serait dommage de ne pas pouvoir mieux en affirmer et la qualité, et la différence.

Hervé Lalau

 

09:34 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : saint pourçain, tressailier | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

14 mai 2015

Ascension

Pour l'Ascension, si on parlait un peu de Sacré?

Ca existe encore? A part le classement de 1855, qui est un peu au Bordeaux ce que l'infaillibilité est au Pape, je n'en vois plus guère la trace dans le vin.

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C'est que l'Eglise des Faux Monnayeurs du Vin, qui a oublié les prophètes pour le profit, a mis la main sur le Terroir comme la Misère est descendue sur le Sud Soudan; elle l’a désacralisé.  Ses prêtres nous montrent des cailloux, mais dans l'arrière salle de la sacristie, ils levurent, ils osmosent le dur, ils rectifient le mou, ils réacidifient les burettes. Il n’y a plus que leurs bedeaux, leurs sonneurs de cloches, qui font semblant d’y croire, bien forcés puisqu’ils en vivent.

Et nous, les journaleux, leurs porte-voix, leurs porte-plumes, on ferme les yeux ou on tombe dans leurs panneaux.

Ils nous inondent de communiqués à la noix à l’annonce du moindre projet de classement des couilles climatisées des moines de Bourgogne ou des mornes villages de Champagne, mais pas un mot sur le concassage d’une parcelle de premier cru à Gevrey ni sur les betterave partys institutionnalisées.

Ils veulent bien qu’on leur cire les pompes à vin, quitte à leurrer le consommateur, mais pas question de mettre notre nez dans leurs petits secrets, on passerait pour des ingrats ou des irrespectueux. Pas question d’empêcher quiconque de massifier en rond, sinon, on se plaindra à ton éditeur.  Notre respect, pourtant, c’est d’abord au lecteur qu’on le doit.

Tout ça ne date pas d’hier, bien sûr. Pline, dans sa monumentale histoire naturelle, nous parle des vins du temps d’Auguste, et notamment du vin de Falerne (entre Rome et Naples). Déjà, à l’époque, on distingue le Falerne «de base»et  le Falerne faustien, issu d’une zone bien délimitée, et réputée donner les plus beaux produits. Le précurseur de tous les naturalistes précise que l’âge idéal pour le boire est de 15 ans.

Mais Pline dénonce déjà son «abâtardissement», dû selon lui au fait «qu’on vise  plutôt à la quantité qu’à la qualité».

Rien de nouveau sous le soleil du Latium, de la Campanie ou d’ailleurs.

Sur ce, je m’en vais transmuter un verre de terroir au travers de mon gosier. Pas un Falerne, non. Mais un Côte Roannaise de Sérol. Cuvée Incorruptible 2014. Quel nez! Du fruit rouge mûr (cerise, framboise), et quelle vivacité en bouche! Si ça n'est pas mystique, c'est au moins très respectueux du raisin.

09:38 Écrit par Hervé Lalau dans Italie, Loire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |