14 mai 2015

Ascension

Pour l'Ascension, si on parlait un peu de Sacré?

Ca existe encore? A part le classement de 1855, qui est un peu au Bordeaux ce que l'infaillibilité est au Pape, je n'en vois plus guère la trace dans le vin.

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C'est que l'Eglise des Faux Monnayeurs du Vin, qui a oublié les prophètes pour le profit, a mis la main sur le Terroir comme la Misère est descendue sur le Sud Soudan; elle l’a désacralisé.  Ses prêtres nous montrent des cailloux, mais dans l'arrière salle de la sacristie, ils levurent, ils osmosent le dur, ils rectifient le mou, ils réacidifient les burettes. Il n’y a plus que leurs bedeaux, leurs sonneurs de cloches, qui font semblant d’y croire, bien forcés puisqu’ils en vivent.

Et nous, les journaleux, leurs porte-voix, leurs porte-plumes, on ferme les yeux ou on tombe dans leurs panneaux.

Ils nous inondent de communiqués à la noix à l’annonce du moindre projet de classement des couilles climatisées des moines de Bourgogne ou des mornes villages de Champagne, mais pas un mot sur le concassage d’une parcelle de premier cru à Gevrey ni sur les betterave partys institutionnalisées.

Ils veulent bien qu’on leur cire les pompes à vin, quitte à leurrer le consommateur, mais pas question de mettre notre nez dans leurs petits secrets, on passerait pour des ingrats ou des irrespectueux. Pas question d’empêcher quiconque de massifier en rond, sinon, on se plaindra à ton éditeur.  Notre respect, pourtant, c’est d’abord au lecteur qu’on le doit.

Tout ça ne date pas d’hier, bien sûr. Pline, dans sa monumentale histoire naturelle, nous parle des vins du temps d’Auguste, et notamment du vin de Falerne (entre Rome et Naples). Déjà, à l’époque, on distingue le Falerne «de base»et  le Falerne faustien, issu d’une zone bien délimitée, et réputée donner les plus beaux produits. Le précurseur de tous les naturalistes précise que l’âge idéal pour le boire est de 15 ans.

Mais Pline dénonce déjà son «abâtardissement», dû selon lui au fait «qu’on vise  plutôt à la quantité qu’à la qualité».

Rien de nouveau sous le soleil du Latium, de la Campanie ou d’ailleurs.

Sur ce, je m’en vais transmuter un verre de terroir au travers de mon gosier. Pas un Falerne, non. Mais un Côte Roannaise de Sérol. Cuvée Incorruptible 2014. Quel nez! Du fruit rouge mûr (cerise, framboise), et quelle vivacité en bouche! Si ça n'est pas mystique, c'est au moins très respectueux du raisin.

09:38 Écrit par Hervé Lalau dans Italie, Loire, Vins de tous pays | Lien permanent | Commentaires (2) | | | |

16 avril 2015

Fiefs Vendéens Clos Saint André blanc 2013

Voici quelques jours, je vous ai dit tout le bien que je pense de la cuvée Grenouillère, la jolie Négrette de Jérémie Mourat; entretemps, j'ai reçu le blanc du même domaine, le Clos Saint André.

Comme à mon habitude, j'ai essayé de faire abstraction de ce que je sais du producteur pour me focaliser sur le vin. Le plus facile, ce fut d'identifier le cépage principal- le chenin, en l'occurrence, avec ses notes de mirabelle, de poire bien mûre et de miel d'acacia; mais il y a plus dans ce vin que du variétal:  du citron, de l'ananas et une pointe de pierre à fusil. L'acidité est soutenue, mais pas mordante, car on perçoit comme une pointe de sucre - ou si ça n'en est pas, de glycérol, comme une enveloppe de gras qui tapisse le palais. Bien sûr, tout ça favorise la longueur en bouche. D'autant que la finale ajoute un soupçon de salinité - un peu comme dans un caramel au sel.

mourat,clos saint andré

Quelques mots propos du domaine: nous sommes à Mareuil sur Lay. Le Clos Saint André a longtemps été la propriété de la famille Taittinger (ainsi que le château). Ce dernier est devenu un hôtel de luxe, où l'on vous sert le Champagne des anciens propriétaires; mais les vignes sur rhyolites et schistes pourpres (les géologues apprécieront) sont bien aux mains de Jérémie Mourat, qui les cultive en bio. Comme les vignes sont encore jeunes (6 ans), on peut s'attendre à voir encore ce vin progresser en termes de densité.

 

 

00:05 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : mourat, clos saint andré | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |