08 juin 2008

Petit et grand à la fois

C'est dimanche, et le dimanche, c'est le jour de la rubrique d'Eric... 

 

"Je sais vu comme ça c’est un peu sot, voire pas très cohérent. Vous connaissez des petits gros, des grands cons, des gros durs et j’en passe et des meilleures, mais là, petit et grand à la fois, ça mérite une explication.

Le vin est devenu produit de loisirs et non plus produit alimentaire. Enfin, plus seulement. Comme il y a quelques millénaires, lorsqu’il il était passé du stade de produit sacré à celui de produit profane, mais pas uniquement. Aujourd’hui, le vin est une trinité. Sainte ? c’est à vous de juger, mais trinité en tous cas. Dans le vocable : «produit de loisirs», il y a certes l’idée des loisirs, l’oeno-tourisme, les dégustations entre potes, les concours. Mais il y a aussi la notion de produit. Le vin n’est pas tout à fait un produit comme les autres. On ne le commercialise pas de la même manière que les carottes, par exemple. On le tripote pas non plus comme des carottes. Cela tient bien sûr à son statut trinitaire, mais aussi à la notion de vieillissement. Le vin que l’on boira dans vingt ans est un hit chez nous. Même s’il les consommateurs que nous sommes se rendent compte que l’élaboration des leurs bibines favorites à changé, ils rêvent toujours de la bouteille de l’année de naissance de la petite ou des flacons réservés pour son mariage.

Il y a pratiquement vingt ans que les méthodes de vinification ont évolué drastiquement, en ayant un impact fondamental sur la structure des pinards. Depuis, l’homme maîtrise tout et le vin est devenu une affaire de technologues, d’oenologistes; en anglais, on les surnomme les «Cellars Rats». Le concept moderne veut que le vin soit fait à la cave, que tout soit dit par les maîtres de la science et que le raisin ne soit qu’un élément de travail. C’est ce qui donne ces vins easy-drinking, des vins sans relief, sans âme, d’autant plus faciles à boire qu’ils sont aisés à digérer. Le genre de pinard dont vous oubliez tout de suite le nom, l’adresse et les mensurations parce qu’ils n’ont provoqué en vous aucune émotion. Un peu comme cette biche qui vous a demandé votre téléphone hier soir et à qui vous avez donné un faux numéro.

Il ne faut pas pour autant dénigrer systématiquement ces vins, ils ont le mérite d’exister, de permettre à bon nombre de gens de croire qu’ils boivent du vin et à un certain nombre d’entre nous de découvrir petit à petit l’entièreté du problème. Ces vins sont un marchepied vers autre chose, un peu à la manière des fromages pasteurisés vis à vis des vrais fromages ou des fish-sticks par rapport au poisson qui a vu la mer un jour. Le monde du vin se dualise, d’une part les vins à base de technique, d’autre part ceux à base de raisins et d’humain. On constate la même chose en matière économique, d’une part de plus en plus de concentrations d’entreprises pinardières, de l’autre des survivants vivant dans des niches particulières.

C’est là que vivent certains des petits grands. Petits par la taille, certes, dans le cas qui nous occupe aujourd’hui: le domaine, situé en Touraine, fait plus ou moins 60ha. Ce qui n’est pas vraiment rien, mais qui n’a rien à voir avec les propriétés des grands acteurs de la filière, même en France. D’autre part ce gars est grand. Henry Marionnet a pris le parti de penser ses vins autrement. Quand, au tournant des années 60, il a pris en main les destinées du Domaine de La Charmoise, la propriété familiale, il aurait pu faire comme ses collègues, planter de la vigne comme on plante de la betterave. Sans chercher plus loin.

C’est mal connaître le bonhomme. Il se pose des questions, il cherche des réponses. L’évolution du monde viticole est-elle inéluctable? Pour s’inscrire en faux dans cette perspective, il plante du gamay, cépage si mal connu et donc honni, et du sauvignon. Mais, petit à petit, il décide de travailler aussi des choses plus particulières. Des essais, des micros cuvées, à base de cépages rares, pratiquement éteints, des vignes franches de pied, des méthodes de vinification totalement à l’inverse du temps qui passe, sans soufre, sans levures ajoutées. Pas pour le plaisir d’être original, simplement parce qu’il y croit. C’est là, évidemment que les choses sont les plus belles. Mais surtout, et c’est la cerise sur le gâteau, toujours à des prix franchement abordables.

J’ai redégusté, il y a quelques jours, aux Brasseries Georges, les vins du domaine, quel pied ! C’est frais, agréable, rond, plein de vie. Je hais les mots friand et gouleyant parce que je suis incapable de les expliquer, et pourtant, c’est eux qui me viennent à l’esprit lorsqu’il s’agit de me souvenir de mes impressions de dégustation.

Pourquoi aux Brasseries Georges ? Parce que Georges Neefs, qui est très, très loin d’être un sot, vient d’avoir l’idée de proposer les vins d’Henry Marionnet dans des verres format XL. Non pas que l’on boive mieux dans des grands verres, simplement parce que cela évite à bien des gens de se lancer à l’assaut d’une bouteille qu’ils ne boiront pas ou d’une demi qui fait un poil trop peu. Comme quoi, avec un peu d’enthousiasme et quelques idées simples on peut faire le bonheur de sa prochaine assez facilement".

 Eric Boschman

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Henry Marionnet

 

Les vins d’Henry Marionnet sont disponibles chez Velu vins à Bruxelles et chez les bons cavistes du pays.
Plus d’info sur le domaine de la Charmoise : www.henry-marionnet.com
Plus d’infos sur les brasseries Georges sur : www.brasseriesgeorges.be

11:09 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |

07 avril 2008

Le Muscadet à nouveau touché par le gel

Bon nombre de vignerons du Muscadet ont le coeur gros, ce soir: pour la deuxième année consécutive, leur vignoble a été sévèrement touché par le gel (-4° la nuit dernière, par endroits).

On ne peut encore estimer précisément les dégâts (les chiffres qui circulent vont de 20 à 50% de la production, selon les parcelles). Mais comme ce nouveau coup du sort vient après une année 2007 très déficitaire (pour cause de gel au printemps, et de mildiou à l'automne), c'est la santé économique de beaucoup d'exploitations, déjà fragilisées, qui est menacée. Il manque déjà 150.000 hl de vin pour boucler la campagne en cours. 

Et dire que le Melon de Bourgogne, originaire de l'Est de la France, est réputé résistant au gel! 

 

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18:50 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |