26 septembre 2010

Quarts de Chaume: cryo ou pas cryo?

J'attire votre attention sur l'excellente chronique de mon ami Jim Budd, au sujet de la cryosélection/cryoextraction, dont l'acceptation dans l'AOC Quarts de Chaume se décide demain.

C'est ici

Rappelons d'abord ce que c'est que cette "cryo". La Chambre d'Agriculture de Gironde l'évoque avec précision dans un chapitre consacré aux techniques d'enrichissement destinées à "compenser les déficits de maturité".

2.1.1. La cryo-sélection ou cryo-extraction

C'est une technique qui ne s'applique qu'à la vendange entière. Elle consiste à sélectionner par le froid les baies les plus concentrées. (...) Les baies les moins mûres gèlent en premier et leur jus moins riche ne sera pas extrait lors du pressurage...

Notons d'abord que contrairement à ce que d'aucuns affirment, les deux termes de cryo-extraction et cryo-sélection sont équivalents (c'est juste que le premier sonne un peu plus industriel). Notons aussi qu'il n'y a pas de sélection des raisins à la base, on ramasse tout et c'est le froid qui trie.

congelateur.jpgLe terroir ou le congélo?

 

Comme à Jim, et comme à bon nombre d'amoureux de ces vins d'exception, ce projet me pose problème.

Veut-on un vrai produit de terroir, avec les irrégularités que cela suppose d'une année sur l'autre, et même, les mauvaises années, le déclassement, ou veut-on un produit où la technologie supplée la nature?
Nous acceptons sans sourciller de payer plus pour un produit qui dit son origine, avec ses qualités originales.
Pas pour un produit qui, dans les conditions de la cryo, pourrait être produit n'importe où, n'importe quand, avec n'importe quels raisins, à des rendements déraisonnables, en sous-maturité, ou avec une forte proportion de pourriture non-noble. Concurrençant ainsi de manière déloyale les bons vignerons soumis à Dame Nature.

Les vignerons des Quart de Chaume se disent fiers de leur terroir, de leur singularité, et l'ont défendue par le passé contre leurs voisins des Coteaux du Layon-Chaume. Ils ont pris la presse à témoin de leur querelle et nous avons relayé leurs arguments. Leur combat nous semblait basé sur une notion très respectable: celle de la recherche de l'excellence et de l'originalité.

Vont-ils maintenant baisser leur garde et choisir la voie de la facilité? Ni Jim ni moi n'avons voix au chapitre, c'est aux vignerons d'en décider. Mais nous pouvons tout de même leur rappeller leurs responsabilités devant lle consommateur, dvant leurs pairs, et surtout devant leurs pères.

Amis bloggeurs, si vous avez un avis, il n'est que temps de le faire connaître ua président des Quarts de Chaume, Claude Papin, à chateaupb@hotmail.com

Car c'est demain que le syndicat décide.

12:19 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : quarts de chaume, cryoextraction, france, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (7) | | | |

13 septembre 2010

Château Favray (Pouilly sur Loire)

Mercredi 8 septembre. Château Favray, Saint Martin-sur-Nohain (Nièvre). Premier jour, première visite d'un petit périple FIJEV en Centre-Loire, amoureusement concocté par Benoît Roumet. Voila un directeur d'interpro (le BIVC, en l'occurrence) qui "vit" ses terroirs et sait faire partager sa passion. A la bonne heure!

Côté météo, c'est un peu moins réussi. Mais il y a très vite du soleil dans les verres...

Château Favray est un vieux manoir de réputation viticole ancienne; ce fief eut son heure de gloire avec la Dame de Favray, dame d'atours de la Reine Margot, au 16ème siècle. Bien situé, sur la route d'Auxerre à Bourges, il abritait aussi des forges et des bois.
La propriété a été achetée en 1957 par le père du propriétaire actuel, Quentin David. A cette époque de vaches maigres viticoles, la partie vigne avait presque disparu au profit des céréales. Et oui, même à Pouilly, le blé nourrissait mieux son homme que le vin, à défaut d’étancher sa soif...

Château Favray4.jpgLe Château

Heureusement pour nous, Quentin a renoué avec cette vocation viticole; il y a 30 ans, il a eu la bonne idée de replanter, à raison d'un à 2 ha par an pendant la décennie 80. Il fallait y croire! Heureusement pour lui, le tourisme aidant, le marché du Pouilly s'est rétabli. Aujourd'hui Château Favray compte 16ha. Originalité: ce vignoble est tout d'un seul tenant, sur une colline calcaire (les fameuses Caillottes). Nous sommes à Saint Martin sur Nohain, à l'Est de l'aire d'AOC.

C'est un détail qui a son importance, car ici,  le climat est plus continental que sur les bords de Loire, (notamment  qu'à Sancerre) et l'on vendange plus tard de quelques jours. Cela plaît au sauvignon, un cépage qui demande un cycle long et régulier. Les vignes sont exposées au sud-ouest, en arc de cercle sur la colline et ne souffrent trop pas de la sécheresse, malgré le côté caillouteux des sols.

Château Favray3.jpgQuentin David

Et maintenant, rentrons dans le vif du fumé, je veux dire, du sujet:

Château Favray 2009

Une année de petit rendement à cause de la grêle, et de maturités assez hétérogènes selon les parcelles.

Nez bien mûr de pêche blanche, et de fruits confits. En bouche, un très bel équilibre entre minéralité, gras et acidité. Belle amertume en finale sympa. Quentin veille à effectuer un pressurage respectueux du fruit; le vin a  bénéficié d'un petit élevage sur lies, mais  n'a pas vu la barrique - les essais  effectués par Quentin dans ce sens ne l'ont pas convaincu.

Pour en revenir à ce 2009, difficile de dire s'il vaut mieux le boire aujourd'hui sur son fruité ou attendre - le potentiel est là, mais1saurons nous attendre? **1/2

Château Favray 2008

Un joli millésime. La vendange s'est faite assez tard, les volumes ont été bons, les raisins ont bénéficié d'une belle arrière saison, avec des nuits nuit fraîches mais un bel ensoleillement, ce qui a accentué les arômes.

Très dense au nez: poire, coing, cédrat confit; la bouche est bien enrobée, la minéralité est impressionnante; on finit sur des notes de miel d'acacia, et un petit côté salin bien agréable. Le type même du grand blanc de table, déjà bien fondu. Superbe.***

Château Favray 2004

Quentin veut nous montrer comment ses blancs évoluent dans le temps. Louable initiative! 2004 est une année moyenne. Au nez, on part vers la cire et le miel d'acacia; la bouche est fraîche, l'acidité tient bien le vin. Pas énormément de matière. Quelques notes végétales, mais pas dominantes.**

Château Favray2.jpgLe clou de la dégustation

Château Favray 2000

Assez belle année à Pouilly.

A nouveau la cire au nez; en bouche, un côté éthéré, aérien, très pur.

Un petit côté fumé, aussi, qui justifie pleinement le nom de l'appellation. La finale est sur l'amertume, ce qui relance le vin. Pas vraiment flatteur à la dégustation seul - mais il devrait convenir pour un poisson. Si le nez est évolué, la bouche ne fait vraiment pas ses 10 ans.**

Alors, quel optimum pour Pouilly? "C'est vous qui voyez", comme dit l'ami Laspalès. Mais pour moi, en ce qui concerne Favray, je dirais deux à quatre ans. Ou plus si affinités....

00:20 Écrit par Hervé Lalau dans France, Loire | Tags : loire, pouilly, centre-loire, vin, vignoble | Lien permanent | Commentaires (0) | | | |