15 octobre 2007

Gros faiseurs en Loire

La Loire, ce sont des petits vignerons familiaux, mais aussi des structures de plus en plus concentrées, au sein de groupes qui englobent des coopératives et de gros domaines, et qui dépassent même parfois la dimension ligérienne. Malgré cet effet d’échelle, on est souvent agréablement surpris de constater, primo, la qualité de certaines cuvées de gros volume, et secundo, de voir que d’énormes groupes recèlent quelques propriétés de grande classe. Moralité : pas d’œillères, la vérité est dans le verre...

 Saumur2

Le château de Saumur dominant la Loire (Photo H. Lalau) 

 

Couly-Dutheil, Domaine René Couly Chinon 2005

Un vin à carafer. Les arômes montent lentement, en vagues serrées de fruits légèrement confiturés, bouche suave, gourmande, beaucoup d’ampleur, tannins très doux, un rêve.

Contact : Couly-Dutheil, 00 33 2 47 97 20 20

Langlois-Château Crémant de Loire Quadrille 2000

Le Quadrille, ce sont les 4 cépages utilisés pour cette cuvée  (chenin, chardonnay, cabernet franc et cabernet sauvignon). Un attelage qui ne manque pas de répondant, cela démarre sur les chapeaux de roues, avec une bulle très fine et un nez expressif de poire et de brioche ; cela se poursuit dans l’opulence d’une bouche complexe (brioche à nouveau), avec un bel équilibre entre acidité et gras. La finale est si longue que je la sens encore...

Contact : Langlois-Château, 00 33 2 41 40 21 40 ou contact@langlois-chateau.fr

Lacheteau, Anjou Villages rouge M de Montguéret 2003

Fraise, cassis et poivre au nez, épices en bouche (clou de girofle ?), tannins très ronds, belle finale à la fois tendre et fraîche sur les fruits rouges. Un régal très cabernet franc. Grande exploitation(130 ha) du Haut Layon  respectant le cahier des charges Terra Vitis. Les Anjou du domaine proviennent de Nueil, Cléré et Passavant sur Layon.

Lacheteau Kiwi Cuvée, VP du Jardin de la France, Sauvignon Blanc 2006


Nez fumé, agrumes, notes d’airelles, bouche bien mûre, tarte au citron, bonne acidité. Un joli pied de nez aux sauvignons des Antipodes…

Contact : Lacheteau 00 33 02 41 59 59 19


Domaine de la Perrière, Guy Saget/Balland Chapuis, Sancerre 2006


Du fruit (pomme, coing, agrumes), une bonne acidité, un sancerre qui sauvignonne mais pas trop, très légères notes de silex.

Anjou blanc La Mulonnière, Guy Saget  2006

Un grand terroir racheté par Saget en 2003. Nez un peu fermé actuellement (fruit jaune discret), mais très belle bouche grasse, miellée, avec de l’acidité pour vivifier le tout en finale.

Contact: Guy Saget, 0033 3 86 39 08 30 ou guy.saget@wanadoo.fr

Bourgeois NZ, Clos Henri 2005

Revenir d’Angers avec un coup de cœur néo-zélandais, c’est paradoxal ? Non, C’est Bourgeois. Le négociant sancerrois est en effet installé à Marlborough depuis quelques années.Il nous offre ici un sauvignon (naturally) au nez très fin, agrumes et ananas, mais sans excès, avec une belle minéralité en bouche ; la finale, encore un peu acerbe, devrait s’assagir avec le temps. Un beau vin, don,c.
Le Pinot Noir du même domaine, par contre, nous a paru un peu « too much » (beaucoup de gras, beaucoup de fruit, beaucoup de bois). Rien de répréhensible, bien sûr, mais ce vin risque de lasser.

Sancerre, Domaine Henri Bourgeois, Cuvée Jadis 2002

Très fin au nez (citronnelle et fleurs blanches, puis fruits frais) long en bouche, superbe minéralité (marnes kimméridgiennes), avec pas mal de gras pour fondre l’ensemble, cependant. Un vrai coup de cœur.

Contact : Henri Bourgeois 00 33 2 48 78 53 20 ou domaine@henribourgeois.com

Tastemets, d’Ackerman

L’idée est simple : à quoi bon proposer des vins si le consommateur ne sait pas comment les assortir. Les cavistes et les sommeliers ne sont pas faits pour les chiens, me direz-vous ? Pour ceux qui n’en fréquentent pas, il y a maintenant Tastemets, une série de vins « élaborés par un collège de chefs et par les œnologues d’Ackerman-Rémy Pannier, pour correspondre à un plat ». 

Chaque vin est doté d’une collerette informative décrivant les accords et des recettes recommandés, mais cette info peut être retirée « afin de privilégier la présentation classique.

Contact : Ackerman, 00 33 2 41 53 03 10

 (c) Hervé Lalau

Cet article a été publié dans le dernier dossier "Loire" d'In Vino Veritas, sorti suite au Salon d'Angers 2007                    

14:49 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

09 décembre 2016

Le Gros Plant aura finalement son AOC

Dans la famille des VDQS, Le Gros Plant du Pays Nantais faisait jusqu'ici figure d'exception. Alors que cette catégorie est appellée à disparaître, réforme européenne oblige, la plupart des Vins Délimités de Qualité Supérieure ont choisi de demander à passer AOC. Il y a avait d'ailleurs là une certaine logique, les VDQS ayant été conçu au départ comme l'antichambre de la consécration suprême que la France peut donner à ses meilleurs vins, j'ai nommé AOC.

Mais le syndicat du Gros Plant, lui, avait vu les choses d'un autre oeil. Le passage en AOC se traduisant notamment par une baisse des rendements, il avait plaidé pour un passage - une rétrogradation? - en IGP.

Mais cette décision n'a pas fait l'unanimité, et en 2009, une nouvelle assemblée du syndicat a impulsé une nouvelle orientation: les producteurs de Gros Plant ont donc demandé l'AOC. Bonne fillle, l'INAO est en passe de la leur donner. (pour Gros Plant simple et Gros Plant sur Lie). Selon mon ami Jim Budd, le décret serait attendu pour le printemps 2012.

Quel retournement de situation! Quel suspense! On se croirait dans un soap brésilien. La clientèle asiatique retient son souffle. L'apparition des trois lettres magiques sur les étiquettes pourraient en effet propulser le Gros Plant parmi les vins "bankables". La spéculation guette, comme à la veille de la publication des notes de Parker à Bordeaux.

Au fait, le Grand Bob a décidé de déléguer certaines des régions qu'il couvrait. Peut-être est-ce pour ajouter le Gros Plant à son tableau de chasse? Qui sait d'ailleurs si le feuilleton Gros Plant ne va pas reléguer les Primeurs de Bordeaux au rang d'actualité locale?

Bon j'arrête de persifler, car il y a des gens derrière les étiquettes. Le Pays nantais est en très mauvaise posture, suite à la chûte des exportations de Muscadet et à la faillite de gros opérateurs. Et le Gros Plant une bonne partie de son aire de production avec le Muscadet. Les producteurs produisent souvent les deux.

Dans ce contexte, on comprend l'indécision des producteurs: fallait-il miser sur le volume ou sur la qualité? De plus, qu'est-ce que le Gros Plant a de moins que la Moselle ou les Corbières? "Pourquoi pas nous?"...

De fait, l'INAO pouvait difficilement faire la fine bouche quant à la qualité du "terroir", qu'il a  promu en AOC pour le Muscadet dès... 1937. Car ç'aurait été se déjuger.

Sauf qu'on peut justement se demander s'il ne faudrait pas déclasser une bonne partie de l'aire du muscadet. Et sauf que la folle blanche, ce n'est pas le melon de Bourgogne.

On suivra avec attention l'évolution de ce dossier, et notamment la délimitation définitive de l'aire  (la fourchette est assez large, aujourd'hui, selon les sources, entre 1400 et 2800 ha) et la fixation du plafond de rendement de la nouvelle appellation. Il serait dommage, en effet, d'attribuer une AOC à de l'eau citronnée...

Et vive le Gros Plant, AOC ou pas.

 

 

06:51 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : vin, vignoble, gros plant, muscadet, loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |