17 octobre 2007

Tracy, la classe, la vraie

Parler vin avec Henri d'Assay (Château de Tracy), c’est un vrai régal. Quand un domaine est dans votre famille depuis le 16ème siècle, le souci premier n’est pas de fourguer à la presse le dernier millésime en date, mais de perpétuer une tradition, et de transmettre aux générations futures un domaine dans le meilleur état possible. Façon de parler, Monsieur le Comte n’a rien «à vendre», il ne veut pas vous convaincre, il fait son travail de vigneron, il le fait bien, et ses vins sont plus «vendeurs» que lui.

 

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Henri d'Assay 

Depuis la fin des années 90, à Tracy, on n’utilise plus de pesticides, on enherbe, on leurre, on rogne, on ébourgeonne, on effeuille, on taille en vert, on trie par parcelles. Bref, on ne se simplifie pas vraiment la vie, mais c’est pour la bonne cause; l’expérience menée avec des replantations à haute densité va aussi dans ce sens – pas vraiment celui du mercantilisme, car les rendements à l’hectare ne font que  baisser.

Moi, ce genre de considérations, ça me rassure sur le genre humain. Bref, j’ai apprécié le discours, mais aussi sa traduction dans le vin.

D’abord, il y a la cuvée jeunes vignes, le «Mademoiselle de T» 2005.
Le Comte est plutôt modeste à son endroit; j’ai pourtant aimé ses notes de citron, légèrement pétrolées, au nez ; surtout, en bouche, la touche grillée, mais pas vanillée, est très bien fondue, l’équilibre gras/acidité est remarquable et la finale minérale lui redonne du punch.

Ensuite, il y a le Château de Tracy proprement dit ; en version 2006, cela donne un Pouilly très structuré, les arômes primaires de fruits frais commencent à s’équilibrer avec le côté pierre à fusil ; la bouche est complexe
La version 2005, étonnamment, est assez vive pour une année aussi chaude: notes d’agrumes au nez, avec une touche de silex ; en bouche, retour du fruit (avec un côté poire mûre). Apothéose finale avec des notes de pêche, soutenues par une acidité bien fondue.

Enfin, il y a la nouvelle cuvée Haute Densité. Le vin est issu d’une parcelle d’un petit hectare de sols calcaires, planté à raison de 17.000 pieds. Les vignes ont huit ans, c’est l’histoire d’une intuition, d’un pari, d’une recherche des limites. L’idée était que des vignes mises en forte concurrence plongeraient plus profondément dans le sol.
Le 2004, présenté en février 2007, est le premier millésime produit (à Tracy, on prend son temps, je vous dis). Objectivement, cela donne un vin assez… intéressant. Au nez, la citronnelle et l’ananas dominent ; en bouche, l’acidité est marquée, la matière importante ; mais rien de monstrueux, non, de l’élégance malgré le volume. Bref, un vin de classe. 4.200 bouteilles produites, à peine 30 hectos à l’hectare.

Tracy, c’est la classe, la vraie.

                        (c) Hervé Lalau

Contact : Château de Tracy, 00 33 3 86 26 15 12

06:21 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Tags : vin | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

15 octobre 2007

Gros faiseurs en Loire

La Loire, ce sont des petits vignerons familiaux, mais aussi des structures de plus en plus concentrées, au sein de groupes qui englobent des coopératives et de gros domaines, et qui dépassent même parfois la dimension ligérienne. Malgré cet effet d’échelle, on est souvent agréablement surpris de constater, primo, la qualité de certaines cuvées de gros volume, et secundo, de voir que d’énormes groupes recèlent quelques propriétés de grande classe. Moralité : pas d’œillères, la vérité est dans le verre...

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Le château de Saumur dominant la Loire (Photo H. Lalau) 

 

Couly-Dutheil, Domaine René Couly Chinon 2005

Un vin à carafer. Les arômes montent lentement, en vagues serrées de fruits légèrement confiturés, bouche suave, gourmande, beaucoup d’ampleur, tannins très doux, un rêve.

Contact : Couly-Dutheil, 00 33 2 47 97 20 20

Langlois-Château Crémant de Loire Quadrille 2000

Le Quadrille, ce sont les 4 cépages utilisés pour cette cuvée  (chenin, chardonnay, cabernet franc et cabernet sauvignon). Un attelage qui ne manque pas de répondant, cela démarre sur les chapeaux de roues, avec une bulle très fine et un nez expressif de poire et de brioche ; cela se poursuit dans l’opulence d’une bouche complexe (brioche à nouveau), avec un bel équilibre entre acidité et gras. La finale est si longue que je la sens encore...

Contact : Langlois-Château, 00 33 2 41 40 21 40 ou contact@langlois-chateau.fr

Lacheteau, Anjou Villages rouge M de Montguéret 2003

Fraise, cassis et poivre au nez, épices en bouche (clou de girofle ?), tannins très ronds, belle finale à la fois tendre et fraîche sur les fruits rouges. Un régal très cabernet franc. Grande exploitation(130 ha) du Haut Layon  respectant le cahier des charges Terra Vitis. Les Anjou du domaine proviennent de Nueil, Cléré et Passavant sur Layon.

Lacheteau Kiwi Cuvée, VP du Jardin de la France, Sauvignon Blanc 2006


Nez fumé, agrumes, notes d’airelles, bouche bien mûre, tarte au citron, bonne acidité. Un joli pied de nez aux sauvignons des Antipodes…

Contact : Lacheteau 00 33 02 41 59 59 19


Domaine de la Perrière, Guy Saget/Balland Chapuis, Sancerre 2006


Du fruit (pomme, coing, agrumes), une bonne acidité, un sancerre qui sauvignonne mais pas trop, très légères notes de silex.

Anjou blanc La Mulonnière, Guy Saget  2006

Un grand terroir racheté par Saget en 2003. Nez un peu fermé actuellement (fruit jaune discret), mais très belle bouche grasse, miellée, avec de l’acidité pour vivifier le tout en finale.

Contact: Guy Saget, 0033 3 86 39 08 30 ou guy.saget@wanadoo.fr

Bourgeois NZ, Clos Henri 2005

Revenir d’Angers avec un coup de cœur néo-zélandais, c’est paradoxal ? Non, C’est Bourgeois. Le négociant sancerrois est en effet installé à Marlborough depuis quelques années.Il nous offre ici un sauvignon (naturally) au nez très fin, agrumes et ananas, mais sans excès, avec une belle minéralité en bouche ; la finale, encore un peu acerbe, devrait s’assagir avec le temps. Un beau vin, don,c.
Le Pinot Noir du même domaine, par contre, nous a paru un peu « too much » (beaucoup de gras, beaucoup de fruit, beaucoup de bois). Rien de répréhensible, bien sûr, mais ce vin risque de lasser.

Sancerre, Domaine Henri Bourgeois, Cuvée Jadis 2002

Très fin au nez (citronnelle et fleurs blanches, puis fruits frais) long en bouche, superbe minéralité (marnes kimméridgiennes), avec pas mal de gras pour fondre l’ensemble, cependant. Un vrai coup de cœur.

Contact : Henri Bourgeois 00 33 2 48 78 53 20 ou domaine@henribourgeois.com

Tastemets, d’Ackerman

L’idée est simple : à quoi bon proposer des vins si le consommateur ne sait pas comment les assortir. Les cavistes et les sommeliers ne sont pas faits pour les chiens, me direz-vous ? Pour ceux qui n’en fréquentent pas, il y a maintenant Tastemets, une série de vins « élaborés par un collège de chefs et par les œnologues d’Ackerman-Rémy Pannier, pour correspondre à un plat ». 

Chaque vin est doté d’une collerette informative décrivant les accords et des recettes recommandés, mais cette info peut être retirée « afin de privilégier la présentation classique.

Contact : Ackerman, 00 33 2 41 53 03 10

 (c) Hervé Lalau

Cet article a été publié dans le dernier dossier "Loire" d'In Vino Veritas, sorti suite au Salon d'Angers 2007                    

14:49 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |