25 septembre 2016

Le Gros Plant aura finalement son AOC

Dans la famille des VDQS, Le Gros Plant du Pays Nantais faisait jusqu'ici figure d'exception. Alors que cette catégorie est appellée à disparaître, réforme européenne oblige, la plupart des Vins Délimités de Qualité Supérieure ont choisi de demander à passer AOC. Il y a avait d'ailleurs là une certaine logique, les VDQS ayant été conçu au départ comme l'antichambre de la consécration suprême que la France peut donner à ses meilleurs vins, j'ai nommé AOC.

Mais le syndicat du Gros Plant, lui, avait vu les choses d'un autre oeil. Le passage en AOC se traduisant notamment par une baisse des rendements, il avait plaidé pour un passage - une rétrogradation? - en IGP.

Mais cette décision n'a pas fait l'unanimité, et en 2009, une nouvelle assemblée du syndicat a impulsé une nouvelle orientation: les producteurs de Gros Plant ont donc demandé l'AOC. Bonne fillle, l'INAO est en passe de la leur donner. (pour Gros Plant simple et Gros Plant sur Lie). Selon mon ami Jim Budd, le décret serait attendu pour le printemps 2012.

Quel retournement de situation! Quel suspense! On se croirait dans un soap brésilien. La clientèle asiatique retient son souffle. L'apparition des trois lettres magiques sur les étiquettes pourraient en effet propulser le Gros Plant parmi les vins "bankables". La spéculation guette, comme à la veille de la publication des notes de Parker à Bordeaux.

Au fait, le Grand Bob a décidé de déléguer certaines des régions qu'il couvrait. Peut-être est-ce pour ajouter le Gros Plant à son tableau de chasse? Qui sait d'ailleurs si le feuilleton Gros Plant ne va pas reléguer les Primeurs de Bordeaux au rang d'actualité locale?

Bon j'arrête de persifler, car il y a des gens derrière les étiquettes. Le Pays nantais est en très mauvaise posture, suite à la chûte des exportations de Muscadet et à la faillite de gros opérateurs. Et le Gros Plant une bonne partie de son aire de production avec le Muscadet. Les producteurs produisent souvent les deux.

Dans ce contexte, on comprend l'indécision des producteurs: fallait-il miser sur le volume ou sur la qualité? De plus, qu'est-ce que le Gros Plant a de moins que la Moselle ou les Corbières? "Pourquoi pas nous?"...

De fait, l'INAO pouvait difficilement faire la fine bouche quant à la qualité du "terroir", qu'il a  promu en AOC pour le Muscadet dès... 1937. Car ç'aurait été se déjuger.

Sauf qu'on peut justement se demander s'il ne faudrait pas déclasser une bonne partie de l'aire du muscadet. Et sauf que la folle blanche, ce n'est pas le melon de Bourgogne.

On suivra avec attention l'évolution de ce dossier, et notamment la délimitation définitive de l'aire  (la fourchette est assez large, aujourd'hui, selon les sources, entre 1400 et 2800 ha) et la fixation du plafond de rendement de la nouvelle appellation. Il serait dommage, en effet, d'attribuer une AOC à de l'eau citronnée...

Et vive le Gros Plant, AOC ou pas.

 

 

12:36 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : vin, vignoble, gros plant, muscadet, loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |