10 août 2010

En attendant Godeau

Si, comme les chants du même nom, les causes désespérées sont les plus belles… Alors celle-ci est vraiment très belle.

Tourangeau de cœur, notre ami Jim Budd s’intéresse de près à tout ce qui touche sa région d’adoption. Il vient de lever un nouveau lièvre: l’AOC Touraine a le projet (très avancé) de réduire son encépagement, en blanc, au seul sauvignon. Exit donc, le chenin, pourtant particulièrement adapté à la région. Il n’y a qu’à voir les belles bouteilles qu’on produit, en sec comme en doux, à Montlouis et à Vouvray.

Idem en rouge, où l’idée est de privilégier le gamay et le côt, sacrifiant le grolleau, le breton et le pineau d’Aunis (alias chenin noir). Vous savez, celui qui donne de si jolis vins chez Patrice Colin, en Côtes du Vendômois, à quelques kilomètres de là. Sans oublier, en AOC Touraine même, Thierry Puzelat.

 

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Et dire qu'à quelques kilomètres, dans les Coteaux du Loir, on fête le pineau d'Aunis!

Il paraît que ce projet vise à renforcer la cohérence de l’appellation. Voilà que nos vignerons raisonnent comme des marketeurs. Attention, car les marketeurs ne sont pas les payeurs !

J’ai vraiment scrupule à donner des leçons aux producteurs. Qui sommes-nous pour leur dire ce qu’ils doivent faire, nous qui ne vivons pas avec eux, qui ne vivons pas de leur production? C’est à eux de décider où ils veulent aller, en définitive. Mais là, pour Jim comme pour moi, trop is too much. On ne peut quand même pas les laisser se rogner les ailes sans rien faire. Ce serait un cas de non assistance à vignoble en danger.

En danger! Comme il y va, le Lalau! Mais je maintiens. Tout miser sur le sauvignon, aujourd’hui, en blanc, alors que la production mondiale est pléthorique, c’est loin d’être avisé. Au moins à long terme.

Que l’AOC Touraine veuille profiter des investissements de communication dégagés par l’Interprofession sur le thème «Loire=sauvignon», pourquoi pas? Mais pas au prix d’hypothéquer l’avenir!

Aujourd’hui, l’Hérault teste l’alvarinho, comme l’Australie le verdelho, ou l'Oregon le grüner veltliner. Des cépages locaux jouent à saute frontières. Il faut croire qu'il y a un potentiel. Les consommateurs actuels sont curieux de nouveaux profils aromatiques. Alors, qui peut dire de quels cépages demain sera fait? Pourquoi l’AOC Touraine, au lieu de simplifier son offre, n’essaierait-elle pas de valoriser sa variété, sa différence? Ses atouts, aussi petits soient-ils?

Avec tout le respect qui lui est dû, et pour rester en France (et dans le sauvignon), la Touraine ne sera jamais Sancerre ou Pouilly. Et même ces appellations de renom n’ont pas toujours la tâche facile face aux sauvignons de Nouvelle-Zélande, par exemple, sur les grands marchés mondiaux comme le Royaume-Uni. Une question d’exotisme, de prix, de régularité, aussi. Tout devient plus facile quand on bénéficie de gros volumes sous une même marque, et qu'on peut la soutenir. Résultat: les consommateurs de Sa Gracieuse Majesté sont nombreux, aujourd'hui, à penser que "Sauvignon=NZ". Pourquoi pas, s'ils aiment les asperges et le pamplemousse? Je caricature, car les vins des Kiwis ne sont pas tous comme ça. Ce que je veux dire, c'est que la Touraine ne doit pas se tromper de modèle.

En un mot comme en cent, au nom de l’avenir comme au nom de l’histoire (car le pineau d’Aunis et le chenin étaient établis en Touraine bien avant que le sauvignon ne sorte de son fief berrichon), il est urgent de ne rien changer à l’encépagement. Noir ou blanc, pas de racisme, il faut sauver le soldat chenin!

Cela n’empêchera en rien le syndicat de l’AOC de poursuivre son autre combat du moment: celui de la délimitation de zones d’excellence, avec la mise en place de deux sous-appellations Touraine-Chenonceaux et Touraine-Oisly. Une démarche que j’approuve, globalement, comme tout ce qui va dans le sens d’une recherche d’identité.

L’INAO aurait-il lié les deux projets? Est-ce qu’il monnaye son soutien aux deux sous-appellations, en demandant en échange une «normalisation» de l’encépagement? Cela s’est vu ailleurs – c’est ce qui vaut à notre cher carignan d’avoir disparu de certaines zones du Languedoc. Et c’est bien dommage, n’est-ce pas, Michel Smith?

Si c’est l’explication, alors raison de plus, pour les vignerons, de refuser ce «deal» qui leur est imposé. Mais s’en rendent-ils compte? Et qui dira à l’INAO qu’imposer le sauvignon en Touraine au nom du fameux "lien au terroir" est une escroquerie intellectuelle?

Bref, Jim et moi demandons donc au président de l’AOC, Alain Godeau, qui est un homme de bon sens et de bonne foi, de maintenir l’encépagement actuel… tout en menant à bien ses autres, excellentes réformes!

Je n’ai pas beaucoup d’illusion sur le poids de notre intervention – des journaleux comme nous n’ont pas voix au chapitre, nous sommes les Mouches du Coche, et je ne parle pas de Coche-Dury.

Mais vous, amis internautes, pouvez peut-être faire la différence. Si vous partagez notre analyse, si vous voulez aider à maintenir la vino-diversité de ce vignoble qui nous charme, justement, par sa variété, vous avez deux solutions.

Soit écrire un petit courriel, directement à l’attention de M. Godeau, à l’adresse suivante: syndicat.aoc.touraine@wanadoo.fr

Soit, et c'est encore plus facile (tant de mails se perdent), déposer un commentaire de soutien sur ce blog – nous transmettrons.

Amis du web, le temps n’est-il pas venu de tester le prétendu pouvoir de la blogosphère?

Quoi que vous décidiez, merci de votre attention. C’est sans doute aussi au travers d’actions comme celles-ci que ce blog peut trouver son utilité, voire la justification du nombre d’heures (démesuré, me dit ma femme) que j’y consacre…

 

08:56 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Tags : france, loire, vin, aoc touraine, cépages, pineau d'aunis, chenin, sauvignon, terroir | Lien permanent | Commentaires (19) | | | |

05 août 2010

Lien au terroir

Tout le monde ne tire pas à boulets rouges sur la réforme de l'agrément, dans le vignoble français.

Ainsi de François Chidaine, à Montlouis, qui explique à nos confrères de Vitisphère quelques avantages du nouveau système: "La réforme incite le vigneron à plus réfléchir à ce qu’il va mettre en bouteilles, parce que le lot peut être retiré du marché, ce qui oblige à avoir une certaine rigueur dans la production. Parmi les gens qui étaient un peu fébriles par rapport au cahier des charges, quatre ou cinq ont quitté l’appellation. Ils n’avaient jamais joué la carte, ils ne voulaient pas de rigueur à la production, ni à la vinification. Ils font maintenant du vin de table ou du vin de pays.
Il n’y a plus d’obligation de faire de l’appellation, on le fait si on a envie, avant c’était tellement permissif que tout le monde en faisait. Finalement, tout le travail fait par notre appellation depuis des années est validé par la réforme."

Pour rappel, avec la réforme, les cahiers des charges des appellations doivent être réécrits pour que soit mis en avant le fameux "lien au terroir", socle de l'AOC/AOP.

08:39 Écrit par Hervé Lalau dans Loire | Tags : terroir, odg, montlouis | Lien permanent | Commentaires (4) | | | |